BAIES DANS LES ENVIRONS DE POUZZOL
( Royaume de Naples.)
Aucun lieu peut-être au monde ne réunit plus que Pouzzol et ses environs les curiosités naturelles de toute espèce aux plus intéressants souvenirs histori-
ques ou poétiques; ici, les temples de Sérapis, de Diane , de Mercure , de Vénus ; là , la grotte de la Sibylle, les bains de Néron et Baies.
La grotte de la Sibylle, où l'on entre avec des torches, dont on a soin de faire provision à Pouzzol, était, dit-on, un chemin souterrain qui conduisait d'Averne à Baies. Elle n'est plus praticable au delà de cent cinquante pas. Presque au fond, à droite, est un étroit corridor qui conduit à plusieurs salles. L'eau du lac y ayantpénétré, on est forcé de se faire porter sur les épaules du cicérone, qui marche dans l'eau jusqu'aux genoux. On trouve d'abord une salle de bains, avec une baignoire et deux lits de pierre. De là , on passe dans un grand corridor, au fond duquel est un arc en briques que l'on croit avoir été la principale entrée de la grotte. Enfin, d'une troisième salle partent deux routes souterraines com-
blées, dont on suppose que l'une allait à Baies, l'autre à Cumes. Les parois de ces salles étaient revêtues de marbres et de mosaïques dont il reste encore quelques traces.
Les bains de Néron, ou étuves de Tritoli, sont situés sur le penchant d'un rocher au bord de la mer, près du lac Lucrin. Le nom vulgaire de Tritoli vient par corruption du mot italien frùole, endroit où Ion frotte. Dans deux salles, qui sont au pied de la montagne, on voit plusieurs baignoires en pierre fort dégradées. L'eau qui y séjourne est très-chaude, et la vapeur qui s'en exhale couvre les murailles d'alun. Gravissant la montagne, on se trouve en face des étuves supérieures. Elles consistent en six corridors. Le plus profond, qui a 224 pieds, descend par une rampe rapide jusqu'au niveau de la mer; il y a une source tellement brûlante, qu'il est impos-
( Temple de Vénus, et fort rie Baïes. )
sibled'y tenir la main. Les ciceroni y pénètrent presque nus, puisent dans un petit seau de bois l'eau de la source, y mettent des œufs, et reviennent en courant, tout en nage, et la figure aussi enflammée que s'ils sortaient d'un four; les œufs se trouvent cuits. Les personnes qui ne sont pas habituées à là chaleur de ces étuves parviennent rarement à y descendre. La montagne contient un si grand feu intérieur, que la chaleur se fait sentir à plusieurs toises en mer, et que le sable, quoique continuellement rafraîchi par la vague, est encore chaud au toucher et devient brûlant dès qu'on y enfonce la main.
En sortant des étuves de Néron, on arrive bientôt aux lieux occupés par les ruines de Baies, lieu de délices des Romains. De tant de magnifiques palais, pas un ne conserve une hauteur assez considérable pour qu'on puisse le remarquer. Le port de Baies moderne est superbe et commandé par une forte citadelle. En 1828, les flottes française et anglaise s'y arrêtèrent en revenant de Navarin.
L'intervalle qui existe entre le promontoire de Misène et la dernière pointe de Baies est occupé par deux bassins, séparés par une langue de terre, qui, rompue au milieu, a été réunie par un pont à trois arches, bâti en lave et en pierre volcanique.
Ces deux bassins forment un port et un arrière-port encore plus grand, dont les eaux sont toujours calmes ; c'était là qu'était la flotte romaine sous Auguste; là aussi commandait Pline le naturaliste lors de la première éruption du Vésuve. L'arrière-port , aujourd'hui Mare morta, est le fameux marais du Styx, Slygia Palus , où Virgile avait placé l'inexorable Caron.