GRÈCE. — CORINTHE
( Uue Vue de Corinthe.)
La fondation de Corinthe remonte à l'arrivée dans la Grèce des dynasties des dieux qui succédèrent aux Pélasges. Ephyre, fille de l'Océan, avait entouré l'Acropole de remparts, et Corinthus, qui descendait du soleil par Marathon, fils d'Epopie, issu d'Aloceus, lui avait donné son nom. Telle était l'origine de cette ville, si puissante par ses richesses et ses colonies. Elle fut renversée de fond en comble par les Romains, commandés par Mummius, qui vendit ses habitants à l'encan. Tous les naturels du pays avaient disparu, quand Pausanias visita Corinthe, car Auguste, qui la restaura à cause de l'avantage de sa position, y avait établi une colonie de vétérans et d'affranchis. Cependant, malgré ses désastres, sa splendeur surpassait encore celle de toutes les autres places de la presqu'île. C'est à ce terme que s'arrête la dernière période de son importance, car, depuis le ir" siècle, les écrivains qui parlent de Corinthe n'en font plus mention que pour raconter les désastres qu'elle éprouva. Située sur le chemin de tous les conquérants, on la voit pillée en 261 par les Hérules, qui saccagèrent Argos et Sparte. En 395, elle éprouva la fureur des hordes d'Alaric, et Stilicon, en délivrant la province des Barbares, lui porta un coup fatal. Exposée aux incursions des Scytho-Slaves, elle avait été délivrée de leur 3oug > quand elle fut cédée, après la prise de Constantinople, aux Vénitiens, qui y soutinrent des sièges contre Roger, premier roi de Sicile, et Jacques Tome iv. — août 1837.
d'Avannes, lieutenant du marquis de Boniface.
Après tant de révolutions, il n'est pas étonnant qu'on se demande où est Corinthe, quand on est déjà au milieu des quelques maisons qui la composent.
Le point qui le premier attire les regards, est l'Acropole, où malheureusement il n'est pas permis aux étrangers d'entrer. Son élévation, que Strahon estime à trois stades et demie de hauteur perpendiculaire, est enveloppée, au couronnement, d'un rempart bastionné et crénelé, circonscrit par une enceinte beaucoup plus ancienne, formée d'assises de maçonnerie pélasgique. Le chemin qui conduit à la forteresse, dans une étendue sinueuse d'un trèsgrand développement, peut être battu dans tous ses détours par l'artillerie de l'Acropole. C'est dans l'intérieur que se trouve la fontaine Pirènc, aujourd'hui Source du Dragon. Plusieurs temples étaient sur le bord de ce chemin. Quelques pins et des cyprès épars à la base occidentale de l'Acro= Corinthe, paraissent rappeler le souvenir du bois Cranaé, consacré à Bellérophonetà Vénus Mélanie (la brune), qui y avait un temple dont les colonnes ornent maintenant une mosquée. C'est encore de ce côté qu'on montrait le tombeau de Laïs, qui, voyant fuir les amours et les amants, inconsolable de la perte de ses charmes et de son abandon, dédia, au déclin de l'âge, son miroir à Vénus toujours belle.
A peu de distance au nord-ouest est un grand temple d'ordre dorique, qu'on dit être celui du so-
leil, sans apporter aucune preuve pour justifier ce titre. Les restes de cet édifice se composent encore de sept colonnes cannelées, d'ordre dorique, avec une partie de leurs architraves, et elles doivent être de la plus haute antiquité, puisqu'il leur manque presque la moitié de la hauteur, pour être dans la proportion requise avec leur diamètre. Cet ouvrage lourd, et pour cela même regardé comme antérieur au beau siècle de l'architecture, dut être très-soigné, si on en juge par quelques détails d'ornement, et d'après le stuc qui donnait à son péristyle l'apparence du marbre. A quelques pas est un caveau funéraire creusé dans le roc. Près de la porte Ténée on remarque les soubassements de deux grands édifices. Prenant le chemin de Sycione, on arrive à un ravin creusé par les eaux des torrents qui se rendent au Léché ; là, est un puits peu profond et d'une eau excellente, qu'on dit être la fontaine à laquelle Glaucé donna son nom, en s'y précipitant pour se dérober aux enchantements de Médée. Une tradition populaire attribue deux tombeaux voisins aux enfants de Médée. A environ 200 toises au nord, on reconnaît les assises de la Cella d'un édifice qui présente une base de 260 pieds de longueur. On aperçoit encore quelques tambours en pierre pai-ique, du diamètre de 6 pieds, qui formèrent des colonnes cannelées, autrefois enduites de stuc; c'était le temple de Minerve Chalinitis. A un temple attenant, qui dut être celui de Jupiter Coryphée, on voit les bases de plusieurs autres colonnes de 3 pieds et demi de diamètre. Enfin, non loin de là, des pans de murs en briques font deviner l'emplacement du théâtre. Il est plus difficile de se rendre compte d'une citerne profonde, recouverte d'un plancher, formé de colonnes placées comme des solives serrées les unes près des autres.
150 toises au nord-est du théâtre, on a trouvé une grande quantité de colonnes qui marquent l'emplacement du gymnase, qui dut être un édifice considérable. Il était à peu de distance de la fontaine de Lerne, dont l'aspect présente, quoique en petit, quelque analogie avec la fontaine de Vaucluse.
La topographie de Corinthe est tracée avec une telle précision par Strabon, et ses monuments sont si bien décrits par Pausanias, que c'est de toutes les villes de la Grèce, la plus facile à revivifier par des études archéologiques.
La moderne Corinthe, que les Grecs appellent Cortho, se compose de trois cent soixante dix-sept maisons, disséminées par groupes au milieu des champs labourés, et sur le chemin qui conduit à la citadelle. Les intervalles sont remplis et à de grandes distances par les minarets des mosquées, qui s'élèvent comme des obélisques, entourés de cyprès, emblème du deuil général de la florissante Corinthe. Un silence effrayant règne dans les places publiques, au port, dans les cirques ; et ce tableau de désolation ne change qu'au printemps, avec le réveil accoutumé de la nature. La ville, divisée par des champs couverts de moissons, présente alors l'aspect de plusieurs grosses fermes entourées de leurs métairies. Mais c'est le seul moment de vie de cette terre peu fertile ; dès que la récolte est finie, le terrain, que le soleil dessèche, n'offre plus qu'une triste aridité, dont la
monotonie est à peine variée par des bosquets clairsemés d'orangers et de citronniers qui ornent les jardins de quelques particuliers. E. Breton.