‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 106 sur 268 · LES ANIMAUX RONGEURS. - LE COYPOU · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX RONGEURS. - LE COYPOU

(Le coypou.)

Nos lecteurs savent que les naturalistes ont donné le nom commun de rongeurs à une multitude d'animaux chez lesquels manquent les dents que nous appelons canines, et qui présentent à chaque mâchoire deux incisives grandes et arquées, séparées des dents molaires par un intervalle très-prononcé, et qui ne cessent de croître par leur base à mesure qu'elles .s'usent à la pointe.

Ce caractère général indique assez quelles seront les habitudes communes à tous les rongeurs. Sous les noms de rat, de mulot, de souris, de hamster ( Voyez l'article sur les hamsters, page 375, ier volume), d'écureuil, de lapin, de chinchilla, de marmotte, de castor, etc., etc., les rongeurs nous présentent des mœurs bien variées, mais à tous appartient la faculté de diviser, de détruire, en coupant, les substances végétales, animales ou même minérales qui se présentent à eux comme aliments, comme obstacles ou comme matériaux d'habitation.

La force que ces animaux trouvent dans leurs puissantes incisives est d'ordinaire un fléau pour l'homme; témoin les mulots, les campagnols et tant d'autres qui coupent les végétaux à la racine, attaquent les provisions enfermées dans les greniers, et jusqu'aux matériaux de nos constructions ; témoin le campagnol ratd'eau qui dépeuple nos étangs; mais, parmi ces rongeurs, il en est beaucoup dont nous tirons un grand parti pour notre nourriture, nos vêtements et diverses autres destinations. Ainsi le castor, le lièvre, le lapin nous fournissent des poils qui, par le feutrage, se transforment en coiffures, en gants, en chaussures} ainsi TOMK III. rr Mars 1836,

le premier des rongeurs que nous venons de citer sécrète, à notre profit, un produit dont on fait un médicament et, en certain pays même, un parfum; ainsi le chinchilla, le hamster, les écureuils petit- gris de Suisse nous donnent des fourrures plus ou moins recherchées; enfin c'est ainsi que le lièvre, le lapin, le cabiai, la marmotte compensent par l'emploi que nous faisons de leur chair comme aliment, les dégâts qu'ils causent dans les campagnes.

Vous trouverez des rongeurs sous toutes les latitudes, dans les lieux inhabités par l'homme comme au centre des villes ; quelques-uns même de ces animaux nous ont suivi dans nos migrations, et se sont établis à demeure dans les maisons flottantes qui nous transportent d'un bout de l'Océan à l'autre. Ils se sont faits nos hôtes obligés et ne nous quittent qu'à la dernière extrémité. Pas de navire, si neuf qu'il soit, qui n'ait dans ses flancs une légion de rats; pour en chasser ces intrus tenaces il faut démantibuler de fond en comble le navire; ils n'en sortiront que lorsque les dernières poutres de la carcasse démontée seront disloquées et tirées au rivage; de même aussi les rats attendront qu'on démolîsse^une maison dans ses fondements pour en évacuer les dernières cavités.

Le grand Linné avait réuni, sous la commune dénomination de rats, la plus grande partie des rongeurs; mais on a, depuis lui, classé à part ceux, par exemple, de ces animaux qui, malgré leur analogie de conformation dentaire avec les rats, doivent en être séparés à cause de leurs autres caractères. Ainsi, parmi les ron-

geurs vous trouverez les couïa ou coypou, dont les pieds de derrière sont engagés dans une membrane et peuvent faire fonction de rames, comme les pattes du canard et celles du castor.

Les coypous se rapprochent en effet des castors et des ondatra ou rats musqués du Canada par leurs habitudes; comme les castors, ils ont des poils de deux espèces, l'un long et placé au dehors, l'autre plus court, plus soyeux, plus fin et très- fourni.

Vous aurez peut-être aperçu souvent des têtes et des fourrures entières de coypou chez les marchands de fourrures; leurs couleurs varient: tantôt ils seront d'un brun marron sur le dos, d'un roux vif sur les flancs et d'un brun clair sous le ventre; le poil sera annelé de brun et de roux, mais avec une nuance générale de brun; le feutre, caché sous les longs poils, sera d'un brun cendré et plus clair sous le ventre; tantôt vous verrez des coypou entièrement roux; tantôt la grande raie du dos sera presque rouge avec des flancs très-pâles; quelquefois enfin le poil sera entièrement décoloré par la maladie albine.

Quoi qu'il en soit de ces accidents de couleur, les coypous se reconnaîtront à la forme de leur tête large et déprimée comme celle des rals-d'eau campagnols et des castors, mais avec un museau un peu moins obtus, au cou gros et court, aux oreilles petites et rondes, aux moustaches longues, roides et fournies, à la queue presque aussi longue que le reste du corps, parfaitement ronde et terminée en pointe.

Les peaux de coypou nous sont arrivées longtemps par milliers par la voie dt l'Espagne, et ont été employées, dans la fabrication des chapeaux, sous le nom de racoonda : à ces noms de coypou, de racoonda, il faudrait, pour donner une complète synonymie, en ajou'er bien d'autres encore; car parmi les voyageurs, les marchands et les naturalistes, on a désigné de manières bien diverses le même animal observé, souvent avec peu de soin, dans diverses contrées et dans l'état de vie ou de mort. Ainsi le fameux voyageur d'Azara, si bon observateur du reste, l'a appelé quouyia du nom qu'il porte au Tucuman; ainsi l'un de nos savants naturalistes, M. Geoffroi Saint-Hilaire, avait donné aux animaux de ce genre le nom d'hydromis, sous lequel il faudra les chercher dans plusieurs ouvrages d'histoire naturelle, etc.

Disons, pour en finir, que le coypou habite le bord des eaux, émigré parfois au loin pour chercher d'autres rivières, qu'il se creuse des terriers dans les berges avec ses ongles qui sont vigoureux, qu'il mange de toutes les substances végétales qu'on lui présente quand il est apprivoisé et qu'il est d'un caractère extrêmement doux Assez commun aux environs de Buenos- Ayres et dans le Tucuman, le coypou est assez rare au Paraguay. A la figure du coypou que nous avons placée en tète de cet article, nous joignons un dessin amplifié qui représente l'exl rémité de sa bouche et la conformation si remarquable de ses incisives. (Voy. pag. 184.)

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