BAROMÈTRES
L'atmosphère est cette couche immense qui de toutes parts environne la terre. Elle est particulièrement constituée par une espèce de gaz, qu'on a nommé air atmosphérique. Cependant, d'autres fluides élastiques se mêlent à cet air: tous ces fluides étant pesants, sont répandus uniformément autour du globe, et le suivent dans toutes ses révolutions. L'atmosphère a une épaisseur d'environ 14 lieues; elle est transparente et incolore pour les petites masses, mais sous un grand volume, elle nous paraît bleue ; couleur qu'elle doit peut-être à l'eau qu'elle tient en dissolution ; c'est à cette couche bleue que nous donnons le nom de ciel.
L'atmosphère est pesante, puisqu'elle est composée de gaz qui obéissent aux lois de la pesanteur. Quoique l'air soit huit cents fois plus léger que l'eau, on conçoit que la grande élévation de l'atmosphère doit en rendre le poids considérable. Le physicien Toricelli a prouvé ce phénomène delà pesanteur de l'air par une expérience fort simple, et qui pourtant a produit les résultats les plus importants.
On prend un tube de verre A B d'un mètre de long, fermé par une de ses extrémités ; on l'emplit entièrement de mercure, et pour le purger d'air parfaitement, on le met plus que plein, avec le doigt on presse le mercure, et on fait jailiir l'excédant en aplanissant la surface. On renverse alors le tube, et on le plonge dans un vase rempli de mercure. Il semble que le tube devrait se vider, et le mercure se réunir à celui du vase; il retombe en effet un peu,
mais reste suspendu dans le tube à une certaine hauteur G. Voici comment s'explique cette expérience ; l'air par son poids exerce une pression sur le mercure qui est contenu dans le vase ; mais le tube fermé par le haut couvre une petite partie de la surface de ce mercure, et soutient lui-même la pression de l'air; d'où l'on doit conclure que le poids de la colonne de mercure contenue dans le tube est équivalente au poids de l'air qui presse la surface de celui qui est dans le vase. La hauteur de cette colonne de mercure est d'environ 28 pouces ; 28 pouces de mercure sont d'un poids égal à 32 pieds d'eau ; donc la pression atmosphérique égale une colonne de mercure de 28 pouces, ou une colonne d'eau de 32 pieds. Mais comme le poids de l'air varie selon les différents états de l'atmosphère, le mercure devait aussi, selon ces différents états, monter et descendre dans le tube. C'est ce qui donna l'idée d'employer le tube de Toricelli pour marquer l'état de l'atmosphère, et le baromètre n'est autre chose que cet instrument gradué. c
Au lieu d'une cuvette dans laquelle on plonge le tube plein de mercure, on peut avoir simplement un tube recourbé DF, fermé par l'extrémité D et ouvert en F. Les deux colonnes de mercure GI et IH se font équilibre; cette dernière par l'ouverture F soutient le poids de l'atmosphère, auquel la colonne GE fait équilibre, la supposant ici haute de 28 pouces. Le vide parfait existe dans la partie ED du tube ; aucune pression n'est donc exercée en E, ce qui permet au mercure de monter et de descendre avec la plus grande facilité.
C'est d'un baromètre à siphon qu'on se sert pour la construction du baromètre à cadran, qui est d'un usage si répandu. Sur le mercure de la plus courte branche, est un petit corps K qui n'est point assez gros pour boucher le tube, ni assez lourd pour gêner le jeu du mercure; il est suspendu à une petite poulie très-mobile, par un fil de soie extrêmement fin, tendu par un poids L, un peu moindre que celui du petit flotteur. A l'axe de la poulie est adaptée une aiguille très-légère, qui se meut sur un cercle divisé. Lorsque la pression atmosphérique augmente, le mercure descend dans la plus courte branche du syphon, et le petit flotteur le suivant, fait tourner l'aiguille de droite à gauche ; si au contraire la pression atmosphérique diminue, le mercure et le petit flotteur remontent, et font tourner l'aiguille de gauche à droite. A l'endroit où s'arrête l'aiguille, quand la pression atmosphérique est de 28 pouces, on écrit sur le cadran, variable; à 28 p. f, beau temps ; à 28 p. |, beau, fixe ; à 29 p., très-sec; à 28 p. moins 7, pluie ou vent; à 28 p. moins £, grande pluie; enfin à 27 p., tempête.
Nous allons maintenant donner quelques règles qui pourront faciliter l'usage du baromètre, pour le» prédictions météorologiques.
1<> L'élévation du mercure présage en général le beau temps ; son abaissement, au contraire, de la pluie, de la neige, du vent, des tempêtes ou des ouragans.
Dans le cas d'élévation, la surface du mercure est convexe; elle est concave dans le cas d'abaissement. De là vient que pour savoir si le mercure tend à monter ou à descendre, on peut frapper légèrement
sur le cadran ; cette oscillation facilite le mouvement du mercure ; s'il doit monter, sa surface devenant plus convexe, élève le flotteur; si, au contraire, il doit descendre, la surface devenant plus concave, entraîne le flotteur avec elle ; et l'aiguille indique sur le cadran quelle est la tendance de l'instrument.
2° Si, par un temps très-chaud, le mercure vient à baisser, c'est signe de pluie.
3° Son élévation en hiver présage la gelée; son abaissement pendant la gelée, le dégel.
4° Si le mauvais temps suit immédiatement l'abaissement du mercure, il sera de courte durée. Il en est de même pour un beau temps arrivé incontinent après son élévation.
5° Si, par un mauvais temps, le mercure s'élève et persiste dans cette élévation, pendant la durée du mauvais temps, on peut espérer un beau temps durable.
G0 Vice versât si, par un temps serein, le mercure descend, et continue de baisser deux ou trois jours avant qu'il tombe de la pluie, il faut s'attendre à beaucoup d-hlimidite et à de grands vents.
7° Les oscillations du mercure annoncent de l'incertitude dans le temps.
8° En toute saison, l'abaissement subit du mercure est un signe certain de tempêtes, d'ouragans, de grosses pluies, de tonnerre.
9° Si, après la pluie, le vent change, et le baromètre remonte, c'est un présage certain du retour du beau temps.
Le baromètre a encore un autre emploi d'une grande importance ; il sert à mesurer l'élévation des hautes montagnes.
Si, comme je l'ai dit, la couche d'air atmosphérique qui entoure la terre a 14 lieues d'épaisseur, il est clair qu'en montant au sommet des montagnes l'épaisseur de cette couche sera, au-dessus de vous, diminuée de toute la hauteur des montagnes ; donc la pression atmosphérique devra être d'autant moindre, et le baromètre descendre dans la même proportion.
On doit donc pouvoir connaître à quelle élévation on est au-dessus du niveau de la mer, par la hauteur du mercure, sachant la hauteur à laquelle il se maintient au bord de l'Océan. Ainsi, au sommet du Saint-Bernard, la hauteur du baromètre n'est plus que de 0m57, au lieu de 0m7G, bauteur moyenne au bord de l'Océan. On a trouvé que le mercure s'abaissait d'un millimètre par 10m5 d'élévation. Cependant, dans les régions très-élcvées de l'atmosphère, l'abaissement est plus considérable ; cela tient à ce que l'air devient de moins en inoins dense. A ces grandes hauteurs, le feu languit, le son n'est presque plus sensible, la respiration est grande et fréquente, les vaisseaux, qui ne sont plus assez pressés, se gonflent, et le sang s'échappe par les pores de la peau. M. Delaplace a trouvé qu'à 12 lieues de hauteur, l'air était aussi rare que sous une cloche purgée d'air au moyen de la machine pneumatique.
Ernest Breton.
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(Buromclrcs.)
Les Bureaux iV abonnement et de T ente sont rue des Grands- Jugustins, 20.
Pari», imprimerie de DEGOUflCUAIT!', rue d'Eiiurlli, i, prêt de l'Abbaye. — l'itssc mécanique.
FPxANCE. — CLISSON.
Vue du château de Clisson (Loiro-inférieurc).