LE CHEVALIER
Le fol le va tolir au chien Avant que poin en ait gousté; C'est fait, il li a tout osté, Vueille ou ne vueille, etc.
Tout à coup les Sarrasins viennent attaquer la ville. Robert, à la vue des nobles qui courent aux armes, pleure de ne plus combattre. Dien lui envoie un am*e pour lui dire qu'à un lieu désigné une armure blanche l'attend. Robert va revêtir cette armure, met les infidèles en fuite, reprend sesbaillons et revient se couchera côté du chien Louvet, devenu son ami. L'empereur fait chercher partout le chevalier aux armes blanches, qui a si vaillamment défendu sa couronne. Personne n'a pu le trouver. Mais arrive un effronté sénéchal, qui prétend que c'est lui. On le croit, on va le récompenser richement, quand
(1) Sans doute.
(2) De peur qu'il ne s'échappe.
(3) Ne vous déplaise.
une petite muette qui a vu Robert prendre ses armes dément, par signes, le dire impudent du sénéchal. L'empereur hésite ; Dieu fait un miracle, et la muette, recouvrant la parole, raconte ce qu'elle a vu. On interroge Robert, qui feint de ne pas entendre, et continue à jouer avec le chien. L'empereur renvoie au lendemain à décider entre le sénéchal et la muette ; mais pendant la nuit les Sarrasins reviennent et mettent la ville à feu et à sang. Robert s'arme une seconde fois, et tue le chef des ennemis, qui tenait déjà l'empereur prisonnier. La ville est délivrée : Robert tombe de cheval, blessé à la cuisse ; on court afin de le relever, il disparaît. L'empereur, qui ne se connaît pas de joie, déclare aussitôt qu'il donnera sa fille en mariage au chevalier blanc, avec la moitié de son royaume. Or, sachez que Robert a vu la princesse, et qu'il en est éperdument amoureux. Alors sa pénitence lui coûte bien, au pauvre Robert; et puis il souffre de sa blessure ; heureusement son ami Louvet la lèche et la guérit. Sur ces entrefaites, le sénéchal a pris ses mesures, il s'est fait faire une armure blanche, et s'est légèrement blessé à la cuisse : il arrive boitant, pour réclamer la main de la princesse. A ces preuves éclatantes, l'empereur est confondu ; la muette a beau parler, les faits parlentplus haut qu'elle. Comment supposer d'ailleurs que de telles prouesses soient l'œuvre d'un pauvre fou ! Bref, le sénéchal va certainement épouser la princesse, qui gémit, car au fond elle aime Robert, elle a su deviner sous ses haillons l'air et la naissance d'un chevalier. Robert cache sa douleur dans le sein de Louvet, et prie Dieu d'avoir un tel sacrifice en expiation. Alors on entend un chœur d'anges, le pape et le saint ermite paraissent ; Dieu a pardonné à Robert, il lui permet de parler, de reprendre son titre et son nom. Le chevalier se lève, et de ses haillons souillés tombe le tronçon du javelot qu'il s'est lui-même ôté de la cuisse. Il dit au sénéchal : — Tu mens ! je suis Robert de Normandie ! — Le sénéchal se sauve, l'empereur embrasse Robert et veut mettre sa main dans celle de la princesse; mais le pécheur n'ose croire à tant de miséricorde, il refuse et prétend qu'il faut qu'il se fasse ermite. Désespoir de la jeune princesse. Le pape intervient et déclare à Robert que Dieu désire qu'il se marie. Le grand échanson vient annoncer que le souper impérial est servi : l'empereur fait placer Robert à sa droite. Chœur général. Fin du Miracle de Notre-Dame.
Aug. Luch...
HISTOIRE NATURELLE
Zoologie. — Zoophytes.
De temps immémorial les hommes ont remarqué autour d'eux trois grandes modifications de l'existence qui, par leur aspect général, frappent d'abord les plus inattentifs: l'état brutou inanimé, le végétal et le vivant. Soumis à l'assentiment général, les naturalistes adoptèrent trois divisions primaires qui résultaient de ces trois modifications, et Linné lui-même n'en imagina pas d'autres, mais il soupçonnait la possibilité d'une quatrième division : « Les corps naturels, disait-il, sont tous ceux qui sortirent de la main du
Créateur pour composer notre terre ; ils sont constitués en trois règnes aux limites desquels sont les zoophytes. » En effet, d'après la définition que le savant Suédois donnait du mot ambigu de zoophytes, il est évident que de tels êtres, comme il le concevait, n'étaient guère plus que des plantes; il leur donnait pour caractère une double vie végétale, résultant d'une tige, munie de racines susceptibles de se ramifier. « Si les zoophytes étaient simplement des plantes , ajoutait Linné , ils seraient dépourvus de sens et de mouvement; s'ils étaient des animaux,
ils ne végéteraient pasprivés de facultés locomotives. » Les zoophytes, ainsi définis, devinrent le quatrième ordre de la classe des vers. Cuvier parut, et donna au mot zoophyte une signification tout à fait différente de celle qu'avait consacrée l'usage et qu'établissait l'étymologie (zoophytes, c'est-à-dire animaux-plantes). Pour l'illustre naturaliste, les zoophytes sont de véritables animaux, et cette opinion a prévalu. Les zoophytes jouissent de la sensibilité, du mouvement volontaire ; ils se nourrissent, pour la plupart, de matières qu'ils avalent ou qu'ils sucent, et qu'ils
digèrent dans une cavité intérieure : ce sont donc bien certainement des animaux.
L'Océan contient une prodigieuse quantité de zoophytes qui puisent leur nourriture au milieu de tous ces débris d'êtres organisés qui s'y accumulent sans fin ; aussi trouve-t-on partout de ces animaux, qui ont bien diverses localités spéciales, mais qui peuvent cependant vivre sous certaines latitudes, par la faculté qu'ils ont de changer de température en se portant à des profondeurs plus ou moins grandes. C'est par ce moyen, sans doute, que ceux que les courants transportent à de grandes distances du lieu où ils sont nés, contrebalancent ce que les influences atmosphériques peuvent avoir de dangereux pour
leur existence. L'extrême pleine mer n'est pas fertile en zoophytes, qui semblent se plaire davantage suites limites des tropiques, principalement au voisinage des terres ; c'est ainsi qu'on en trouve beaucoup le long de la côte d'Afrique et sur celles de la Nouvelle- Hollande. La mer des Moluques en fournit peu, bien que la multiplicité des terres et des eaux calmes soit la condition favorable ; on n'a pu se rendre compte de ce fait qui ne présente qu'une ou deux exceptions. La plupart de ces faibles animaux, dont les moyens de locomotion sont si bornés, se trouvent entraînés par les courants, qui les réunissent quelquefois en si grand nombre, que la mer en est comme couverte et diversement colorée. Il leur arrive aussi
d'être portés sur les terres où l'ardeur du soleil les tue lorsqu'ils restent trop longtemps échoués.