‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 52 sur 242 · L'OBÉLISQUE DE LOUQSOR · texte numérisé non relu

L'OBÉLISQUE DE LOUQSOR

Un monument de l'antique civilisation égyptienne se trouve maintenant face à face avec les monuments de la civilisation française ; les vieux siècles des bords du Nil lèvent la tète au milieu de nos âges nouveaux. Bizarre destinée des monuments ! Les œuvres de l'homme, comme l'homme lui-même, ont leurs révolutions et leurs aventures Lorsque dans le pavs de Thèbes, il y a près de trente-quatre siècles, on éleva l'obélisque actuellement appelé Obélisque de Louqsor, qui eût dit qu'un jour le géant de granit, resté solitaire au milieu des ruines de la Thébaïde, serait arraché à son sol, pour être porté au delà des mers, chez des peuples qui l'admireraient sans le comprendre ? Qui eût dit qu'à trois mille ans de là, des nations nouvelles battraient des mains devant le monument tiré des carrières de Syène, comme aux jours où l'ancien peuple de Thèbes le salua pour la première fois sur Tome iv — décembre (836.

sa base ? L'idée d'orner une place de Paris d'un monument de l'antique ville aux cent portes appartient au gouvernement tombé en 1830. L'expédition de Louqsor fut conçue en même temps que l'expédition d'Alger : les mêmes hommes qui veillaient à l'honneur du pavillon de Fiance, veillaient aussi à i'intérèl des arts. La Restauration eut le temps de conquérir Alger, mais elle n'a pu voir arriver, des rives orientales du Nil, le colosse voyageur sur la place Louis XV.

Résumons dans quelques lignes l'historique des travaux qu'a occasionnés ce précieux monument. Parmi les obélisques que l'Egypte possédait naguère, trois ou quatre avaient fixé l'attention des voyageurs: ceux d'Alexandrie, connus sous le nom à' Aiguilles de Cléopâtre, et surtout les deux monolithes qui se voyaient encore debout, de chaque côté de la porte d'un temple de l'ancienne Thèbes, dans l'enceinte duquel on a bâti le village de Louqsor.

Les relations amicales de la France avec le pocha d'Egypte, les sollicitations des antiquaires et des amis

des arts, déterminèrent le gouvernement de la Restauration à demander au pacha la permission d'enlever les obélisques de Thèbes, ce qui fut accordé. Les Chambres votèrent les fonds. On construisit, à Toulon, un vaisseau long et étroit, qui, muni de toutes les choses nécessaires et remorqué par un bateau à vapeur, fut conduit, en traversant la Méditerranée et en remontant le Nil, jusqu'auprès du village de Louqsor. L'ingénieur, M. Lebas, se mit tout de suite en mesure d'abattre, sinon le plus haut, du moins le mieux conservé des deux monolithes. L'opération présentait de grandes difficultés ; l'obélisque était enfoui en partie; pour le conduire jusqu'au Nil, il fallut creuser une tranchée qui exigea trois mois de temps et les bras de huit cents hommes ; ajoutez les incommodités d'une chaleur excessive et les horreurs du choléra, qui alors moissonnait la population indigène.

Quand le monument fut tout à fait à découvert, on le revêtit entièrement d'une enveloppe formée de planches épaisses, retenues par des traverses et des boulons serrés avec des écrous. Cette enveloppe avait pour objet de préserver l'obélisque des chocs qui auraient pu l'endommager, et de prévenir les ruptures. Enfin, le monument fut embarqué, et conduit, après avoir fait le tour de l'Espagne, jusqu'au pont Louis XV. Après quoi on le tira sur le quai, et le bateau alla en Bretagne prendre les blocs de granit destinés à former, sur le milieu de la place Louis XV, le piédestal sur lequel devait reposer le monolithe. Ce piédestal, haut de 25 à 30 pieds, étant terminé, on a formé, en maçonnerie et en madriers, Un plan in^cliné, qui prenait naissance auprès de l'obélisque, et s'élevait progressivement jusqu'à la hauteur du pié^ destal. Cela fait, le monument étant couché sur une espèce de traîneau en charpente, on a conduit le tout, à l'aide de cabestans, de cordages, de poulies motifflées, le long du plan incliné, de sorte que la base de l'obélisque est arrivée contre le dé du piédestal. Alors il ne s'agissait plus que de lui faire décrire un quart de cercle pour qu'il se trouvât en place.

Voici une idée de l'appareil dont on a fait usage pour atteindre ce but. D'abord on a enfoncé en terre, à l'aide du mouton, de gros pieux de chêne destinés à retenir les cabestans ; ensuite on a consolidé le piédestal par de fortes pièces de charpente, dont deux faisaient arc-boutaut du côté opposé au plan incliné, de crainte que l'obélisque, dont l'arête inférieure de sa base appuyait contre le piédestal, ne dérangeât celui-ci. Dix mâts de 65 pieds de long furent assemblés par leurs pieds, cinq à la droite, cinq à la gauche de l'obélisque, sur un gros cylindre de bois, qui luimême tournait dans un demi-cylindre creux; les dix mâts étaient retenus vers le haut entre deux traverses, et le tout lié fortement avec des cordes.

Tel était le jeu de cette machine ; des câbles attachés aux traverses supérieures allaient saisir l'obélisque et son enveloppe un peu au-dessous de sa tête, et comme il pouvait tourner sur un cylindre de bois fixé vers l'angle inférieur de sa base, on conçoit qu'en renversant les mâts en arrière, l'obélisque devait se dresser peu à peu pour suivie leur mouvement. Dix cabestans, virés (tournés) par trois cents artilleurs, ont été employés pour exécuter ce mouvement; il est inutile de faire observer que, pour augmenter la force

motrice et régler la marche de l'appareil, on a employé un grand nombre de poulies moufllées.

Si on s'était contenté de ce système, on aurait pu, à la vérité, faire décrire un quart de cercle au monolithe; mais il est évident que vers la fin de sa course il serait tombé avec violence sur le piédestal ; il aurait même pu se renverser ensuite du côté opposé. Afin d" obvier à ce fâcheux accident, l'obélisque était retenu du côté opposé aux mâts, par quatre chaînes de fer qu'on lâcha lentement quand il commença à se mouvoir de lui-même pour tomber, s'il est permis de parler ainsi, sur le dé qui devait le porter.

Tous les appareils ont fonctionné avec un succès parfait; l'obélisque s'est mu à la manière des astres, sans bruit et sans secousses ; enfin, l'opération, que des accidents insignifiants ont retardéequelque temps, et qui avait commencé vers les onze heures, s'est terminée à trois heures douze minutes, aux applaudissements d'une foule immense qui assistait à ce spectacle. Ce fut une admirable chose, un effet vraiment magique, un coup de théâtre merveilleux, que le passage des derniers degrés de l'obliquité à la position verticale : deux cent mille mains ont battu alors; de bruyants vient, des cris répétés : Bravo, monsieur Lebas ! se sont élevés de toutes parts. Quel triomphe ! quelle fête ! que de joies pour cet artiste qui a passé par toutes les alternatives de la crainte et de l'espérance! Chacun se mettait à la place de cet homme qui devait être si heureux, sur qui avait pesé d'un poids si lourd la responsabilité, qui devait acquérir tant de gloire, ou se faire si cruellement honnir du monde savant. La foule a été ce qu'est presque toujours la foule laissée à elle-même, juste, bonne, enthousiaste; elle a entouré M. Lebas, l'a félicité, l'a presque porté, quand il est allé recevoir au ministère de la marine les félicitations du roi Louis-Philippe. Lorsqu'il est rétourné à l'obélisque, où il avait à remercier des auxiliaires fidèles, les charpentiers qui avaient pris à cœur cette affaire, les matelots que le public a pu bien juger, les artilleurs qui ont prêté leur force intelligente à une manœuvre de précision dont tous les hommes ne sont pas capables, si simple et si machinale qu'elle paraisse ; quand, disons-nous, il est retourné àl'obélisque, l'ovation a recommencé bruyante, amicale, passionnée. On a beaucoup parlé deFontana dans ces derniers temps. Nous ne nierons pas- la gloire que ce savant s'est acquise en érigeant l'obélisque de Sixte-Quint ; mais le travail de M. Lebas était bien autrement compliqué, puisque l'érection n'est, à son dire, qu'un jeu d'enfant à côté des difficultés qu'il lui a fallu surmonter durant une marche de trois années. Certainement, on eût mieux fait de parler beaucoup plus de M. Lebas, et un peu moins de Fontana.

L'obélisque de la place Louis XV a 68 pieds de haut; son pyramidion est un peu mutilé, mais ce défaut est facile à réparer. Le monument est en outre fendu vers sa base jusqu'au tiers de sa hauteur. Les Egyptiens avaient prévenu les effets que pouvait occasionner cette gerçure en la consolidant par des clefs de bois de sycomore, taillées en queue d'hirondelle ; des clefs semblables, mais en bronze, remplacent maintenant les anciennes. La carrière publique de l'obélisque commença le 23 décembre 1834, quand

il arriva à Paris, car tout de suite on lui fit de l'opposition. Faire de l'opposition à une pierre ! Pourquoi pas ? Nous sommes une nation essentiellement critique , notre génie est l'opposition ; une pierre, comme un homme, sera le but de nos plaisanteries, de nos sarcasmes, de nos colères.

Reproduirons-nous tout ce qui a été dit contre l'obélisque? «Pourquoi un obélisque ici, se sont écriés les uns, quand il y en a tant sur toutes les places de Rome ; n'est-ce pas une belle rareté ! — Dépenser des millions pour avoir un monument qui sera si laid ! ont ajouté les autres ; et puis, pourquoi le mettre sur la place Louis XV ? Il empêchera de voir l'Arc de triomphe, les Tuileries, la Madeleine, la Chambre des Députés ; au moins si on le mettait dans le Louvre, il ne nuirait à rien ni à personne ; il serait là à merveille. » On en a bien dit d'autres! Combien avons-nous entendu de gens très- graves répéter : « A quoi sert l'obélisque ! » Demander à quoi sert un obélisque ! Et à quoi servent, s'il vous plaît, la colonne Vendôme, l'arc de triomphe de l'Etoile, celui du Carrousel ?Quand on en est là, que l'on demande à quoi servent un monument, un objet d'art, on est bien près de la barbarie. Heureusement que le pays est plus artiste que ces hommes qui ne peuvent souffrir l'obélisque. L'esprit positif tue toute poésie, et un grand peuple qui n'aurait plus de poésie ne serait pas éloigné de sa mort. Grâce au ciel, la France n'en est pas là; elle a de l'enthousiasme pour les belles choses, pour les nobles entreprises ; elle ne demande pas à quoi cela sert : elle le comprend ; tout en encourageant l'industrie, elle aime l'art et ne lui fait pas une étroite et mesquine opposition.

VOYAGE PAR EAU DE PARIS A LA MER

Deuxième article. (Voy. p. 70.)

C'est Cave qui a fait le Théodore, et il l'a baptisé du nom de son bienfaiteur. Ce bateau tout en fer, et ainsi construit afin d'éviter les cas de bris en touchant les bas-fonds de la Seine, est mu par une double machine oscillante, c'est à-dire qu'il présente deux cylindres basculant alternativement comme deux canons sur leurs affûts. Elle est à haute pression et de la force de vingt chevaux. On avait mal à propos attribué à l'Anglais Stewenson l'idée première de la machine oscillante qui, à beaucoup d'autres avantages, joint celui de tenir moins de place qu'aucune autre, condition précieuse dans un bateau. La meilleure réponse à cette charitable insinuation, c'est que les Anglais achèvent en France la machine oscillante de Cave pour la copier chez eux à leur usage. Nous avons dit que la machine du Théodore est à haute pression ; que cela n'effraie personne ! notre habile mécanicien a résolu à cet égard tous les problèmes de solidité et de sécurité. L'explosion des bateaux à vapeur n'arrive jamais que par la rupture de la chaudière ; et les chaudières de M. Cave, faites pour être chargées à cinq ou six atmosphères, résistent à l'épreuve de soixante atmosphères, quand la presse hydraulique veut la leur faire subir. Voilà une première garantie. Mais ce n'est pas tout. Le passager sait très-bien aujourd'hui que la chaudière d'un ba- [

teau est toujours éprouvée convenablement ; niais il a lu partout que le niveau de l'eau qui doit être incessamment contenu dans la chaudière venant à baisser par une cause quelconque, la paroi qui est au-dessous des fourneaux peut être mise à sec et rougir ; si alors le roulis du bateau fait monter l'eau des pai ois latérales sur la partie rougie, le métal incandescent se déchire à l'instant même, et la chaudière fait explosion. Or, les machinesde M. Cave ont prévu tout cela D'abord un procédé très-simple et très-ingénieux assure continuellement la chaudière contre le défaut d'eau; et si, par impossible, le niveau liquide venait à se déranger, si même la chaudière se vidait entièrement, le danger serait nul encore ; les parois rougies se détacheraient d'elles-mêmes, la vapeur restée dans la chaudière s'échapperait par mille fuites, et le bateau s'arrêterait. C'est le pis qui puisse arriver maintenant. Aussi, voyez ! on ne parle plus d'explosion sur nos rivières; l'Angleterre n'en signale que bien rarement. Il n'y a plus guère que l'Amérique qui, moins avancée que notre vieux monde, en fait de perfectionnements, fournisse de temps en temps quelque sinistre de ce genre. Mais voici que les machines de Cave ont déjà pénétré dans l'autre hémisphère : encore un an d'expérience peut-être, et la navigation du Mississipi sera douce et sûre comme celle de la Seine.

Il a fallu une grande hardiesse pour entreprendre franchement, comme on l'a fait, la navigation régulière entre Paris et Rouen. C'est un commencement de l'admirable problème de Paris port de mer. Cette idée gigantesque pour laquelle il n'y avait point assez de rires, devient presque sérieuse aujourd'hui. Tout est utopie avant la pratique, c'est évident. Mais que dire des expériences, quand elles ont réussi ? Voici un bateau aussi long qu'un trois mâts du commerce, qui mène le passager en douze heures de Maisons à Rouen, et qui se fait fort d'aller en deux ou trois heures de moins l'an prochain. Il tire peu d'eau, c'est vrai ; dixhuit pouces, qu'est-ce que cela ! Un brick du commerce tireau moins huit pieds ; la distance est énorme. Mais ce minime tirage de dix-huit pouces n'est absolument nécessaire que dans les basses eaux et à fort peu d'endroits de la rivière. On peut donner du fond à un lit ; les moyens de creuser sous l'eau sont connus. Qui empêcherait de couper par des canaux les coudes les plus difficiles et de faire une grande route d'eau de Paris à Maisons? Je l'ignore. Après tout, les obstacles sont peut-être infranchissables. Pourtant on a fait des choses si grandes et si incroyables! Le génie devine, comme je le disais tout à l'heure; et le premier consul Ronaparte, en visitant les quais de Rouen, laissa tomber un jour ces paroles mémorables : « Paris, Rouen et le Havre sont une seule ville ; la Seine en est la grande rue ! »

En attendant, gare au service de terre, alerte aux messageries, à ces insolentes entreprises qui mettent le voyageur sous le paquet, comme l'a si bien dit Janin dans son Chemin de Traverse, le plus spirituellement mauvais livre qui existe. C'est si commode, si joli, ce voyage sur l'eau! On lit, on se promène, on dort, on cause, on chante, on joue aux cartes, on peint, on pince delà guitare, on mange, on fume, on boit, tout en faisant cinq lieues à l'heure. Point de fatigue, point de cahots, point de poussière, point de genoux qui broient vos genoux, point d'enfants en bas

âge qui tettent et qui pleurent, et qui font pis ; point de tètes endormies qui vous surplombent l'épaule ; point de voisinage forcé dont il vous faut subir l'ennuyeuse conversation. Un double panorama de cinquante lieues bordé de forêts, de prairies, de forteresses, de cathédrales et de châteaux, peuplé de villages qui vous regardent passer tout ébahis, fourmillant d'îles qui vous croisent et vous heurtent comme de verdoyants navires; qu'est-ce que l'insipide diligence comparée à tout cela ? Une torture de douze heures, pas autre chose. Aussi la diligence à-t-elle pris l'alarme. Elle est devenue presque complaisante, presque aimable; elle a presque élevé le voyageur à la considération du ballot. Et puis, elle attaque la dangereuse concurrence par tous les moyens imaginables ; elle en médit, elle la calomnie, elle la nie même quand elle peut Elle paie, ceci est historique ; elle paie des cochers de cabriolets, surtout ceux du petit numéro, qui ont le privilège dé causer plus volontiers avec la pratique, pour répandre partout que le bateau ne marche plus, qu'il est brisé, que c'est fini. On m'a dit cela, à moi, qui ne savais point où m'adresser pour le départ à la vapeur, et qui demandais fort tranquillement des renseignements ad hoc au cocher dit de la régie qui me conduisait. Tristes et mauvais moyens que ceux-là ! Que seraitce donc, bon Dieu ! si le propriétaire du Théodore pouvait réaliser le magnifique projet que voici ? Après avoir fait soigneusement étudier la rivière, il a proposé au gouvernement de la rendre navigable à quatre pieds de profondeur partout et en tout temps, si, en échange des frais considérables que causerait une telle main-d'œuvre, on voulait lui accorder pendant six ans le privilège du transport des voyageurs entre Paris et Rouen, à la charge ensuite de rendre ladite rivière exploitable pour tout le monde, et de porter lesvoyageurs à 6 francs par tête, au lieu de 12 qu'il prend aujourd'hui. Bien qu'aujourd'hui, comme toujours, nous soyons les antagonistes de toute espèce de privilège, nous voilà néanmoins obligés de reconnaître qu'il y aurait avantage pour tout le monde dans l'acceptation d'un semblable arrangement. Mieux vaut, en tout cas possible, que le gouvernement ne soit jamais entrepreneur de quoi que ce soit.

Un mot maintenant pour expliquer ce prix de 12 francs la place, qui paraît élevé à beaucoup de personnes, quoique en définitive il soit inférieur à la moyenne du tarif des. transports par terre. Les charges du voyage pour la vapeur sont en général mal appréciées, parce que les moyens de locomotion sont pour ainsi dire invisibles. Un mot là-dessus, disonsnous, et puis nous abandonnerons cette matière un peu aride. La machine d'un bateau à vapeur comme la Normandie, par exemple, qui est forte de 120 chevaux, coûte de 150 à 200,000 fr. Elle brûle 600 à 800 kilogrammes de charbon par heure en vaporisant 3, 500 kilogrammes d'eau, Ajoutez au capital de la machine celui du bateau ordinairement fort considérable; calculez l'intérêt de ces deux capitaux réunis, l'énorme dépense du combustible, l'entretien journalier de la machine, les droits de navigation, la paie, toujours trop médiocre cependant, des malheureux chauffeurs, vrais cyclopes, obligés de subir toute une journée l'horrible feu des fourneaux sans un peu d'air qui les rafraîchisse; mettez ?vçc les gages du capitaine et des

matelots, et vous serez étonné que l'on vous demande si peu d'argent pour votre part de contribution à tant de frais et de peines. Auguste Ldchet.

3e TYPE. — ARTICULÉS.

Troisième article.

Cette grande division du règne animal se compose d'êtres qui n'ont ni vertèbres ni squelette intérieur, mais dont le corps est renfermé en entier dans un système d'anneaux plus ou moins durs et articulés entre eux. Ces anneaux ne sont autre chose que des portions de la peau, encroûtées de matière cornée ou calcaire, ou simplement épaissie, et qui remplissent les mêmes fonctions que les os des animaux vertébrés; car l'on peut dire que les animaux articulés ont un squelette extérieur.

Dans tous ces animaux, le système nerveux central se compose d'une double chaîne de noyaux médullaires, disposés par paires de chaque côté de la ligne médiane, et placés à la face ventrale du corps ; tantôt les noyaux des deux côtés restent toujours distincts, d'autres fois ils se réunissent de façon à constituer une seule série de ganglions impairs. Dans tous les cas, ceux des différentes paires sont réunis entre eux par des cordons de communication, et un certain nombre de ganglions sont situés dans la tête, au-devant et au-dessus de l'œsophage, tandis que les autres sont placés au-dessus du tube intestinal. Il résulte de cette disposition que les cordons qui réunissent la masse nerveuse céphalique (ou cerveau de la plupart des auteurs) au reste du système ganglionnaire forment autour de l'œsophage une espèce de collier.

Le canal intestinal s'étend d'une extrémité du corps à l'autre, et la bouche est, en général, armée de mâchoires, qui sont toujours disposées par paires de chaque côté de la ligne médiane, et se meuvent de dehors en dedans. Le foie se compose tantôt d'un grand nombre de petits cœcums, d'autres fois de plusieurs petites masses glandulaires isolées, mais en général il est remplacé par des vaisseaux biliaires. Les membres manquent quelquefois, mais dans la plupart des cas ils sont très -nombreux; on n'en compte presque jamais moins de trois paires, et quelquefois il en existe plusieurs centaines. Ces animaux sont presque tous pourvus d'yeux d'une structure très- compliquée ; mais il n'en est qu'un très-petit nombre qui présentent des vestiges d'un appareil auditif. Enfin, tous se produisent au moyen d'œufs.

Les animaux du type des articulés ont le sang blanc ; les annélides font seuls une exception à cette règle générale.

Nous avons dit que les anneaux articulés qui entourent le corps et souvent les membres des animaux de ce type leur tenaient lieu de squelette. En effet, ces anneaux sont presque toujours assez durs pour pouvoir prêter aux mouvements tous les points d'appui nécessaires; en sorte qu'il y a dans ce type, comme dans celui des vertébrés, des animaux marcheurs, coureurs, sauteurs, nageurs, volants. Il n'y a que les articules dépourvus de pieds, ou qui n'ont pour pieds que des fragments membraneux et mous, qui soient bornés à la reptation. En général, les an-

neaux encroûtés, qui sont la partie solide du corps des articulés, sont mobiles les uns sur les autres, soit par les charnières qui terminent chaque bord d'un anneau, soit par les membranes flexibles qui vont de l'un à l'autre, soit par l'emboîtement réciproque de ces parties; mais, dans certaines parties du corps, on les trouve soudées ensemble.

Le type des articulés occupe la troisième place dans la distribution du règne animal en quatre embranchements. Ce n'est pas ici le lieu de discuter la prééminence qu'on a dû donner, et qu'on a donnée au Type des mollusques sur celui des articulés. Les considérations d'anatoinie comparée qu'il faudrait mettre en avant pour soutenir ce qui a été fait par Cuvier, et repousser ce que veulent faire d'autres naturalistes, ne peuvent pas être déduites d'une manière assez élémentaire, et s'écarteraient du plan général de nos articles d'histoire naturelle. Il suffira de dire

que si quelques animaux articulés semblent être voisins des vertébrés par l'activité de leur vie, la vivacité de leurs mouvements, la perfection de leur instinct, leurs aptitudes industrielles, etc., les mollusques ont des droits plus incontestables au second rang par leur organisation complexe, sous le rapport de la circulation, de la respiration, de la digestion, de la reproduction et des appareils sensitifs.

Le type des articulés comprend une quantité prodigieuse d'animaux dont l'organisation et les habitudes sont très-variées. La distribution de ces animaux en annélides, crustacés, arachnides et insectes, repose sur des différences profondes. Pendant longtemps les annélides ont été dispersés dans d'autres divisions, et les trois dernières classes étaient réunies en une seule sous le nom d'insectes. C'est Cuvier qui a rallié ce groupe, en établissant dans la classe des insectes les coupes actuelles.

3e TYPE. — ARTICULÉS.

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