ROUEN
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Nous allons quitter Rouen, mon Parisien! Bonne nouvelle, n'est-ce pas ? Patience ; demain à quatre heures du matin, jour ou non, un domestique de l'hôtel viendra, vos bottes et sa lanterne à la main, frapper à votre porte, et vous crier d'un ton de watchman : Il est quatre heures ! Habillez-vous ! la vapeur chauffe! Mettons le temps à profit; refaites votre malle, venez voir avec moi Saint -Ouen et Saint -Maclou ; nous dînerons et puis nous irons à la comédie. Saint-Ouen , qui n'aurait pas de rivale au
monde, si son portail eût été achevé; car si l'on peut reprocher à la cathédrale certaine profusion d'atours, certaine surcharge de toilette qui rappellent un peu Ja marchande endimanchée , Saint-Ouen est pur, simple, tranquille, sublime comme une vierge de Raphaël. Notre-Dame est toute luisante de marbre et d'or ; elle porte colliers sur colliers, diadèmes sur diadèmes. Saint-Ouen n'a que de lapierre et du fer ; Saint-Ouen ne porte au front qu'une tour et qu'une couronne; mais quelle tour ! quelle couionne ! Entrez à Saint-Ouen quand il n'y a personne ; car c'est ainsi, dans la solitude et le silence, qu'il faut aller voir les églises : montez les deux ou trois marches qui exhaussent le pavé du chœur, et là, le dos tourné au maître-autel, regardez cette nef inimitable dont les piliers semblent être sortis de terre, tout seuls, et avoir poussé comme des arbres. Regardez cette voûte vaporeuse que l'on dirait flottante dans les airs, tant il est incompréhensible que le bras de l'homme ait pu s'étendre si haut; séparez les détails irréprochables de cet irréprochable ensemble, la croisée, les portes, l'orgue, les piliers, les voûtes, les trèfles, les ogives ; étudiez une à une toutes ces choses, et cherchez bien! Qu'est-ce qui n'est pas admirable là dedans? Pensez donc aux deux roses de la croisée, ouvrage mémorable du vitrier Alexandre Rerneval et de son apprenti; magnifique concours du maître et de l'élève, où le maître fut vaincu par l'élève , ce qui fit que le maître poignarda l'élève au mois de septembre 1439. Voyez! voyez! Et devant tant de prodiges, liés l'un à l'autre par une mystérieuse harmonie, se parant l'un de l'autre avec une magie divine, si vous restez froid, si des larmes d'admiration ne vous viennent point aux yeux, je vous plains alors! C'est que vous n'avez jamais ni souffert ni pleuré.
Certes, il n'est plus donné aux hommes de produire ces œuvres gigantesques. La nef de Saint-Ouen est dans les choses à jamais passées, comme la tour de Saint-Ouen et sa couronne ducale, comme les portes de Saint- Maclou , la gracieuse basilique, comme le dôme et l'escalier de Saint- M iclou , comme l'enthousiasme religieux qui mettait le ciseau à la main de Jean Goujon, le sculpteur de Saint-Maclou, et qui le lit assassiner, hélas! avec tant d'autres, le jour de Saint Rarthélemi. La foi catholique bâtissait des cathédrales, alors ; mais aussi elle élevait des potences, elle allumait des bûchers. Plus de potences aujourd'hui, plus de bûchers, plus de fanatisme théologique, mais aussi plus de cathédrales. Le fanatisme est ailleurs ; il est descendu de Dieu aux hommes ; il émane d'une idée, d'un nom; il ne fait plus d'inquisiteurs ni de martyrs ; il fait ce que vous venez de voir, des hommes comme le chef d'escadron Parquin , dévoués au nom d'un mort et à tout ce qui porte ce nom. A la bataille de Montereau, racontait le chef d'escadron Parquin, l'empereur me dit : « Capitaine Parquin , allez me faire des prisonniers! — Où ça, sire? — Passez le pont. — Oui, sire. — Et en fîtes-vous, demanda l'interlocuteur? — Si j'en fis, monsieur! L'empereur l'avait dit! L'empereur m'eût dit de monter avec mes dragons sur les tours de Notre-Dame, que nous y serions montés, monsieur! Je passai le pont. J'étendis quarante hommes sur la place, trente dans les fossés de
la route, pour faire tableau ; et je revins à l'empereur avec quatre-vingts prisonniers. — Capitaine ! c'est bien, me dit-il. Oh! vous ne savez pas, vous ne savez pas, vous autres, ce qu'il tombait de gloire et d'orgueil sur le cœur de l'homme à qui l'empereur avait dit : C'est bien ! »
A l'église de Saint-Ouen sont attenants les bâtiments de l'ancienne abbaye , qui renferment la bibliothèque, les archives et le musée de la ville. Je ne dirai rien du musée. La plume de mon jeune camarade, Charles Rlanc, fera sûrement quelque jour pour Rouen et les grandes villes de France ce qu'elle vient de faire pour l'exposition de peinture de Rruxelles. Un mot seulement sur une grande toile que le bon Garneray, notre peintre de marine, aujourd'hui conservateur du Musée de Rouen, me donnait à moi, profane, pour être de Raphaël. Qu'elle soit ou non de Raphaël, celte Vierge, fort belle du reste, me rappelle une anecdote qui me fut contée sur le bateau de la Houille, par un antiquaire de Dieppedalle. Le cardinal Georges d'Ainboise Ier étant archevêque de Rouen, avait, dit la tradition, commandé le tableau à Raphaël pour l'église Notre-Dame. Au temps de la révolution, le tableau fut décadré et caché dans un grenier de l'abbaye de Saint-Ouen, derrière un tas de vieilles planches. Puis, certain jour d hiver, un employé aux archives, qui avait froid aux pieds, chercha du haut en bas de la maison quelques débris de tapis bon à mettre entre le pavé de son bureau et la semelle de ses galoches. En furetant le grenier, il découvrit un rouleau de grosse toile bien épaisse qui lui convenait parfaitement. C'étaitletableau ! Cependant la révolution avait porté ses fruits : Napoléon était devenu empereur, et M. Beugnot préfet; depuis lors, on avait bouleversé toute la ville pour retrouver le Raphaël perdu, quand le préfet, visitant les administrations, avisa le digne employé qui tenait ses pieds sur de la toile, et lui fit donner un paillasson. Alors la toile fut secouée et déroulée, pour que l'on sût à quoi elle pouvait servir. On reconnut le Raphaël. Je vous donne l'histoire du tapis de piedde 100,000 fr. commeGarneray m'a donné le tableau : jugez l'une, et si vous voulez, allez voir l'autre.
La bibliothèque, qui s'est beaucoup enrichie des livres d'un célèbre orientaliste, Richard Simon de Dieppe, si savant que let; Dieppois le croyaient lié avec le diable , la bibliothèque renferme un vrai bijou. C'est le fameux Graduel de Daniel d'Aubonne, jadis a l'usage des offices de l'abbaye, ouvrage qui a pris trente années de la vie de son auteur, et qui ne renferme pas moins de deux cents vignettes peintes, avec un nombre infini de lettres variées. Il fallait de la foi aussi pour qu'un homme dépensât trente ans à illustrer un volume.
Pendant que nous en sommes aux choses de religion, vous savez que toutes les églises de France ont eu, jusqu'au xvue siècle, ce qu'on appelait le cl/oit d'asile; l'homme poursuivi, même pour meurtre^ qui se réfugiait dans un temple y demeurait inviolable. Cela s'étendit plus loin. Certaines églisesavaient h pouvoir de délivrer des prisonniers, des condamnés. Ce précieux privilège de quelques églises s'exerçait toujours un jour de grande fête et très-solennellement; il y avait là une pensée belle et touchante;
c'était de rappeler l'œuvre du Christ, la rédemption universelle, par la délivrance réelle d'un homme. L'église de Rouen tenait ce droit des premiers ducs normands. Aux processions des Rogations, elle faisait porter au bout d'un bâton, et triomphalement, devant la croix, une figure de dragon, la tête levée, la gueule ouverte, emblème du mal, qui, selon les dogmes chrétiens, gouvernait le monde avant la venue du Christ. Mais le jour de l'Ascension, la croix marchait la première à la procession, le dragon suivait d'un air abattu. Alors, quand le cortège passait devant la prison du bailliage, un condamné à mort lui était remis, chargé de chaînes, ayant la tête couverte de cendres, et l'histoire de son crime écrite sur le dos. On l'amenait dans cet état jusqu'au palais ducal ; là ses chaînes et son écriteau tombaient; il soulevait trois fois sur ses épaules une châsse appelée la fierté de saint Romain, et s'en allait libre. Maintenant vous savez que l'habitude a toujours été de donnera ces sortes de privilèges une origine merveilleuse ; ainsi Notre-Dame de Chartres avait la chemise de la Vierge, qui absolvait le voleur, parce qu'il avait fallu un vol pour se procurer cette chemise ; Notre- Dame de Rouen fit du dragon vainqueur pendant trois jours et vaincu le quatrième un monstre appelé la Gargouille, et le chapitre imagina qu'au temps de l'évêque saint Romain, l'an 520, Rouen avait été désolé par cette Gargouille, affreux dragon qui soufflait partout la peste et l'incendie. Chaque jour, deux ou trois cents personnes, sans compter des milliers de bestiaux, devenaient la proie du monstre ; autour de la ville les moissons séchaient, les eaux s'empoisonnaient, les fruits tombaient sous son haleine infecte. Beaucoup d'entre les nobles et le peuple étaient partis pour combattre la terrible Gargouille, et nul n'était revenu. La terreuravait tout envahi, on émigrait, on abandonnait la ville. Saint Romain fut ému des douleurs de ses ouailles; il invoqua Dieu, il exhorta le peuple ; mais plus personne n'osait aller défier le dragon. Saint Romain se dévoua. Il dit : •■ J'irai! qui veut me suivre pour voir comment je ferai? » Aucune voix ne répondit. Alors l'évêque se fit ouvrir la prison des assassins, et s'adressant aux condamnés à mort, il promit la grâce à qui oserait venir avec lui. Que risquaient-ils, ces condamnés? Rien. Un seul pourtant eut le courage de suivre l'évêque. Saint Romain sortit de la ville, vêtu de ses ornements pontificaux, l'anneau pastoral au doigt, la mitre en tète ; le prisonnier portait sa crosse. Ils trouvèrent la Gargouille qui dormait dans les joncs d'un marais. A leur approche, elle s'éveilla en poussant des hurlements affreux, et lançant du venin sur le prisonnier, elle fit tomber la crosse épiscopale de sa main paralysée. « Ramassez la crosse et frappez le serpent ! » cria l'évêque à l'homme perdu. L'homme eut la foi, il ramassa la crosse et en frappa le serpent. La Gargouille n'attendit point le second coup, elle tomba et resta immobile. Alors l'évêque l'appela à haute voix, et, ayant étendu son étole sur sa tête, il lui ordonna de le suivre. La Gargouille obéit. On reprit le chemin de la ville; l'évêque en tête, la Gargouille ensuite ; le prisonnier fermait la marche. Le peuple, qui voyait cela du haut des murailles, bénissait Dieu et criait Noël! à saint Romain. L'honnête Gargouille se laissa docilement conduire jusqu'à la place publique,
où l'attendait un bûcher dans lequel on la fit se précipiter. Rouen fut délivré et le prisonnier eut la vie sauve, ainsi qu'il avait été dit. Ce que Dagobert Ier ayant appris, il accorda aux successeurs de saint Romain le privilège et le pouvoir de délivrer chaque an, au jour de l'Ascension , un prisonnier ou une prisonnière, pour quelque cas ou crime quils fussent détenus.
Voici les halles, immense et vieille construction que l'on s'accorde à regarder comme la plus belle et la plus curieuse du genre. C'est ici qu'une nombreuse colonie normande, qui partage avec les Juifs de Paris l'exploitation de la longue rue Saint-Martin, vient tous les vendredis enlever les quatre ou cinq mille pièces d'étoffes fabriquées pendant la semaine par les pauvres petits tisserands rouennais. Ces étoffes, connues dans le commerce sous le nom de rouenneries, portent les noms bizarres de glacée tabac, rayée 2 et 2 ou A et A tabac, glacée Virginie, carreau Virginie, rayée palliacat, etc. Les mille et mille ouvriers de la banlieue et des faubourgs de Rouen grimpent à quatre heures du matin le double escalier de pierre que vous voyez, et vont s'entasser, eux et leurs pièces, dans une salle de 300 pieds de long. Bientôt arrivent les négociants de la rue Saint- Martin , vomis par torrents de vingt diligences. N'espérez jamais partir de Paris pour Rouen le jeudi soir, ni de Rouen pour Paris le vendredi : ce serait folie. Ces deux nuits-là, c'est le commerce seul qui tient la route. Vous n'avez pas idée du bruit et du mouvement de cette vente qui dure depuis six heures du matin jusqu'à midi ; c'est une foire de Beaucaire répétée cinquante-deux fois par an ; et toujours c'est un événement pour la cité; la halle du vendredi est le thermomètre de la prospérité rouennaise ; deux cents pièces vendues de moins un jour que l'autre épouvantent le fabricant, parce qu'il en augure que la rut' Saint-Martin est engorgée de marchandises. La toile rayée tabac est le fonds public de Rouen, la halle en est la bourse. Une baisse à la halle fait prendre le deuil, une hausse ferait presque mettre des lampions aux fenêtres. Et c'est une chose grave en effet, puisqu'une halle manquée peut réduire une population d'ouvriers à n'avoir ni travail ni painpendant toute la-semaine qui suit. Et vous savez si le fabricant tremble quand l'ouvrier n'a ni travail ni pain.
Nous dînons nécessairement chez Lejay. Tout homme qui voyage doit dépenser 12,000 fr. par an. Tout homme qui voyage est riche ; dînons donc chez Lejay. Descendons ensuite jusqu'au quai , jusqu'au pont de fer, le pont Séguin, qui a supplanté le vieux pont de bateaux, cette antiquité rouennaise, brisée, noyée, méprisée juste le lendemain de l'inauguration du pont de fer. O mon vieux pont de quinze bateaux! rangés de front comme une file de la vieille garde, pardonne aux Rouennais leur ingratitude, le pont de fer est moins beau que toi. Remontons au cours Boyeldieu, avenue de jeunes arbres, au milieu de laquelle s'élève, dit-on, une colonne que je n'ai jamais vue, érigée à la mémoire du grand compositeur de ce nom. Cette colonne est surmontée, je dois le croire, d'une urne funéraire qui renferme les entrailles de l'auteur de la Dame Blanche et du Petit Chaperon rouge. Ils veulent absolument que l'intelligence de l'homme soit dans ses intestins, laissonsles. Cette belle porte à quatre battants vitrés est la
porte du théâtre. Au-dessus vous voyez un magnifique balcon, c'est le balcon du foyer du théâtre. Ne frappez point à cette porte, car elle ne s'ouvre jamais. Tournez à gauche : au coin de la rue des Charrettes etdelarue Grand-Pont, voici une autre porte vieille, enfumée, ignoble ; c'est la bonne, c'est la vraie. Faites une boutique de l'autre, puisque personne ne s'en sert. Entrons. « Voici donc, comme disait notre confrère Victor Herbin, voici donc ce roi des théâtres de la province, si vieux en réputation, si fécond en talents ; cette scène, sur laquelle a passé tout ce qu'il existe de gi'ands artistes; ce parterre, superbe jusqu'au despotisme, sévère jusqu'à la cruauté ; parterre brutal et sauvage sur qui pèsera à jamais la honte d'avoir sifflé Talma ! »
Oui ! il a sifllé Talma, ce public ! Il a sifflé Bocage, notre grand, notre digne artiste, tout de flamme et de poésie ! Et il a couronné, il a mis sur le trône M. Alexandre, que Paris, la terrible cour d'appel
des parterres de province, siffle et ressiffle à cœur joie ! Le public de Rouen ! le parterre de Rouen ! bon Dieu ! Entrez donc le matin d'un début au café de la comédie : voyez ces gens, les grands juges du parquet du théâtre des Arts, l'œil collé aux vitres du café, avisant un pauvre homme bien modeste et bien pâle, qui rase le mur en marchant, qui baisse la tète, et tient les mains dans ses poches pour cacher les soieries déchirées de sa redingote jadis noire ! — Drôle de tête! dit l'un. — Eh! mais, vous ne savez pas ? c'est le débutant ! — Ah ! oui ? — Drôle de tête, tout de même ! — Oui, figure d'imbécile. — Je vous le joue aux dominos. — C'est cela pourtant ! Ils jouent aux dominos le succès, la réception, l'avenir, la vie d'un homme que nul d'entre eux ne connaît, qui a peut-être une femme et des enfants, l'infortuné! qui vient demander au théâtre de Rouen du pain, ou au moins une feuille de route pour une autre ville; ils jouent tout cela aux dominos, les inhumains, et
( Une Vue de Limoux.)
si la partie est perdue, il faudra que cet homme, un grand artiste peut-être, une organisation magnifique peut-être, soit sifflé, hué, bafoué à chaque mot qu'il dira, à chaque note qu'il chantera, lui, un musicien sublime peut-être! parce qu'il a plu à un paresseux qui avait mal dormi la nuit passée de trouver sa figure ridicule et son maintien déplaisant! O honte! honte éternelle sur de pareils hommes! Et si le pauvre artiste que le double-six a condamné, s'étonne et s'indigne d'un accueil si barbare , s'il oublie son costume et son rôle, s'il se souvient qu'il est homme, s'il dit à ce parterre de sauvages de l'écouter avant de l'immoler, voilà que le parterre l'injurie, voilà que le parterre le chasse, appelant à grands cris le directeur et le commissaire ; voilà que le parterre jette à l'artiste des pommes cuites et des œufs ; voilà qu'il trouve que cet homme lui manque de respect! de respect ! Alors le comédien sent le rouge lui monter au front, quelque chose d'affreux lui parcourt la cervelle, il ne pense plus à sa femme malade, à ses enfants qui manquent de pain, il rend au public injures pour injures, et le public, tout gorgé de viandes et de vin, le public tout retentissant d'écus, crie haro ! sur le pauvre ver aflamé qui ose dresser
la tète sous le talon de sa botte; il demande que le comédien fasse des excuses , qu'il s'agenouille , qu'il soit mis en prison. Et tout ce droit infâme sur l'amour-propre, sur ladignité, sur la liberté, sur la vie d'un homme, savez-vous ce qu'il coûte au public? Vingt sons ! Oui! pour vingt sous les Rouennais s'investissent de l'omnipotence dramatique ; ils proclament, ils renversent, ils reçoivent, ils chassent, ils enrichissent ou ruinent qui leur plaît. Voilà le sale côté de la population rouennaise, et havraise, et bordelaise, et lyonnaise, et marseillaise ; voilà une des plaies affreuses de la province. C'est que les gens de province en sont encore à regarder les comédiens comme des saltimbanques, créés et mis au monde pour leurs menus plaisirs, comme des gens hors la loi civile et religieuse, comme des damnés, comme des maudits. Le clergé de province rejette de l'Eglise le comédien mort ; pourquoi le public de province ne garderait-il pas à l'égard du comédien vivant les traditions du Fort-1'Evèque et des Madelonnettes? Tout se tient. Aug. Luc...