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LES BAINS DE MER. — DIEPPE

Dieppe doit à ses bains la prospérité dont elle a joui sous la Restauration, pendant quelques années, et à laquelle a porté une rude atteinte la révolution de io3o. Visités chaque année par une partie de la cour, ces bains attiraient une foule de Français et d'étrangers, et avaient fait de Dieppe un rendez-vous de bonne compagnie. Sans doute les riches équipages se montrent encore dans les belles rues de la petite ville, mais ce n est plus ni la même foule, ni la même gaieté, ni la même Circulation d'argent. C'est assez dire qu'il y a TOME III. —Mars 1830.

dans ce coin de la Normandie bien des gens qui regrettent tout bas l'aimable patronne qui leur ramenait, chaque année un nombreux essaim de belles dames du grand monde, de brillants cavaliers et de joyeux artistes.

Ce n'était pas seulement une affaire de mode; les bains de mer sont fort utiles, quelque part qu'on les prenne; mais leur efficacité est encore accrue, là où toutes les conditions du confortable ont été réunies. Pour le monde élégant et délicat qu'il faut bien ne p>t>;

confondre avec la na-asse de la population des côtes, un bain de mer ne sera agréable et hygiénique qu'autant que vous l'accompagnerez de celte foule de précautions, de transitions, de soins douillets que l'on a su réunir dans le bel établissement de Dieppe. Et puis Dieppe a tant d'avantages particuliers ! Sa position dans une des plus belles parties de la France, sa proximité de Paris, le voisinage des côtes d'Angleterre, les sites pittores jues et variés qui entourent cette ville; il ne lui manque rien de ce qui peut attirer des visiteurs, et leur inspirer cette gaieté qui ne nuit aucunement au succès des bains de mer.

Un médecin qui fut longtemps attaché à l'établissement de Dieppe, M. le docteur Assegond, a publié sur celte ville et sur les bains de mer en général un petit ouvrage qui a eu beaucoup de succès, et où les baigneurs trouveront de fort utiles prescriptions (i); nous en avons extrait quelques détails que nos abonnés ne liront pas sans intérêt.

Les anciens bains de Dieppe étaient très-incomplets, ou plutôt il n'en existait pas. Jusque-là les baigneurs n'avaient pour abri que la p'age , qu'une baraque en mauvais état, un petit nombre de tentes mal établies, éparses çà et là, et une espèce de hangard sous lequel étaient disposées quelques baignoires; aussi faisaient-ils entendre continuellement des plaintes sur les privations de toute nature qu'ils éprouvaient; déjà même ils commençaient à se diriger sur d'autres points. Luc, près Caen, et Boulogne, malgré leur éloignement et l'incommodité des plages, en attiraient quelques-uns; les plus considérables se rendaient à Brigthon (2).

Ces considérations ne tardèrent point à frapper les autorités, et à exciter le génie industrieux des habitants de Dieppe.

Un établissement des bains à la lame fut donc construit sur le rivage de la mer, établissement qui ne laisse rien à désirer sous le rapport de l'élégance, de la salubrité, de l'agrément et de la distraction.

Le terrain libre qui défend la ville de Dieppe contre les flots de la mer offre une ligne très- étendue, circonscrite à l'est par la jetée du port, et à l'ouest par la longue chaîne de falaises, qui s'étend au loin pour donner naissance à un des plus beaux bassins de l'Océan. C'est dans ce lieu agréable , que la nature semblait désigner elle-même, qu'on a fondé, au milieu du galet et à peu de distance du Château-Fort, l'établissement dont nous parlons.

Il se compose d'une galerie couverte de cent vingt pieds de long, interrompue à sa partie moyenne par un arc de triomphe, et de deux pavillons, de forme carrée, terminant cette galerie aux deux extrémités. Le premier, situé à l'ouest, est réservé aux dames; le second, à l'est, est consacré aux hommes. Chacun, dans la face correspondante à la mer, offre un avant-corps, orné de quatre colonnes d'ordre ionique, formant péristyle. Le pavillon des dames renferme un grand et magnifique salon, meublé avec goût et servant de lieu de réunion avant et après le bain. Ce salon communique à la fois à deux pavillons de repos et de secours pour les baigneurs, dont l'état exigerait des soins particuliers. Un nouveau salon circulaire sert de vestibule

(1) Manuel des bains de mer, Paris, chez Croehard, place de l'École-dc-Médecine.

(2) Voyez le l"f volume du Magasin universel, png, 32.

à ces diverses pièces, distribuées de manière qu'on peut y jouir, de toutes parts, de la vaste étendue de la mer et de la vue d'un jardin à l'anglaise, qui sert de promenade ordinaire aux malades.

L'intérieur du pavillon destiné aux hommes offre des dispositions en tout semblables aux premières; mais la pièce principale est convertie en une grande salle de billard où ils pourront, à toute heure du jour, prendre un exercice agréable et utile à la santé.

Ces deux pavillons communiquent entre eux par la galerie qui s'étend sur une ligne parallèle à la mer et au mur de la ville ; les travées à jour, qui composent ses parties latérales, sont sur-élevées de deux marches, et en forme de tentes; dans l'espace qui les sépare, se trouvent des vases de forme étrusque, ornés de fleurs, de sorte que les baigneurs des deux sexes, après être descendus de voiture sous l'arc de triomphe dont nous parlerons bientôt, auront à parcourir, pour se rendre à leurs pavillons respectifs, cette longue avenue, où ils jouiront encore du spectacle imposant de la mer et des impressions que fait naître la vue d'une végétation naissante sur un terrain naguère inculte et abandonné.

La voûte de l'arc de triomphe, formant portique, est revêtue de caissons et de rosaces dans toute son étendue : au-dehors, des niches grecques, pratiquées dans les angles, renferment quatre statues représentant les principales mers. Un escalier demi-circulaire conduit de l'une de ces salles à une vaste plate-forme couronnant le portique, et où des lunettes d'approche, disposées à cet effet, permettent de découvrir au loin les bâtiments et les côtes de Normandie dans un espace de plus de dix lieues.

En face du pavillon et de l'arc de triomphe que nous décrivons, sont placés les pontons que les baigneurs ont à parcourir pour se rendre à la mer. Ces pontons étant défendus par une balustrade à hauteur d'appui, et offrant d'ailleurs, toute la solidité désirable, les malades les plus timides et les plus souffrants peuvent y descendre en toute confiance. Au bas de ces pontons ils trouveront des tentes décorées avec élégance, et où ils pourront s'habiller et se déshabiller à l'abri des injures de l'air. Non-seulement l'entrée de l'établissement est interdite aux personnes qui y sont étrangères, mais il leur est également défendu de conduire les malades à la mer. Des guides jurés, choisis par l'administration, jouissent seuls de ce droit; ces hommes, intrépides nageurs, d'une moralité éprouvée, et capables du plus grand dévouement, accompagnent les baigneurs à la mer, les surveillent pendant le bain, et doivent les protéger contre la violence des vagues, si l'on pouvait craindre les suites d'une percussion trop vive ou trop longtemps prolongée. Cette méthode prévient jusqu'aux moindres accidents, et est préférable à celle des Anglais.

Nul endroit, sur les côtes de France, n'est plus convenable pour prendre les bains de mer,;que cette plage de Dieppe qui réunit toutes les conditions désirables; l'eau y est à une très-petite profondeur. Le fond de la mer, devant la ville et ses environs, est composé de quelques bancs de carbonate de chaux, de quelques petits rochers de silex épars ça et là, dans une assez grande étendue, de sable nullement vaseux. Lors de la détumescence de la mer, le soleil échauffe tellement cette vaste plaine de sable, que la marée montante ramène aux baigneurs un milieu presque liède.

Ainsi donc, le temps de se baigner devra être réglé jusqu'à un certain point par l'heure de la marée, la température de l'eau variant à ses différentes situations; il est d'observation que la mer est plus chaude de 5 à G0 aux marées de deux à trois heures de l'aprèsmidi, qu'elle ne l'est le même jour à basse mer à huit heures du matin.

Ces variations de la températuredelamerne peuvent avoir lieu que pendant le beau temps : l'agitation causée par une tempête mêle, en effet, les eaux profondes, sur lesquelles l'influence du soleil n'a eu aucun effet, avec celles de la surface.

L'usage de plonger la tête la première dont les guides se font une loi rigoureuse, est depuis longtemps établie à Dieppe et dans quelques autres ports de mer ; il n'est pas rare de voir des personnes éprouver une sorte d'horreur à l'idée seule d'être ainsi plongées dans la mer la tête la première ; ce procédé, contraire à toutes les idées reçues, paraît plus propre à favoriser qu'à prévenir les accidents que l'on veut éviter.

(/est une opinion généralement répandue parmi les personnes qui vont sur les côtes, soit pour leur plaisir, soit pour le rétablissement de leur santé, qu'on ne peut se baigner trop malin. On est fréquemment surpris de voir des convalescens des deux sexes, faibles, délicats, paraissant sortir de leur lit, et avant que les fonctions vitales aient repris leur énergie, debout, pâles et tremblants sur le rivage, voyant avec un degré apparent d'horreur le moment de se jeter dans la mer; quel effet peuvent-ils obtenir d'un bain pris dans untel état, une telle disposition?

Les heures auxquelles il convient de prendre les bains de mer sont aussi variables que les habitudes des personnes soumises à leur action sont variées. Il est cependant des préceptes qu'on doit faire observer, et qu'on ne saurait omettre sans s'écarter des lois de l'hygiène, et déterminer de fâcheuses conséquences.

Ainsi, on fera avantageusement usage du bain de mer avant le repas du matin, avant celui du soir, et généralement quand on sentira l'estomac vide, et que la digestion sera terminée: il est en outre plus convenable de prendre les bains pendant le jour, et lorsque le soleil est encore sur notre horizon , que pendant la nuit. C'est ordinairement le matin, depuis neuf heures jusqu'à midi, que les nombreux baigneurs de Dieppe se rendent à la mer.

C'était autrefois l'usage de se baigner le soir; les jeunes gens en général, et ceux qui se mettent dans l'eau pour leur plaisir, choisissent de préféreme la fin du jour: ou se fait rarement du mal lorsqu'on suit l'instinct de la nature. Le délassement et la sensation de fraîcheur, qui sont les conséquences immédiates de l'immersion dans l'eau froide, après qu'on a été légèrement fatigué, et le profond sommeil qu'on goûte la nuit suivante, sont des preuves convaincantes de l'effet salutaire que l'hygiène retire de l'emploi des bains dans l'état de santé.

(1) Nous rappelons à nos lecteurs que nous avons donne sur les bains en général et sur les étuves des anciens en particulier, des détails historiques et hygiéniques. ( Voyez pages 35 et 396, 2e volume.)

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