POUR CONJURER LA PETITE VEROLE
Les détails suivans sur cette singulière cérémonie sont fournis par un témoin oculaire.
Les fêtes de Mariannah , divinité invoquée par les Hindous contre la petite vérole, consistent en jeûnes, ablutions, sacrifices, danses et promenades à travers le feu; cette dernière et périlleuse épreuve se fait après le coucher du soleil. Près de Bangalore, ville importante de la province de Mysore, et qui compte une population de plus de 60 mille aines, le lieu de la fête est une petite pagode d'un aspect assez misérable, desservie par sept ou huit prêtres. Un fossé de 18 pieds de long sur 12 de large est creuse au milieu de la première enceinte. Ce fossé est rempli de charbons ar-
dens. Au moment donné, une longue file d'individus de tout âge, de tout sexe, sortant de la pagode, s'y rend processionnellcment, en chantant les louanges de la déesse Mariannah, avec accompagnement de cymbales et de l'inévitable tourte. Tous ceux qui composent le cortège arrivent au feu sans vètemens, mais le corps enduit d'une substance jaunâtre dont aucun des naturels du pays ne connaît la composition. Après que l'un des desservans du temple a immole un coq, les dévots se mettent à passer et repasser dans le foyer; ils s'avancent, puis reculent, tantôt avec lenteur, tantôt avec vivacité, sans que rien décèle en eux la moindre douleur, et chacun d'eux, marchant ou dansant , traverse ainsi le brasier, au centre duquel est pratiqué un sentier bien étroit. Cette promenade dans le feu est précédée d'ablutions et de trois conjurations adressées à Mariannah. Lorsque la cérémonie est achevée, le cortège rentre dans le temple, et les fidèles enduits sont lavés dans une grande piscine. C'est dans cette eau que sont ensuite plongés les jeunes enfans que l'on veut préserver de la petite vérole : immersion qui, hâtonsnous de le dire, est rarement efficace.
AZAY- LE -RIDEAU (france).
Le château d'Azay, par son agréable situation dans une île formée par la rivière d'Indre, est digne d'être cité comme l'un des plus pittoresques de France, et par la richesse des détails de son architecture, il doit être mis au nombre des plus beaux monumens de la renaissance.
Les archives de cette terre offrent une suite de seigneurs qui remonte jusqu'au commencement du xme siècle. Hugo-Ridelley ou Ridelli , seigneur d'Azay et de Relay, est le premier dont on ait connaissance, et c'est de son nom que ce lieu a pris celui d'Azay-le-Rideau. Ce seigneur est compté parmi les chevaliers bannerets de Touraine, qui combattaient auprès de Philippe-Auguste, à la bataille de Bovines.
Il ne reste, de l'ancien château, qu'une grosse tour qu'on a trouvé le moyen de lier aux nouvelles constructions, commencées, en i5o2 , par Gilles Berthelot, et continuées par Pothon de Xaintrailles et Samblançay. Ce château , élevé sur pilotis, est flanqué de tourelles, qui forment, avec les deux principaux corps de bâtiment, une masse aussi imposante que remarquable par l'élégance de son architecture. Il est entouré, au nord et au midi, par la rivière d'Indre qui , au couchant, se divise de manière à former plusieurs petites îles couvertes d'arbres. A l'extrémité, du côté de la route de Chinon à Tours, se trouve une belle chute d'eau, formée par le bras de la rivière qui sépare les jardins d'un ancien pont.
La terre d'Azay, l'une, des plus anciennes châtellenies de France, jouissait de privilèges très-étendus. Après Gilles Berthelot, trésorier ou surintendant de l'épargne sous François Ier, elle a été successivement possédée par les dauphins d'Auvergne, et plusieurs seigneurs des maisons de Montpensier, de Sancerre, de Cossé, de Saint-Gelais, de Lausac, de Lusignan et de Vassé. Le propriétaire actuel s'est attaché à réparer le château dans le style du xvie siècle, et particulièrement la chambre de François 1er. Ce prince avait fait d'Azay-le-Rideau un rendez-vous de chasse, à cav.se du voisinage de la forêt de Chinon.
Le portail d'Azay, exécuté avec légèreté et correction, est le premier objet qui se fait remarquer. Composé de trois ordres d'architecture, pris dans les modèles de la renaissance, ce portail, ornement de la façade principale du château, sert de cage à un escalier des plus curieux, où le précieux des détails le dispute à leur profusion. Les deux bas-reliefs de la première frise représentent, l'un une hermine, et l'autre une salamandre au milieu des flammes, avec cette devise: Nutrisco et extinguo. Cinq colonnes surmontées de niches, dans la frise desquelles est écrit : ung seul désir, servent à lier le rez-de-chaussée avec les étages supérieurs, dont les pilastres sont recouverts d'arabesques du meilleur goût. Ce portique se termine par un fronton, sur lequel on distingue quelques traces d'armoiries , et le chiffre de Diane de Poitiers , cette femme dont la beauté agit si puissamment sur l'esprit des rois François Ier et Henri II, son fils.
Quoi de plus gracieux que la cour de François Ier, et le gentil usage des filles de la reine, nobles demoiselles qui servaient les intimités du palais. Lorsque le roi allait courre le ^erf à Fontainebleau, à Azay, à Saint-Germain ou à Chambord, cette nombreuse suite de jeunes demoiselles l'accompagnaient, et là, sa majesté prenait ses ébattemens et plaisirs. La cour de François Ier était, comme dit Brantôme, assez gentiment corrompue : « Une cour sans femmes, disait ce roi galant, est une année sans printemps, un printemps sans roses. — C'est un jardin sans fleurs, ajoute un courtisan, et ressemble mieux une cour de satrape ou d'un Turc, que non pas d'un roi très-chrétien. » Quand le roi s'acheminait vers quelques uns de ses châteaux, sans y mener les femmes, chose, du reste, qui était assez rare :« Nous étions, dit encore Brantôme, si esbahis, si perdus et fâchés, que pour huit jours que nous faisions de séjour séparés d'elles et de leurs beaux yeux, ils nous apparaissaient un an, et toujours à souhaiter : quand serons-nous à la cour? n'appelant la cour bien souvent là où était le roi, mais où étaient la reine'et les dames. »
Le but de François Ier avait été de raviver l'esprit
chevaleresque des vieux temps, non point qu'il pût évoquer du tombeau une institution qui était morte avec les idées et les mœurs de la conquête féodale; mais le courage galant du preux monarque se complaisait avec les hères prouesses, les bons coups d'épées, les combats à fer émoulu qui s'unissaient si bien à l'amour des dames, à la douce licence des mœurs et des propos. Jamais les tournois , les chocs des longues piques n'avaient été plus fréquens et plus hardis ; on se mêlait aux joutes par amour de sa mie : rois , princes du sang et simples chevaliers. Quels beaux échafauds parés de mille couleurs ! quelle foule de nobles demoiselles donnant le prix de vaillance à travers les trophées d'armes et les blasons ! Aussi, tous les châteaux bâtis à cette époque sont-ils surchargés de devises galantes, de chiffres entrelacés que soutiennent de petits amours, et le château d'Azay, plus qu'aucun autre, donne une juste idée de ces gracieux passe-temps
Tout porte à croire qu'il a dû exister sur l'emplacement d'Azay-le-Rideau un établissement formé par les Romains ; plusieurs fouilles ont fait découvrir d'anciens monumens qui, par leur distribution encore apparente et par les matériaux dont ils étaient composés, annoncent des constructions romaines. On voit, dans la bibliothèque du château, un sigillum en cristal, d'une grande dimension, un petit gladiateur monté en bague, des urnes lacrymatoires et d'autres objets précieux qui se trouvaient, pour la plupart, renfermés dans le tombeau d'un jeune chevalier romain, trouvé dans le parc d'Azay, en un lieu nommé la Remonière, qu'on dit avoir tiré son nom d'un temple consacré à Remus.
La petite ville d'Azay-sur-Indre paraît avoir été autrefois d'une assez haute importance; occupée par les Bourguignons qui s'en étaient rendus maîtres, Charles VII, alors dauphin , en fit le siège et la prit en i/(i8. Ce prince, mécontent des habitans, en lit pendre, disent les chroniques, dix-sept, vingt et quatorze aux toits de leurs maisons , qu'il fit brider après. Delà la dénomination d'Azay-le-Brûlé, conservée depuis à cette ville.
Château d'Azay-le-Rideau.
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