GROSSE CLOCHE DU KREMLIN
Dans le premier volume du Magasin Universel, nous avons donné une notice accompagnée d'une gravure qui donnait une juste idée de cette Lmasse énorme.
V Abeille du Nord publie une lettre de Moscou , du premier septembre, dans laquelle on lit d'intéressans détails sur l'opération du soulèvement de cette cloche qui était, comme on sait, enfouie dans la terre.
Cette cloche , l'une des merveilles de Moscou , avait été coulée en 1733 , sur l'ordre de l'impératrice Anne, par le fondeur russe Michel Montorine; elle a 21 pieds de haut, a3 pieds de diamètre, et pèse 12,000 pouds (492,000 livres). La beauté de ses formes et de ses bas-reliefs, la richesse du métal employé à sa fonte, et qui se compose d'or , d'argent et de cuivre , en font un monument remarquable, non seulement sous le rapport religieux, mais encore sous celui de la perfection à laquelle on était déjà parvenu en Russie , à cette époque, dans l'art du fondeur.
La cloche a été soulevée , le 5 août dernier, en présence des autorités et d'une foule considérable de spectateurs, par les soins de M. Montferrand, déjà si avantageusement connu par les nombreux travaux qu'il a exécutés à Saint-Pétersbourg. Pour la retirer du sol, où elle était enfouie aune profondeur de 3o pieds , M. de Montferrand avait fait creuser la terre tout autour, et construire des échafaudages de 48 pieds de haut. A cinq heures et demie du matin, après les prières pour l'heureuse issue de cette opération, Goo soldats, sur un signe de M. Montferrand, mirent les cabestans en mouvement, et bientôt après on vit s'élever la cloche qui se trouva entièrement
soulevée dans l'espace de l\i minutes , sans le moindre accident. Les ouvriers commencèrent aussitôt à élever une plate-forme qui se trouva prête dans l'espace de huit heures, et sur laquelle la cloche fut descendue. Le lendemain, elle fut placée sur des patins, et ensuite amenée, au moyen d'un plan incliné , jusqu'au piédestal destiné à la recevoir, et sur lequel elle a été placée le 8 août.
Au moment où l'ancien président des États-Unis, James Madison, vient de mourir , exerçant dans son pays natal les modestes fonctions de juge de paix , il ne sera peut-être pas hors de propos de rappeler l'anecdote suivante.
Napoléon , premier consul et empereur, consacrait presque tous les jours, quand il était à Paris, une heure ou deux de l' après-dîner à des causeries familières auxquelles peu de personnes étaient admises. C'étaient le second consul ou l'archichancelier , des généraux de premier rang , deux ou trois aides-decamp, et ceux des membres du conseil d'État qui jouissaient de la faveur du chef suprême.
Ces causeries se prolongeaient , suivant que le maître avait plus ou moins bien dormi la nuit précédente, suivant qu'il s'était plus ou moins fatigué dans la journée ; elles étaient tristes ou gaies, suivant que les nouvelles du jour étaient bonnes ou mauvaises. Quelquefois la causerie se trouvait tout naturellement terminée , parce que Napoléon, alongé sur un canapé , s'y était endormi.
Un soir le premier consul — il l'était encore à cette époque — se montrait plus expansif qu'à l'ordinaire ; il parlait seul, il parlait bien; on l'écoutait avec autant de plaisir que d'intérêt. Tous les sujets avaient été passés en revue ; enfin le mot ambition fut prononcé.
— On me croit ambitieux ! s'écria le premier consul ambitieux! et de quoi? Moi, de l'ambition!
Écoutez , Messieurs, ce que je vais vous dire, je vous autorise à le répéter. Dans trois ans, je me retire des affaires. J'aurai cinquante mille livres de rente; avec mes goûts , c'est plus qu'il ne faut. J'aurai une campagne, parce que madame Bonaparte aime la campagne. Alors je ne demanderai plus qu'une chose, je l'aurai bien méritée, et je la veux absolument : je veux être juge de paix de mon canton. Suis-je ambitieux?
Le premier consul parlait ainsi au commencement de 1802.