‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 51 sur 242 · PALAIS-GAL1EN A BORDEAUX · texte numérisé non relu

PALAIS-GAL1EN A BORDEAUX

On ne peut déterminer d'une manière précise l'époque de la fondation de Bordeaux. Cette ville fut bâtie, dit-on, par des habitants de l'ancien Berry, lesquels, chassés de leur province par César, s'établirent au bord de la Garonne, dans un lieu entouré et défendu par de vastes marécages. Vers le milieu du me siècle, les Romains s'emparèrent de la ville, la détruisirent; puis ils la réédifièrent sur un plan régulier. De tous les édifices somptueux dont ils ornèrent la ville nouvelle, il ne reste que quelques ruines d'un amphithéâtre appelé vulgairement le Palais-Galien, du nom de l'empereur à qui on en attribue la construction. L'opinion qui désigne Galien comme fondateur de cet édifice a été ébranlée depuis 1831 par la découverte faite à Nérac d'une mosaïque romaine représentant le gouverneur des Gaules, Tétricus, qui se révolta contre Galien, et devint empereur de l'Espagne et des Gaules. Sur cette mosaïque, l'effigie de Tétricus est entourée de tous les monuments qu'il a fait élever; et parmi ces monuments, on reconnaît sans peine l'amphithéâtre de Bordeaux.

Cet amphithéâtre renfermait cinq enceintes. La plus grande avait 21 pieds et demi de largeur, et le mur qui la formait au dehors était d'une épaisseur de plus de 5 pieds ; les autres enceintes avaient environ 11 pieds, et leurs murs diminuaient d'épaisseur à mesure qu'ils approchaient de l'arène, laquelle avait 238 pieds dans son grand diamètre, et 168 dans son petit. Dans l'intérieur, on voyait des galeries, des escaliers et des chambres destinées au logement des animaux et aux usages de ceux qui dirigeaient les spectacles. Les galeries étaient au nombre de quatre, dont deux au rez-de-chaussée et deux au-dessus; elles s'étendaient le long de l'amphithéâtre, et avaient environ 20 pieds de hauteur. On avait formé deux grandes divisions; l'une, où s'entassait le peuple, était dans la partie supérieure de l'édifice, et descendait jusqu'aux galeries; l'autre, réservée aux giandes familles patriciennes, était un peu plus bas que les galeries, et se terminait à quelques pieds audessus de l'arène. On arrivait à cette arène, non-seulement par deux grandes portes qui étaient aux extrémités du grand diamètre, mais encore par quinze portiques pratiqués dans le mur extérieur, lesquels perçaient également les autres Outre les portiques, on avait élevé en dehors d'autres arcades pour prendre les escaliers qui conduisaient aux galeries et à l'amphithéâtre le plus élevé. Des deux côtés de cha-

que escalier étaient des chambres d'environ 1 1 pieds carrés, qui communiquaient aux galeries. Il existe encore quelques parties des quatre premières enceintes; quant à la cinquième, on ne voit plus que ses fondements.

L'amphithéâtre avait aux deux extrémités du grand diamètre deux portes, qui subsistent presque entières; elles ont 27 pieds de hauteur et 18 de largeur. Les deux côtés de ces portes sont accompagnés de pilastres, dont les chapiteaux soutiennent une espèce d'architrave au-dessus de la porte; cette architrave était surmontée d'une plate-bande plus élevée que la galerie de l'étage supérieur. Au second étage, il y avait au-dessus de chaque porte une arcade avec deux niches, chacune de 18 pieds de haut sur 4 de I large; il régnait au-dessus une corniche avec des consoles, que le temps a tout à fait défigurées; cela devait être suivi de l'attique, qui terminait tout l'édifice.

Autant que les ruines de cet immense monument permettent de le conjecturer, le rez-de-chaussée était d'ordre toscan. Au surplus, il est certain que l'amphithéâtre de Bordeaux n'a pas été achevé, et que le sixième mur qui devait entourer l'arène n'a jamais été élevé sur ses fondements, dont on voit encore les traces. On doit sans doute attribuer la cause de son interruption aux barbares qui inondèrent l'empire romain, et auxquels on fut obligé de céder l'Aquitaine, dont Bordeaux était la capitale. Ce qui reste du Palais-Galien, ainsi que des anciens murs de Bordeaux, prouve que leur construction date du Bas- Empire, et, par conséquent, se ressentait déjà de la décadence de cette époque. Bien que ces restes ne soient pas très-considérables, ils sont empreints d'un

caractère si attrayant, leur couleur est si belle, qu'ils appellent l'attention de tout homme qui sent les arts. Ces portiques, autrefois retentissants du bruit des fanfares, sont aujourd'hui silencieux; et ces murailles si fortes ont dû céder aux siècles, à ces patients conquérants.

Les débris du Palais-Galien ont été à diverses époques un objet de recherches pour les savants, et d'études pour les artistes; mais depuis quelques années on s'est occupé davantage de peindre et de dessiner ces ruines intéressantes. On ne saurait en effet trop se hâter, si l'on veut conserver au moins leur image. Bientôt elles auront disparu pour céder a place à de misérables échoppes ; déjà ces ignobles constructions les entourent, les couvrent, et semblent les presser de toutes parts. Depuis 1792, où, pour la première fois, l'édifice fut attaqué par des démolitions dévastatrices, des mains profanes n'ont pas cessé d'en arracher ces pierres dont l'ensemble majestueux proclamait l'un des derniers chefs-d'œuvre du peuple -roi. En est-ce donc de Bordeaux comme de tant d'autres villes? la destruction flagrante et non interrompue du Palais-Galien accuset-elle bien haut l'administration municipale, et donne-t-elle une fois de plus la triste preuve qu'au sein d'une grande cité, en présence des magistrals, et malgré la clameur publique, on peut impunément effacer, annihiler les plus belles ruines? — Nous craignons qu'il en soit ainsi. — Quelques arcades et des fragments de portiques luttent encore contre de déplorables envahissements; ces imposants débris vont être vaincus, non par le temps, qui semble impuissant contre ces masses séculaires, mais par la main de l'homme, auxiliaire souvent plus barbare !

(Palais-Galien.)

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