ANNE D'AUTRICHE
Reine de Fiance, femme de Louis XIII.
La physionomie historique de cette princesse varie beaucoup, suivant les peintres qui en retracent l'image. Trois hommes influèrent puissamment sur sa destinée, Louis XIII, Richelieu et Mazarin.Les sentiments divers qu'elle leur inspira furent également funestes à son bonheur et à sa gloire. Le roi, son époux, ne l'aima point assez, et les deux ministres l'aimèrent trop, suivant l'opinion générale. En retour de sa passion, qui allait jusqu'à la folie, le premier n'essuya que des risées dont il se vengea par des moyens atroces; pour prix de son attachement, le second obtint une confiance aveugle, et en abusa pour commettre des fautes.
D.'S accusations graves ont plané sur 1 . tête delà fille de Philippe III; peut-être doit-on les rapporter toutes aux causes que nous venons d'indiquer. La haine violente de Richelieu put seule confondre la reine parmi les complices de Chalais. A l'imputation d'avoir voulu détrôner Louis XIII, et s'unir ensuite à son frère Gaston d'Orléans, Anne répondit par un mot victorieux : » J'aurais trop peu gagné au change. »
Quant aux soupçons de galanterie, ils n'étaient que trop justifiés par l'étonnante froideur du roi, par la beauté de la reine, et par le nombre de ses adorateurs. Pendant vingt-trois ans la France attendit vainement la naissance d'un prince, il fallut, soit le hasard, soit le conseil d'une maîtresse, pour rapprocher le monarque du lit conjugal. Les mémoires du temps sont féconds en conjectures sur la naissance de cet enfant royal, précédée, assure-t-on, de celle d'un autre enfant d'un sang moins noble, dans lequel on croyait reconnaître l'Homme au masque, de fer.
Si les faveurs de la reine firent quelques heureux, ses dédains firent encore plus de mécontents, et dans ce nombre on est tenté de ranger le fameux cardinal de Retz, dont l'amour-propre otfensé perce à chaque page de ses mémoires : « La reine, dit-il, avait, plus que personne que j'aie jamais vu, de cette sorte d'esprit qui lui était nécessaire pour ne pas paraître sotte à ceux qui ne la connaissaient pas. Elle avait plus d'aigreur que de hauteur, plus de hauteur que de grandeur, plus de manière que de fonds, plus d'application à l'argent que de libéralité, plus de libéralité que d'intérêt, plus d'intérêt que de désinté-
ressement, plus d'attachement que de passion, plu3 de dnreté que de fierté, plus de mémoire des injures que des bienfaits, plus d'intention de piété que de piété, plus d'opiniâtreté que de fermeté, et plus d'incapacité que de tout ce que j'ai dit ci-dessus. » A ce portrait, célèbre par le mauvais goût et la profusion de ses antithèses, on oppose les jugementsavanlageux que portent des mémoires récemment publiés sur les agréments d'esprit et l'élévation d'âme dont la mère de Louis XIV était douée. On cite de cette princesse un mot bien remarquable; Mazarin cherchait à pénétrer ses intentions sur l'amour du jeune Louis pour mademoiselle de Mancini sa nièce, en lui exprimant fortement la crainte qu'il ne voulût trop fortement l'épouser. Anne d'Autriche lui répondit vivement : « Si le roi était capable de cette indignité, je me mettrais avec mon second fils à la tête de toute la nation, contre le roi et contre vous.» Anne d'Autriche, qui fonda des églises et des hôpitaux, aimait passionnément les spectacles, au point de s'y rendre portant encore le deuil du roi son époux , et de s'y cacher derrière une de ses dames. Elle était d'une délicatesse recherchée pour le linge et les ajustements. Mazarin lui disait : «Madame, si vous étiez damnée, votre enfer serait de coucher dans des draps de toile de Hollande. » Elle avait un goût prononcé pour les fleurs, et ne pouvait souffrir la vue des roses, même en peinture. Elle mourut d'un cancer, à l'âge de soixante-quatre ans, le 20 janvier 1666.
(Anne d'Autriche, reine de France.
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CARICATURES DE LA LIGUE
(Le faux mufle découvert )