‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 226 sur 242 · VUE DE LIMOUX · texte numérisé non relu

VUE DE LIMOUX

Plusieurs écrivains modernes assurent que Li-

moux, petite ville du département de l'Aude, existait du temps de Jules César, et qu'elle était défendue par un château appelé Rhcda. Aucun document historique ne corrobore celte opinion. Il est parlé pour la première de Limoux dans un diplôme de Charles le Chauve, au ixe siècle, en faveur de l'abbé de Saint-IIilaire. Le Piazès, dont Limoux élait la capitale, fut autrefois l'apanage des cadets de la maison de Carcassonne. En 1209, Limoux se soumit à Simon de Montfort qui en fit raser les murs, et le pape Jean XXII l'érigea en évêché ; mais, à la sollicitation de Févêque de Narboune, le siège fut transféré à Alet. Les habitants de Limoux se déclarèrent d'abord contre les Albigeois; plus tard, ils se joignirent à eux et les favorisèrent de tous leurs moyens; conduite qui les fit excommunier au son des cloches et à l 'extinction des cierges, lors du concile tenu à Narbonne en 1226. Par suite des troubles de religion et des guerres du comte de Toulouse, la ville de Limoux, primitivement bâtie sur une colline, fut détruite par ordre du roi de France et rebâtie dans la plaine. Elle prit part, en 1305, au complot qu'avaient formé les consuls de Carcassonne pour livrer ces deux villes à l'infant de Majorque; quarante de ses habitants furent pendus. En 131-7, Limoux obtint la permission de rétablir ses fortifications pour se défendre contre les préparatifs d'invasion, dont les Anglais menaçaient le Languedoc. Dans le xvie siècle, Limoux, longtemps au pouvoir des Calvinistes, fut assiégée par le maréchal de Mirepoix qui s'en rendit maître au nom de la sainte Ligue; mais, à l'avénement de Henri IV, elle ouvrit ses portes à l'armée royale.

Limoux est située au milieu d'un vallon, sur la rive gauche de l'Aude; deux petites rivières, le Congain et la Corneilla, l'arrosent à ses extrémités; les coteaux qui l'environnent sont entièrement couverts de vignobles qui produisent le vin blanc si connu sous le nom de blanquette de. Limoux, ce rival du vin de Champagne. Vue du côté de la hauteur où était, dit-on, anciennement bâtie la ville de Rhéda, l'aspect de Limoux est des plus gracieux ; la vue s'étend sur une belle vallée qu'entourent des masses de montagnes, et l'on suit le cours ombragé de l'Aude, dont les eaux coulent à travers de vertes prairies. A peu de distance de la ville s'élève la chapelle si célèbre, connue sous le nom de Notre-Dame de Limoux, joli édifice orné de tableaux et d'une grande fresque assez bien conservée. Qui pourrait dire tous les miracles attribués par les légendes à Notre- Dame de Limoux? Aussi est-elle surchargée d'exvoto, et chaque année la population du département se rend en pèlerinage auprès de la madone vénérée. L'arrondissement de Limoux est en partie composé de montagnes qui appartiennent, soit aux Pyrénées, soit aux Coi bières; il offre par conséquent un ensemble de communes pauvres ; cependant l'industrie prospère dans plusieurs localités ; il y a de nombreuses forges, une grande quantité de fabriques de drap et des filatures de laine qui occupent des milliers d'ouvriers.

L'ARTISTE DU XIVe SIÈCLE.

Il y avait, un jour, un homme qui rôdait devant la façade, alors inachevée, de la cathédrale de Strasbourg. Et, après avoir rôdé longtemps à l'entour du sublime édifice, il se prit à s'asseoir sur l'un des blocs de pierre rouge qui gisaient sur la place étroite qu'assombrit l'œuvre immortelle d'Hervin de Steinbach. Cet homme était coiffé d'un énorme capuchon de drap écarlate : il se croisa les bras, et resta comme pétrifié à la place qu'il avait choisie.

« Ah ! celte basilique traversera les siècles, se disait l'homme au capuchon rouge, sur son bloc de pierre ; qu'il serait beau d'y graver son nom, qu'il serait beau de compléter l'œuvre de pierre par une œuvre de mécanique et de science ! »

Ainsi parlait l'homme au capuchon rouge; et la nuit se faisait avancée ; et il restait toujours immobile sur son bloc de pierre, comme une statue sur son socle.

<i Holà ! s'écria tout à coup le sergent de la garde bourgeoise ; que fais-tu là, à cette heure ? ne sais-tu pas que le couvre-feu a sonné, et que nuls êtres ne vagabondent à travers rues et carrefours, en pleine nuit, si ce n'est truands, larrons ou esprits diaboliques? »

Et l'homme est conduit au cachot de la Maisonde-Ville.

« Que viens-tu faire à Strasbourg, étranger? lui demanda dès le lendemain le stettmeister.

— Une œuvre cir l'honneur de Dieu.

— Quelle œuvre, étranger?

— Je veux mesurer la marche du soleil, celle de la lune et des planètes. Je veux qu'une harmonie inconnue apprenne à l'homme quels pas il fait vers sa tombe. Je veux que la sainte Vierge, patronne de la cité de Strasbourg, soit représentée à tous les yeux. Je veux

— Arrête là ., fit brusquement le stettmeister; quelle œuvre rêves-tu, parle?

— Une horloge.

— Eh bien, soit. Ton nom?

— Dans l'Orient, on me nomme Ben-Al-Benzar. En Allemagne, je suis Jehan Boërnave.

— Eh bien, soit encore, maître Jehan. Veux-tu de l'or?

— L'or ne paie pas la science. Je ne demande qu'une seule faveur, je l'exige même. Je veux que mon nom soit gravé sur une table d'airain, au milieu du grand frontail de la cathédrale.

— Il sera gravé. »

C'était merveille, en MCCCXLVII, qu'une horloge. Les Arabes seuls les connaissaient. La première horloge qui parut en Europe, fut celle donnée à un roi de France par un roi d'Orient. Que l'on juge de la stupéfaction du stettmeister, à la proposition du mathématicien.

Le lendemain, Jehan Boërnave était à l'ouvrage,

et cinq ans se passèrent sans qu'ri le quittât.

Mais, un beau jour, Jehan Boèrnave va trouver

l'ammeister- régent, et lui dit : « L'horloge est

Page 1