LE BOA ATTAQUANT LE TIGRE
Le dessinateur de ce groupe a dû être inspiré par ces vers de Delille sur le Boa :
« Paresseux en hiver, plein d'ardeur an printemps; Favori d'Esculape , et l'emblème du Temps, Ancien dominateur des forêts d'Amérique , Détesté daus l'Europe , adoré dans l'Afrique, De l'Indien, pour lui toujours hospitalier, Convive caressant, et démon familier, Que de variétés dans sa race effrayante ! Il court, nage, bondit, gravit, vole ou serpente;
Tantôt, au bruit lointain des agrestes pipeaux,
Caché dans la moisson, il attend les troupeaux ,
Et , des plis écaillés qu'avec force il déploie ,
Saisit, étreint, étouffe et dévore sa proie;
Le chevreau , la brebis , souvent un bœuf entier,
Tout à coup engloutis par son large gosier,
Se débattent en vain daus sa gueule béante ;
Formidable aux oiseaux , à l'hôte des forêts ,
Aux reptiles criards qui peu pleut les marais ,
Du tigre affreux lui-même affrontant la colère
Les boas sont en effet les plus grands animaux de leur ordre (Ophidiens). C'est parmi eux que se rencontrent ces serpens monstrueux qui atteignent trente et quarante pieds de long , et qu'on dit capables
de dévorer des hommes, des gazelles et des buffles. Ces grands reptiles, quoique dépourvus de venin, n'en sont pas moins redoutables par leur force et par leur agilité. Pour eux, la ruse supplée à la force différente des moyens de défense et d'attaque. Suspendu sur les arbres, enfoncé dans les eaux, tapis sous l'herbe, le boa attend sa victime à l'affût, s'élance sur elle l'entoure, la presse, l'écrase dans ses replis tortueux, et, comme le Laocoon puni dans Virgile, la victime bientôt étouffée est rompue et broyée en morceaux qui pourront être facilement engloutis. Quand l'animal est ainsi pétri, le boa l'étend sur la terre, le couvre de sa bave et d'une salive très-muqueuse et commence à l'avaler, la tète la première. Dans cette sorte de déglutition, les deux mâchoires du serpent se dilatent considérablement, il semble avaler un aliment plus gros que lui. Quelquefois on a surpris ce monstre au milieu de cette pénible opération, et alors il est facile de lui donner lamcrt, parce qu'il ne peut ni fuir, ni se débarrasser de la masse qui déforme sa tête. Quand il est parvenu à avaler l'animal tout entier ou une portion considérable de son corps, le boa s'engourdit, et sa digestion devient un pénible travail; le poids de son repas le fatigue. Il se tapit alors dans des lieux écartés, et y demeure immobile, jusqu'à ce que son œsophage d'abord, et son estomac ensuite aient achevé la diges-