‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 105 sur 268 · LES CIRCASSIENS · texte numérisé non relu

LES CIRCASSIENS

Parmi les peuples qui habitent le Caucase, les Circassiens sont un des plus incommodes aux projets d'envahissement de la Russie, et par conséquent un des plus intéressants pour le reste de l'Europe. Il y a même pour nous, s'il faut en croire le plus grand nombre des géographes, un intérêt pieux à étudier l'état social des races caucasiennes en général, car, selon ces savants, il existe entre ces races et la nôtre des rapports de commune origine, nos pères étant descendus jadis des mêmes

régions montueuses auxquelles, pour leur "part, elles sont restées fidèles.

Les Circassiens, qui habitent la grande et la petite Kabardah et le pays situé au delà du Kouban, s'appellent eux-mêmes Adige ou Adeli. Les Musulmans les nomment Tcherhesses, mot qu'on dit être d'origine turque,et qui serait composé de tcher (chemin) et de hesniek (couper). D'après cette étymologie, les Tcherkesses seraient qualifiés de brigands ou de voleurs de grands chemins, dénomination qui, certes, ne nous engagerait pas beaucoup a faire valoir nos titres de parenté. Mais il faut rappeler ainsi une circonstance qui contredit cette explication du mot Tcherkesses : c'est que les anciens connaissaient déji une nation, qu'ils nommaient Kerkètes, qui était Osée sur le Caucase et les bords de la mer Noire, et qui paraît être identique avec la nation dont nous allons parler.

Autrefois le territoire occupé par ce peuple s'étendait beaucoup plus au nord qu'à présent; mais depuis les progrès des Russes et surtout depuis l'établissement de la ligne militaire du Caucase, en 1777, les Tcherkesses ont été repoussés au delà du Térek, de la Malka et du Kouban.

La population de la Circnssie est évaluée à 5o,ooo. Ce pays présente dans son organisation politique le double caractère d'un régime féodal et d'un gouvernement aristocratique. L'absence de toute espèce de pouvoir central favorise l'influence dominante de la noblesse, et empêche les différentes conditions sociales de se fondre et de s'égaliser.

Toute la population est divisée en cinq classes bien distinctes. La première est celle des princes qui dominent toutes les autres. Les prérogatives de ces princes, qui se subdivisent en trois gradations différentes, se font en quelque sorte équilibre, de façon que tous ceux qui sont placés sur le même degré de noblesse sont indépendants les uns des autres, et ne reconnaissent de supériorité que celle de la force physique ou de la valeur intellectuelle.

La seconde classe est composée par les ouzden ou nobles, qui, dans la langue du pays, s'appellent work. Les affranchis des nobles ou des princes constituent la troisième classe de la noblesse. Ils restent soumis à leurs anciens maîtres pour le service militaire. Les affranchis des affranchis composent la quatrième classe. En cinquième ligne viennent ensuite les techokhod, ou serfs, qu'il faut subdiviser en laboureurs et en domestiques des classes supérieures.

Chaque branche des maisons princières a sous sa dépendance plusieurs familles de nobles. Ceux-ci peuvent passer d'un prince à l'autre; et c'est de cette manière que plusieurs familles, notamment celles de la Kabardah, sont devenues très-puissantes. Les nobles sont obligés de payer les dettes des princes et de leur fournir ce qui est nécessaire à leur existence. Il est naturel que ces charges retombent, avec un double poids, sur les inférieurs, et que, depuis les plus puissants jusqu'à ceux qui sont placés le plus bas chacun se fasse rembourser par son inférieur ce qu'il paie à son supérieur, et en outre ce qui lui est nécessaire à lui-même pour son entretien.

L'usage veut néanmoins que le prince fasse de temps à antre des présents aux nobles qui le soutiennent. Ces dons passent du père au fils, et le récit des circonstances et des causes qui en ont été l'origine se conserve par

tradition, tant dans la famille du donateur que dans celle du donataire. Lorsque le vassal refuse, sans molif suffisant, d'obéir à son prince, il est obligé de lui rendre tous les présents que lui ou ses ancêtres en ont reçus. On voit que ces rapports se basent sur des principes analogues à ceux qui ont donné naissance au système féodal et aux règles de la félonie.

La condition des paysans est incomparablement plus onéreuse vis-à-vis des nobles que celle de leurs supérieurs vis-à-vis du prince. Les paysans sont tenus à payer les dettes des seigneurs, même celles qui dérivent d'un vol; ils peuvent être vendus avec les terres qu'ils cultivent, à moins que celles-ci ne leur appartiennent en propre.

Leur position n'est préférable qu'à celle des personnes attachées au service domestique des nobles ou des princes, lesquelles personnes leurs maîtres peuvent vendre séparément, tuer même sans autre cérémonie.

C0NSTANT1N0PLE.

LE TCHAOUC H-BACHI.

On appelle à Constanlinop\e tchâouch-bâchi un fonctionnaire qui réunit un assez grand nombre d'attributions qu'en France nous voyons remplies par plusieurs personnes. D'abord le tchâoûchbâcKi fait les fonctions de maréchal de la cour ottomane; c'est lui qui va recevoir, hors de Constantinople, les ambassadeurs extraordinaires des cours de l'Europe, et les conduit en grande pompe à l'audieuce du grand-visir, ainsi qu'à celle du grand-seigneur. Depuis quelques années un changement a été introduit dans ce mode de présentation et dans les prérogatives du tchâouch-bâchi ; cet officier prenait, dans la marche, la droite sur les ambassadeurs, mais aujourd'hui il est tenu à marcher quelques pas devant eux; il les guide à pied jusqu'au salon

du trône, portant une longue verge d'argent dont il frappe le pavé.

Le tchâouch-bâchi se lient debout devant le grandvisir avec d'autres officiers, pour remplir les commissions qu'il plaît à Son Altesse de lui donner. Il a la garde des sceaux du trésor public et du registre scellé des biens appartenant au domaine.

Le tchâouch-bâchi fait aussi les fonctions de préteur, et assiste aux jugements rendus en dernière instance par le grand-visir; il conduit les parties dans la salle d'audience, et souvent il est chargé de l'exécution des sentences. Il juge par lui-même un grand nombre de contestations relatives au commerce, ou aux autres transactions civiles.

Enfin le tchâouch-bâchi exerce une ^surveillance dans la ville; il veille au maintien du bon ordre et à l'exécution de tous les règlements de police. Ainsi ce fonctionnaire est tout à la fois maître des cérémonies, préfet de police, juge de paix. Tout le monde sait qu'en Turquie la justice est habituellement rendue avec beaucoup plus d'équité, d'économie et d'avantage, pour les plaideurs, qu'en Europe, malgré la célérité et l'arbitraire apparent des décisions. Sans doute les moyens de corruption ont accès chez les Turcs, tout comme chez nous; sans doute le crédit des gens puissants et le despotisme, soit du sultan, soit des pachas, font souvent pencher violemment la balance du côté de l'iniquité ; mais dans la plupart des cas, le bon droit a le dessus. S'il y a en Turquie infiniment moins de vols, de marchés frauduleux, de ventes à faux poids que chez les Européens, cela tient autant à la manière dont la justice est rendue dans ce pays qu'au fond de probité et aux sentiments religieux des Musulmans. Le système de pénalité turc mérite que nous l'examinions, mais le défaut d'espace nous force à renvoyer cet exposé à un autre numéro.

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(Le tcliâouch-Bâclii en costume).

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