‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 205 sur 242 · FRANGE. — NUITS · texte numérisé non relu

FRANGE. — NUITS

(côte-d'or. )

Nuits (Nucium à nucibus) ne fut d'abord qu'un gros village dépendant des domaines de la puissante maison de Vergy. — Alix de Vergy, d'amoureuse et tendre mémoire, l'apporta en dot au duc de Bourgogne Eudes III qui, en 1212, lui accorda des privilèges et des franchises signées de son chancelier, de son sénéchal et de son connétable. Dès l'année 1385, Nuits est appelé : bonne ville fermée ayant forteresse, foires, marchés, etc.

J'aurais bien pu m 'amuser à faire venir les Nuictons du Nord, avec les conquérants des provinces gallo-romaines ; mais le simple bon sens m'indiquait uxie origine beaucoup moins fabuleuse, et je viens de l'indiquer. Quant à l'étymologie du mot Nuits, Nucium, rien de plus naturel que de la rattacher à cette prodigieuse quantité de noyers qui couvraient, jadis les alentours de la ville. Presque tous ces arbres ont péri dans le rude hiver de 1709, mais il en reste encore un assez grand nombre pour attester le fait historique.

Le bourg des Noyers érigé en commune n'occupait pas la place du Nuits moderne; il se cachait en partie dans le vallon, et se groupait autour de deux églises, dont l'une (Saint-Symphorien) subsiste encore, et dont l'autre (celle de Saint-Julien) a été détruite de fond en comble par ces reîtres que Jean- Casimir, duc de Deux-Ponts, amenaitpour auxiliaires aux protestants. — Le vieux et primitif noyau de Nuits n'est plus aujourd'hui qu'un faubourg nommé Nuits-Amont, où le patois de Bourgogne et les anciens respects narguent le beau français et les mœurs étudiées de la ville, tandis que le château proprement dit est devenu la cité. — Le besoin de sécurité et de protection força les habitants de Nuits- Amont à se réfugier dans le château, et voilà comment la ville actuelle est venue se condenser autour d'une maison de ville, d'un palais et d'une chapelle ducale. — Mais les guerres incessantes du moyen âge prirent fin, la population citadine fut trop nombreuse pour son enceinte, elle voulut respirer à l'aise, etNuits-Aval, c'est-à-dire le faubourg de Quincey, se forma ; puis les trois Nuits se relièrent en un tout par des dépendances et de successivesagglomérations. Les idées d'association ne sont pas aussi nouvelles qu'on veut bien le croire, et le système sociétaire pourrait trouver dans l'union des différents éléments nuitons un précédent en sa faveur.

Nuits, tel que nous le connaissons maintenant, est sans contredit le Paris des villes de trois mille et quelques cents âmes, la cité bourguignonne qui résume le mieux, non pas cette Bourgogne indécise de l'Auxerrois, non pas cette Bourgogne épuisée et bâtarde des Marches qui vient s'aplatir dans la Champagne, mais la noble et grande Bourgogne du cœur de la province, s'appuyant à l'ouest sur son coteau et regardant le Mont-Blanc au fond de sa plaine, ayant pour s'abriter des vents cet admirable rideau qui cache un des premiers vins de la terre dans ses plis, et à quelques lieues de là, sa courtoise et mur-

murante Saône, pour se laver les pieds. — A Nuits, plus qu'en aucun lieu de la province de Bourgogne, vous trouverez l'allure bourguignonne bien caractérisée, franche, libre surtout, fière, enjouée, railleuse, pleine d'un sans-façon aisé et d'une spirituelle malice.

Une époque mémorable dans les fastes de la ville de Nuits, est celle du siège qu'elle eut à subir, d'abord en 1569, puis en 1576. Jean-Casimir, duc de Deux-Ponts, amenant un renfort de 1 j,000 Allemands à l'amiral de Coligny qui venait de perdre la bataille de Jarnac, s'arrêtadevantNuitsen avril 1569, pilla la ville et brûla les faubourgs, pendant que le duc d'Aumale se reposait à Cîteaux, comme dans une nouvelle Capoue. Sept ans après, le même prince allemand revenant avec 25,000 reîtres (reiter, cavalier), au secours des Calvinistes, vint encore assiéger Nuits, qu'il battit cinq jours en brèche et somma trois fois de se rendre. Après une défense héro'ique, les assiégés se décidèrent à capituler le 21 janvier 1576. Mais malgré les articles formels de la convention, Jean-Casimir abandonna la place à la brutalité de la soldatesque, qui dévasta la ville, la livra à l'incendie et massacra plus de 150 citoyens. — Ces malheureux s'étaient réfugiés, tant dans la chapelle des Croisés aujourd'hui détruite, que dans un four banal nommé le Grand-Four qui n'existe plus depuis fort peu de temps. Là ils furent assomméspar les soldats furieux. Après cette boucherie, on retira les cadavres, à l'aide de bigots. — Depuis lors, on célébra tous les ans dans la chapelle des Croisés une messe de Requiem. Ce touchant usage s'est maintenu jusqu'en 1790. — Je ne sais pas jusqu'à quel point on doit admettre ou rejeter la tradition suivante : — L'on assure qu'un citoyen de Nuits ayant insulté Jean- Casiinir en lui criant : Casse-mie, casse-croûte, casseneuzilles (noisettes), fut la cause de la violation de la capitulation. L'histoire n'ayant, à cet égard, aucun document écrit, ne doit reproduire ce fait que comme un dicton populaire.

Il ne resta que deux maisons intactes; ce furent celles de Philibert Legoux et de Guillaume Desbarres, lieutenant civil. On assure que 367 coups de canon furent tirés.

Nuits suivit l'exemple offert par la plupart des villes de Bourgogne, il s'enchaîna au parti des Guises, et ne se soumit que tardivement à l'obéissance de Henri IV, grâce aux fermes résolutions de Hancelot- Juliot, son maire. — Cette ville fut encore ravagée en 1636, pendant deux jours, parles Suédois du duc. de Weimar.

Avant la révolution, la ville de Nuits était le siège d'un bailliage civil et criminel dont le ressort était beaucoup plus étendu que celui de Beaune ; elle possédait un grenier à sel, elle était la cinquième qui députât aux états-généraux de la province, et la troisième qui nommait l'élu du tiers-état. Aujourd'hui c'est un simple chef-lieu de canton de l'arrondissement de Beaune, avec une population fixe de 3,120 habitants, d'après le recensement fait en 1831.

Toutes les ressources que la pensée peut supposer réunies dans une ville de cet ordre se trouvent reunies dans celle-ci. A défaut de collège communal, elle a une institution très-sagement et très-habilement dirigée, il ne lui manque qu'une école municipale d'instruction primaire et une bibliothèque coin-

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munale ; mais avec le temps, ces améliorations se réaliseront indubitablement.

Les monuments de Nuits se bornent à l'églisemère de Saint-Symphorien, dont nous donnons ici l'aspect oriental; à l'église co-paroissiale de Saint- Denis, qui était autrefois une collégiale célèbre et dont les chanoines tiraient leur origine du chapitre de Vergy ; à une inaison-de-ville surmontée d'un beffroi, et à un hospice très-proprement tenu.

L'églisede Saint-Symphorien est d'un type austère : œuvre de l'école romane, elle date de la fin du xne siècle, et n'a été achevée que dans le xnr* ; ainsi le système ogival vient s'y marier à la pensée bizantine. Une nef, un chœur, une croisée, deux bas-côtés, constituent cet édifice remarquable par la régularité de son plan et l'unité de ses lignes, à l'intérieur. La croisée et le chœur fermé en apside plate appartiennent au xiii1 siècle; sa nef est toute romane. Ce monument offre un objet de mobilier très-curieux, c'est un tryptique ou tableau sur bois à trois volets, |

donné par Jacques Maissot, en 1609. Cette peinture représente le donateur et sa femme, et la Cène au grand panneau du milieu. On lit, au pourtour, cette inscription :

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