‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 199 sur 242 · FRANCE. — NARBONNE · texte numérisé non relu

FRANCE. — NARBONNE

Naibonne, antique cité, a donné son nom à toute l<i contrée qui s'étend depuis le> Alpes jusqu'aux Pyrénées, et particulièrement à celle qui se pioionge des rives du Rhône au pied de ces montagnes. Nai> bonne élan le principal enti epôt de l'ancienne Gaule, ei e est par les i entions que lui procurait .-on commerce que soin venues les premières notions sur le

pays et l'état de l'île des Bretons (l'Angleterre). La situation de Narbo parut si favorable aux Romains, qu'ils y établirent une colonie ; en effet, cette ville leur était de la plus grande utilité, à cause de son port, pour y rassembler les troupes qu'ils envoyaient en Espagne. Les habitants firent bon accueil aux Romains. L'an de Rome 636, Naibonne reçut le surnom de Marlius, probablement à cause du culte qu'on y rendait au dieu Mars, ou du consul Martius qui avait commandé une armée dans la Gaule. On nomma aussi Naibonne colonia Decumanorum, parce que la légion qui s'y établit était la dixième. Auguste y tint l'assemblée générale de toute la Gaule. Ce fut sans doute alors que les habitants consacrèrent à ce prince les belles tables votives qu'on retrouva au milieu du xvie siècle, dans les fondations des anciens murs. Ce fut aussi à cette époque qu'on fit une nouvelle distribution de la province ; Naibonne devint le cheflieu de la première Narbonnaise. Lorsque Galba marcha sur Rome contre Othon, Naibonne se déclara pour lui, et il y prit le titre de César. Sous le règne d'Antonin le Pieux, cette ville fut presque entièrement consumée par un affreux incendie, l'empereur fit rétablir à ses dépens les portiques, les thermes, les basiliques et les autres édifices qui avaient été la proie des flammes.

Naibonne demeura sous la domination romaine jusqu'au temps où elle fut prise par Ataulphe, roi des Wisigoths, qui y célébra ses noces avec Placidia, sœur de l'empereur Honorais; en 461, ces rois y bâtirent un palais et en firent la capitale de leurs Etats. Elle fut ensuite prise par les Bourguignons et par Childebert, roi de Paris, qui l'abandonna après l'avoir livrée au pillage. Les Sarrasins s'en emparèrent en 719; ils laissèrent aux habitants leurs mœurs, leuis coutumes, leur religion et leurs lois. Les Sarrasins ne restèrent pas longtemps paisibles possesseurs de leurs conquèles. En 750 un mouvement se manifesta paimi les chrétiens, pour s'affranchir du joug des infidèles. Pépinfit attaquer parlesFrancs lesMusulmans de Naibonne. Ses soldats parurent pour la première fois, en 752, devant cette ville; leurs attaques, interrompues par les expéditions de Pépin en Lombardie et en Saxe, semblaient promettre peu de succès. Les Francs n'avaient nullement perfectionné l'art des sièges, tandis que les Sarrasins, secondés par les sciences des peuples civilisés, avaient réuni pour la défense de Naibonne tout ce qui paraissait devoir rendre cette ville imprenable. Mais les chrétiens étaient encore dans Naibonne en plus grand nombre que les Musulmans ; après de longs combats, fatigués d'une guerre ruineuse, ils s'entendirent avec les Wisigoths, leurs compatriotes, déjà soumisauxFrancs; ils se firent promettre par Pépin la conservation de leurs droits et de leur juridiction, puis, tombant tout à coup sur les Sarrasins qui gaulaient les remparis, ils les massacrèrent, et ouvriient les portes aux Francs. Il y avait alors sept ans que la guerre dînait autour de leui s murailles et qnarantean.s qu'ils obéissaient aux Musulmans. Charlemagne vint à Naibonne, et y tint une assemblée des giands. Enfin, en 85S, les Noiinaiuls descend.! i eut sur les côtes de cette piovince, et ils occupèrent Naibonne. (Jette ville devint la capitale du marquisat de Septitiianie et de Goihie; les lieutenants que les marquis y élabliicnt

furent appelés vidâmes, viguiers , puis vicomtes. Amovibles dans le principe, ils devinrent héréditaires vers la fin du xne siècle.

L'antiquité de Narbonne devrait offrir de précieux restes des magnifiques monuments qui la décoraient; mais les nombreuses révolutions qu'a éprouvées cette ville ont tout renversé; on peut seulement juger de son ancienne splendeur par l'immensité de tronçons de colonnes, de statues, d'inscriptions, de marbres de toute espèce qu'on y a trouvés. Tous ces débris ont été réunis il y a trois siècles, et par une idée bizarre, à laquelle on doit pourtant leur conservation, ils ont été placés autour des murs de la ville. L'ingénieur chargé de la construction des murailles rassembla tout ce qu'il put recueillir de fragments an-

tiques, non-seulement dans la ville, mais dans toute la contrée ; il rangea ces monuments sur deux lignes autour des murs, en mettant à des distances égales la figure d'un boulet à demi enfoncé, comme s'il eût voulu présenter tout à la fois l'instrument de la destruction et ses funestes effets. En général il a placé les inscriptions sur les murs, les bas-reliefs auprès des portes et sous leurs voûtes; il a formé ainsi un vaste musée, un trésor tel qu'aucune autre ville n'en peut offrir de semblable. On peut juger par là les cruelles dévastations auxquelles Narbonne a été livrée. Un nombre considérable de morceaux sont tellement brisés qu'ils n'offrent plus qu'un amas de jambes, de têtes, de mains, et des mots sans aucun sens; cependant il reste encore divers fragments assez

(Tour du palais de l'Archevêché à Narbonne.)

grands pour être dessinés et étudiés, et à peu près mille inscriptions assez bien conservées pour être lues avec intérêt. Narbonne est la seule ville au monde dont l'enceinte offre une aussi riche décoration. Le voyageur est surpris lorsque, suivant dans les fossés les murs extérieurs qui ont environ une lieue de circuit, il découvre cette suite continue de fragments en marbre blanc qui forment un cordon autour de la cité, et présentent une étonnante variété de bas-reliefs; on y voit des bacchantes, des génies, des trophées, des chapiteaux et divers objets inconnus. Ou remarque, sur la poite de la rouf érie des pénitents, un entablement de marbie, enrichi d'une très-belle sculpture ; deux aigles tiennent à leur bec un rameau de chêne, au milieu est la foudre (ouverte de la dé| ouille d'une victime. Cette pierre faisait partie île la fi Ue d'un temple élevé par Aug iste à Jupiter tonnant, pour remercier ce dieu de l'avoir p.éseivé de la foudre qui tua, pi es de la litière de

l'empereur, le chef de ses gardes. Il est incontestable que si l'on faisait exécuter des fouilles dans la ville et autour des murs, on trouverait des objets trèsintéressants pour l'antiquité. Cette opinion est d'autant plus plausible, qu'il est certain que les murailles extérieures et différentes fortifications intérieures ont été en partie construites avec les matériaux des édifices antiques de Narbonne.

Le commerce de Narbonne était autrefois très-florissant; son port est le plus ancien du Languedoc; c'éiait, au temps de Strabon, l'arsenal maritime des Arecojnici; on y faisait un négoce considérable. Cette ville profilait, si l'on en croit Ausone, des richesses du Levant, de l'Asie, de la Sicile et de l'Espagne ; ce n'éiait que pour elle, dit l'historien, qu'on parcourait les mers du monde. An Ve siècle N'a bonne était encoie le rendez- vous dis marchands de l'I gypte et de l'Afrique , le commerce s'y soutint sons la domination desWisigolhs, des Sanasins, et sous les rois de

Fiance jusqu'au xme siècle. C'est ce que prouvent les différents traités conclus par les Narbonnais en 1222, 1224 et 1225, avec les villes de Marseille, d'Hyères, de Nice, Gènes et Pise, et avec les sires de Toulon. Raimond de Moncade, seigneur de Fraga, en Aragon, confirma les privilèges que Raimond Bérenger leur avait accordés pour le commerce dans la ville et le territoire de Tortose. On trouve même que deux citoyens de Narbonne, en qualité d'ambassadeurs de la cité, ratifièrent à Pise, le 6 juin 1279, l'élection d'un consul qu'avaient faite en cette ville les commerçants de Narbonne. Yers la fin du xme siècle, le commerce de Narbonne commence à décliner ; Montpellier s'empare presque exclusivement des transactions de la province, et de nos jours l'antique métropole de la Narbonnaise n'a plus qu'un pâle reflet de sa vieille prospérité commerciale.

La ville de Narbonne est située à deux lieues de la mer, dans une plaine entourée de montagnes, sur la route de Paris en Espagne, et à l'embranchement de celle de Montpellier à Toulouse. L'intérieur est peu considérable, les maisons mal bâties, les rues disposées sans ordre, sans grâce, et mal percées. Le canal de la Robine divise la ville en deux parties, désignées sous le nom de Cité et de Bourg. L'esplanade, ou Plan-des-Barques, placée au centre, offre une promenade agréable, mais dépourvue de végétation, à moins que l'on ne veuille ainsi appeler de frêles acacias, véritables parias du règne végétai. On connaît toute la mauvaise humeur de Chapelle et Bachaumont pendant leur séjour à Narbonne : « Dans cette ville de Narbonne, toujours il pleut, toujours il tonne. Que cela ne vous surprenne point, écrivaient-ils; quand il pleut dix heures en cette ville, comme c'est toujours par orage, et qu'elle est bâtie dans un fond tout environné de montagnes, en peu de temps les eaux se ramassent en si grande abondance qu'il est impossible d'en sortir sans courir risque de se noyer. Nous voulûmes pourtant nous hasarder; mais l'accident d'un laquais emporté par une ravine, et qui sans doute était perdu si son cheval ne l'eût sauvé à la nage, nous fît rentrer bien vite pour attendre que les passages fussent libres. Des messieurs que nous trouvâmes se promenant sur la grande place et qui nous parurent être des principaux du pays, ayant appris notre aventure, crurent qu'il était de leur honneur de ne pas nous laisser ennuyer. Us nous firent donc voir les raretés de leur ville, et nous menèrent d'abord dans l'église cathédrale, qu'ils prétendaient être un chef-d'œuvre ; mais nous ne saurions pas bien vous dire si elle est ronde ou carrée :

Car, arrivés en ce saint lieu, Nous n'eûmes jamais autre envie Que de faire des vœux à Dieu De ne le revoir de notre vie.

Digne ohjet de notre courroux,

Vieille ville toute de fange,

Qui n'est que ruisseaux et qu'égouts,

Pourrais-tu prétendre de nous

Le inoindre vers à ta louange?

Va, tu n'es qu'un quartier d'hiver

De quinze ou vingt malheureux drilles.»

Ce récit des spirituels voyageurs est empreint d'une exagération évidente. La cathédrale de Narbonne est

un bel échantillon de l'architecture gothique ; sans doute les deux tours qui la. surmontent manquent de légèreté et n'offrent pas les découpures élégantes que l'on rencontre dans plusieurs parties de l'édifice ; mais ce n'est pas moins un monument très-remarquable par la pureté du style, la richesse, la profusion des ornements, la multiplicité et le luxe des vitraux ; le chœur surtout est justement admiré, à cause de la hardiesse des voûtesquiontplusde 120 pieds d'élévation. Nous lisons dans les anciennes chroniques que cette église fut incendiée au commencement du ve siècle • un évêque, nommé Rustique, la fit rebâtir en 441. Charlemagne ordonna sa reconstruction sur un plan plus vaste, mais moins solide, puisqu'elle tomba en ruines du temps de saint Louis. Le pape Clément IV, qui avait été archevêque de Narbonne, jeta les fondements d'une nouvelle basilique le 3 avril 1272; la première pierre fut envoyée de Rome, toute bénite. La construction du chœur, celle des chapelles, et les deux grandes tours ne furent achevées qu'en 1332 ; la nef ne fut point bâtie. L'édifice resta ainsi imparfait jusqu'au commencement du xvne siècle, époque où l'archevêque résolut de le continuer ; l'argent manqua, et les travaux n'ont jamais été repris. L'intérieur renferme de précieux tombeaux, et surtout la moitié de celui de l'archevêque de La Jugie ; l'autre moitié est au mu ée de Toulouse. C'est un modèle de l'art au xrnesiècle. — Le palais de l'archevêché à Narbonne ressemble à une forteresse; il est appuyé sur une grande tour de forme carrée, construite dans le moyen âge ; bâtie au centre de la ville, cette tour domine tous les autres édifices ; elle a acquis cette teinte jaune qui fait la beauté des anciens monuments, et leur donne un caractère sévère et grandiose. C'est dans ce palais que Louis XIII signa l'ordre de livrer Cinq-Mai s et de Thou au jugement d'une commission. Narbonne a eu trente-trois vidâmes ou vicomtes, et une vicomtesse Ermengarde. Cixilane est le premier ; il gouvernait la cité au commencement du ixe siècle. L'histoire a peu de choses à dire sur la plupai t de ces personnages; Raymond-Bérenger, dans le xie siècle, a jeté quelque éclat ; il fut presque toujours en querelles avec l'archevêque de Narbonne, Guifred, touchant leurs domaines respectifs; souvent ils en vinrent à une guerre ouverte où le prélat joignit plus d'une fois les armes spirituelles aux temporelles pour réduire plus efficacement son ennemi. Bérenger, de son côté, fit tomber sur Guifred les foudres de Rome, en faisant connaître au pape la licence de ses mœurs. Parmi les lettres d'Ives de Chartres, on en voit une du pape Alexandre II au vicomte Bérenger, par laquelle il le félicite d'avoir sauvé lavie aux Juifs de ses terres, que desFrancs, en passant par le Narbonnais pour aller guerroyer les Sarrasins d'Espagne, voulaient mettre à mort. — La vicomte de Narbonne ne devint héréditaire que vers la fin du xie siècle, sous l'administration d'Aymeri ou Amauri Ier. L'an 1112, au mois d'octobre, Aymeri et Richard, archevêque de Narbonne, de concert avec les autres seigneurs de la province, abolissent le droit de naufrage, vieille coutume alors établie sur toutes les côtes de France, et qui consistait à s'emparer des débris de vaisseaux naufragés. Par l'acte d'abolition, on convint de laisser ces débris au maître du navire, de quelque nation qu'il fût; on n'excepta que les

Sarrasins. — Aymeri IV reçut à Narbonne, en 1285, Philippe le Hardi qui allait porter la guerre dans l'Aragon; le roi de France mourut dans cette ville le 5 octobre de la même année; il fut inhumé dans la cathédrale, et avant la révolution on voyait encore son magnifique tombeau. Aymeri signala plusieurs fois son zèle pour le service de Philippe le Bel ; on cite les deux traits suivants. Le roi d'Aragon, redoutant toujours les armes de la France, avait envoyé deux ambassadeurs à Rome, afin de mettre le pape dans ses intérêts. Le vicomte les fit arrêter comme ils passaient à Narbonne, et les livraaux officiers du roi, qui les renfermèrent dans la forteresse de cette ville. Peu de temps après, ayant découvert que le chevalier de Durban, son vassal, entretenait des intelligences avec le roi d'Aragon, Aymeri le fit mettre au pain et à l'eau dans une étroite prison. — Guillaume II, vicomte de Narbonne, accompagna en 1419 le dauphin Charles à son entrevue avec Jean, duc de Bourgogne, sur le pont de Montereau; il fut un de ceux qui assassinèrent le Bourguignon. Charles VI, à l'instigation de la reine Isabeau et de Philippe, nouveau duc de Bourgogne, confisqua tous les domaines du vicomte. Cette confiscation accrut l'amitié du dauphin pour Guillaume; il l'envoya commander en son nom sur les côtes de Normandie; sa précipitation fut cause de la perte de la bataille de Verneuil contre les Anglais ; il y périt ; le duc de Bedfort, ayant fait écarteler son corps, le fit pendre à un gibet. — Le dernier vicomte de Narbonne est ce jeune et brillant Gaston de Foix qui prit une part si glorieuse aux guerres du Milanais sous Louis XII; commandant des troupes, on l'avait surnommé, à cause de ses exploits, le foudre de l'Italie ; il mourut âgé de vingt-trois ans à peine, à la bataille de Ravenne, qu'il gagna sur les Espagnols, le 11 avril 1512. Cinq ans auparavant, Gaston avait échangé avec Louis XII la vicomte de Narbonne contre le duché de Nemours; dès lors, le roi donna commission aux trésoriers de France de prenche possession en son nom de cette vicomte, qui fut par là réunie à la couronne. — La maison Narbonne-Pelet, issue des vicomtes héréditaires de Narbonne, existe encore; celle de Narbonne-Lara, d'une même origine, s'est éteinte par la mort du comte Louisde Narbonne, l'elégantetspiiituel diplomate qui servit Napoléon avec tant de dévouement !

A. Mazoy.

RELIGION D'ODIN

Éludes historiques. Troisième et dernier article, voir page 331.

Il ne me reste plus qu'à donner quelques détails sur le culte de ces anciens peuples qui doivent tant nous intéresser, puisqu'ils tiennent de si près à nos ancêtres et que leur religion était la même, à quelque différence près due au climat et à la langue. Trois grandes fêtes divisaient les années religieuses : la première se célébrait en l'honneur de Thor au solstice d'hiver, appelé la nuit mère, et elle marquait le commencement de l'année ; la seconde,

en l'honneur de Frigga, an croissant de la seconde lune ; la troisième, à l'entrée du printemps, et Odin y était spécialement adoré. Ces peuples n'eurent d'abord pour temple que le fond des plus épaisses forêts où se célébraient leurs rites mystérieux. Plus tard, dérogeant à leurs idées sur la nature du Dieu suprême, ils creusèrent dans le roc des grottes sacrées et lui élevèrent des temples. Celui d'Upsal était célèbre par sa magnificence et une chaîne d'or qui en faisait le tour. Leurs autels consistaient en une pierre carrée élevée sur quatre fragments de rochers et dont la forme rappelle les dolmens druidiques. Les offrandes furent d'abord les prémices des récoltes ; plus tard, l'on attribua une vertu expiatoire au sang des animaux, et on immola des cavales et des taureaux à Thor, des pourceaux à Frigga, et à Odin des bœufs, des chiens et même des coqs. Bientôt l'on en vint à verser le sang humain, et alors on étendait la malheureuse victime sur la piètre du sacrifice, et le grand-prêtre lui ouvrait le corps avec son couteau d'or et tirait des présages de l'aspect de ses entrailles : quelquefois on la jetait dans un puits ou on la brûlait dans les forêts consacrées. Ces sacrifices étaient sans doute un sacrilège affreux : mais pourquoi ferait-on un crime aux Scandinaves d'un usage que l'on retrouve partout : chez les Hébreux prévariquant, chez les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les ludous, au Mexique, au Péiou, et jusque chez les Insulaires de la mer du Sud ; usage qui, comme l'a fort bien prouvé un savant de nos jours, a son fondement dans la croyance où étaient tous les peuples que le sang était nécessaire pour racheter les péchés des hommes, et qu'un Dieu lui-même verserait le sien pour les délivrer de la mort ?

Et maintenant cjue rcste-t-il de ce culte autrefois si répandu ? Les adorateurs d'Odin sont passés avec leurs divinités : l'oiseau des déserts fait son nid dans le creux de leurs autels rongés de mousse et sur lesquels les flots de la mer Baltique viennent se briser tristement. Ainsi passe tout ce qui est de l'homme, ainsi périssent toutes les œuvres de ses mains, heureux que le souvenir d'aucun crime ne s'attache à ces humbles débris!

A. Vayssieres.

Page 1