DE L'AMÉRIQUE DU NORD
(Voyez le premier article, page 150, 3e vol.)
Parmi les nombreuses anecdotes que Tanner raconte touchant les mœurs des sauvages, il en est une qui mérite par sa bizarrerie d'être rapportée. Un des fils de Net-no-Kwa intervint un jour avec des intentions conciliatrices entre plusieurs Ottawwaws qui se querellaient et se battaient : l'un d'eux, se méprenant sans doute sur la nature de son intervention et croyant
qu'il prenait fait et cause contre lui, le saisit par la tête et lui coupa le nez avec les dents. Le fils de Netno-Kwa devint furieux, et, ayant saisi au hasard la tête la plus voisine, lui emporta le nez d'un coup de dent. Ces sortes d'aventures sont très-fréquentes. Charlevoix raconte qu'ayant été rendre une visite au chef desMiamis, il ne lui vit point de nez ; N'apprit qu'iU'avait perdu à la suite d'une dispute. La Hontan parle dans le même sens : « Ces sauvages, dit-il, après avoir fait leurs emplettes, boivent excessivement, se battent, se mangent le nez. » Tanner donne les détails suivants sur les funérailles d'un jeune homme nommé Ke-Zha-Zhoons que le Gis de Net-no-Kwa avait Tué parce qu'il s'était moqué de son nez coupé : « Wa-Me-Gon-A-Biewvint, dit-il, et creusa lui-même une fosse assez large pour deux hommes. Les amis de Ke-Zha-Zhoons y descendirent son corps. Alors Wa-Me-Gon-A-Biew se dépouilla de tous ses vêtements, à l'exception du dernier, puis se tenant en cet état au bord de la fosse, il prit son couteau, et, le présentant parle manche au plus proche parent du mort : « Mon ami, lui dit-il, j'ai tué -> votre frère ; vous voyez que j'ai creusé une fosse assez »grandepour deux hommes; je suis tout disposé à y dor- » mir avec lui. » Le premier, le second, enfin tous les amisdujeunehommemortrefusèrent.l'un après l'autre, le couteau que Wa-Me Gon-A-Biew leur offrit tour à tour. Les parents de mon frère étaient puissants, et la craintequ'ils inspiraient lui sauva la vie. Voyant qu'aucun des parents mâles de ce jeune homme ne voulait entreprendre publiquement de venger sa mort, Wa- Me- Gon-A-Biew leur dit: « Ne me fatiguez plus » maintenant, ou à l'avenir, de cette affaire ; je ferai » encore ce que j'ai fait, si quelqu'un de vous m'a- » dresse de semblables provocations. »
On trouvera dans le récit de Tanner une infinité d'anecdotes aussi caractéristiques que celle que l'on vient de lire et qui font parfaitement connaître les mœurs singulières des sauvages.
(Les dents du coypou. — Figure se rattachant au premier article, pag. 177.)
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