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DESCRIPTION DE LA TETE DU DINOTHERIUM GIGANTEIJM

L'un des plus beaux titres de M. Je Humboldt, est d'avoir fait mieux connaître les variations infinies que présentent, selon les différents lieux et les différents climats, les causes extérieures de l'existence des êtres organisés sous toutes les zones, et d'avoir fixé d'une manière précise le degré d'influence que ces variations exercent sur la vie des êtres qui y sont soumis. La surface de la terre et les conditions d'existence qu'elle offre sous les différents climats aux êtres organisés, n'ont pas toujours été telles qu'elles sont actuellement, et son enveloppe végétale et les animaux qu'elle nourrit ont également changé. Tout un monde d'êtres, des générations entières d'animaux ont à jamais disparu. Si les grands phénomènes qui ont tour-à-tour présidé à la création du monde, à toutes les époques de sa formation ( et dont plusieurs se passent encore sous nos yeux), ne nous conduisaient pas nécessairement à admettre que les êtres organisés nés à ces différentes époques sur la surface de la terre, ou dans les eaux, ont dû modifier leur nature, à mesure que la terre modifiait la sienne, ou bien ont été forcés de périr, nous en trouverions la preuve dans les nombreux débris d'animaux que renferme l'écorce de la terre ; ces débris nous apprennent en même temps la marche suivie par la nature dans la création du règne organique, depuis son apparition dans les couches les plus anciennes de l'écorce jusqu'à nos jours. On sait combien Cuvier s'est illustré par ses recherches sur les ossements fossiles. L'étude de ces débris plus ou moins fracturés n'est pas seulement, comme on pourrait le penser, une extension donnée à nos études d'anatomie comparée, pour voir si par leur forme et leur texture les ossements du monde anté-diluvien peuvent être rapportés à ceux des animaux actuellement existants, ou bien pour connaître en quoi ils diffèrent de ces derniers. Cette étude a un autre résultat, bien plus important. L'examen des fossiles, la connaissance des lois qui président à leur distribution dans les couches terrestres, nous fournissent les faits les plus propres à éclairer les révolutions qui ont agité notre globe depuis son origine jusqu'à sa constitution actuelle. Aussi ces recherches sont-elles devenues la base d'une science aussi intéressante qu'utile, la géologie.

On me pardonnera sans doute cette digression; il est si naturel de se laisser aller à des considérations générales chaque fois que la science s'enrichit d'une nouvelle acquisition. La découverte de la tête du D inolherium giganteum, un des animaux les plus intéressants du règne anté-diluvien, est un fait important dans l'histoire de la géologie.

Cette découverte, due à M. K/ipstein, nous a été annoncée par M. le docteur Kaup, inspecteur du Musée grand-ducal de Darmstadt, où se trouve une des plus riches collections de fossiles qu'il y ait en Europe. M. Kaup ne cesse de profiter de sa position pour servir les intérêts de la science. Dans sa description des ossements fossiles, rédigée en français, il donne les détails les plus précieux sur les principaux mammifères anté-dduviens, qui, sans lui, seraient très-probablement enc»re i»c»n»us.

Animé par les conseils de M. Kaup, qui lui avait communiqué son infatigable ardeur pour la science, M. Klipstein fit faire des fouilles dans sa propriété près d'Eppelsheim, petite ville située sur la rive gauche du Rhin, dans le grand-duché de Hesse : c'est là qu'il eut le bonheur de découvrir une tête entière et bien conservée du D inollierium giganlcum. Jusqu'alors le cabinet de Darmstadt n'en avait possédé que de petits fragments, et parmi les nombreux ossements que les environs d'Eppelsheim fournissent à ce cabinet, il ne s'était encore trouvé que six tètes, appartenant à des animaux plus petits que le Dino-

tkerium, c'est-à-dire au Rhinocéros Schleiermachcri, à l'Acerotherium incisivum, à V Arclomys primigenia, et au Spermophi/us superciliosus.

Nous croyons être agréables aux géologues expérimentateurs, en disant d'abord quelques mots sur la manière dont cette tête, aussi fragile qu'énorme, fut retirée du fond d'un fossé de 18 pieds de profondeur, où elle était engagée par une partie de son crâne dans une couche d'argile marneuse.

On commença par creuser tout autour de la tête et en dessous, en ménageant dix colonnes de terre sur lesquelles elle restait reposée. 11 s'agissait de

(Dinothcrium giganlcum.)

passer des cordes dans les intervalles de ces colonnes, a(in de soulever la tête et de l'amener à la surface ; niais, comme la pression des cordes aurait pu l'endommager, M. Kaup fit remplacer les dix colonnes naturelles par autant de colonnes artificielles en gypse, puis construire une couche épaisse de gypse au-dessous de la tête, dont on frotta les parties qui se présentaient nues avec de l'huile et du gras de lard, pour qu'il n'y eût pas d'adhérence entre elle et le gypse. La tète reposait donc par tous ses points sur une couche artificielle. A travers cette couche on fit passer des barres de fer terminées par des anneaux auxquels on attacha les cordes; douze hommes robustes, placés sur un échafaudage, se mirent alors à l'œuvre, et en présence d'une foule nombreuse accourue de tous les

villages voisins, la tête fut retirée du fossé avec la couche de gypse qui lui servait de support. On la plaça sur une voiture, et on la transporta lentement danj la petite ville d'Alzei, et de là à Darmstadt.

Lorsque, il y a 7 ans, M. Kaup fit connaître la mâchoire inférieure du Dinothcrium devant la réunion des naturalistes à Eerl in, tous les zoologistes, et même le célèbre Cmu'cr, pensèrent que le Dinothcrium était une espèce de tapir, qu'ils nommèrent tapir gigantesque. Ils ne voyaient pas qu'à l'exception de quelque ressemblance entre les dents molaires de ces deux espèces, il n'y avait aucun caractère qui pût les faire rapprocher l'une de l'autre. Quant à M. Kaup, il s'est cru suffisamment autorisé à faire du Dinothcrium une famille particulière, qu'il a placée à coté des pares-

seux et des pangolins. Le crâne dn Dinolherium diffère totalement de celui des autres pachidermes et des éd entés fossiles.

Notre planche représente le profil de la tête du Dinotherium. On est frappé tout d'abord de l'énoriiiité de la fosse temporale, et du volume de la mâchoire inférieure; le muscle masseter destiné à la faire mouvoir devait être énorme aussi. On remarquera avec non moins d'intérêt les petits orbites ouverts en arrière, et placés postérieurement au-dessus de la première et de la seconde molaire. Les arcades zipomatiques sont faibles, et les deux condiles pour la réception de l'atlas ou première vertèbre sont placés fort haut. m. c.

La longueur totale de la tête est de. . 1,105 Sa hauteur verticale, prise à partir de la quatrième molaire jusqu'au bord de la

fosse temporale, est de 0,45

Depuis le bord de l'orbite jusqu'au bord postérieur de la fosse temporale. . . . 0,45 La profondeur de la fosse temporale est

de 0,29

L'angle formé par la face supérieure des frontaux et celle de l'occipital, n'est que de 39 à 40 degrés, tandis que chez la plupart des mammifères il en a 90, et même davantage chez la baleine.

La face inférieure de la tête laisse voir l'ouverture nasale qui est fort étroite, les trous pour le passage des nerfs optiques qui sont d'un volume énorme, et enfin la largeur fort considérable de la partie postérieure.

Sur le dessus de la tête on remarque la cavité trèsvaste qui reçoit la trompe. Les os nasaux manquent entièrement. Les os frontaux sont très-courts. La surface étendue de tous les os et leurs nombreuses rugosités attestent la force et le volume des muscles qui s'y attachaient, et qui servaient aux mouvements de cette tête.

M. Kaup présume que le Dinolherium était un animal terrestre qui se tenait sur le bord des fleuves. Il pense qu'il devait se mouvoir avec lenteur, et que ses énormes défenses (recourbées par le bas, et non vers le haut, comme il l'avait cru d'abord avec plusieurs naturalistes sur l'examen des fragments qui lui étaient arrivés) lui servaient pour fouiller la terre, et en arracher des racines et des tubercules, qu'il portait à sa bouche avec sa trompe.Selon lui, ces incisives devaient être pour l'animal un moyen de locomotion, et ses pieds être armés d'ongles énormes qu'il fourrait en terre. La forme de la partie postérieure de la tête, très-semblable à celle de la baleine, vient à l'appui de l'opinion du célèbre Buc/c/and, géologue anglais, qui croit que le Dinotherium était aquatique, sans pour cela détruire l'opinion de M. Kaup.

La Société géologique du grand-duché de Hesse, à laquelle cette tête appartient, encouragée par l'Académie des sciences de Paris, se propose de faire l'exhibition de la tête fossile du Dinotherium giganleum, ainsi que d'un moule de la même tête, dans les quartiers les plus fréquentés de Paris et de Londres, lorsque le nombre des souscripteurs à l'ouvrage intitulé : Géologie de la Hesse rhénane, et description des ossements du Dinotherium giganleum, se sera élevé à 150. Cet ouvrage, rédigé par MM. Klipstein et Kaup, membre de ladite société, sera accompagné de 4

planches et deux profils, et de deux cartes géologiques (1). E. J.

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