DE LA CIRE. — SA PRÉPARATION
La cire est une substance immédiate fournie par les deux règnes, et tellement répandue dans les parties des végétaux, qu'on a cru pendant longtemps qu'elle était seulement transportée par les organes des animaux pour être appropriée à leurs divers usages. En effet, la cire des plantes est, chimiquement parlant, identique avec celle des abeilles. Elle forme la principale partie constituante du pollen et des globules fécondateurs des anihères; la poussière glauque qui recouvre un grand nombre de fruits, celle qui enduit la surface supérieure de- feuilles de plusieurs arbres, la fécule verte ou le parenchyme des plantes herbacées, contiennent cette substance qu'il est facile d'extraire par des lavages successifs à l'eau ou à l'alcool, par l'addition de l'ammoniaque, et par la précipitation qu'un acide faible délermine dans ces liqueurs. Malgré celte abondance de la cire dans les organes végétaux où les insectes vont puiser toute leur nourriture, abondance qui avait con-
doit naturellement à penser que la cire produite par ces animaux était'd'origine végétale, on préfère en général s'en rapporter aux observations d'Huber et de La treille, lesquels constatent d'une manière péremptotre que cette substance est une véritable sécrétion animale, d'autant plus abondante que les plantes sur lesquelles les abeilles vont butiner sont plus riches en matières sucrées.
Le pollen des fleurs, la poussière glauque ou le vernis des fruits et des feuilles, quoique presque entièrement formés de cire, ne sont point employés à son extraction; ces matières sont toujours en trop petite quantité pour qu'il y ait quelque avantage à les exploiter sous ce rapport; et d'ailleurs, dans nos climats, la eue des abeilles est un produit si commun, qu'on ne s'avise pas d'en aller chercher ailleurs. Mais, en Amérique, deux arbres la fournissent en aussi grande quantité que les abeilles en Europe. Nous voulons parler du mjrrica cerifera et du ceraxilon andicola. Le premier, qui est très-abondant aux Etats Unis, a ses baies toutes recouvertes par une cire d'une blancheur éclatante, et en donnant à peu près le quart de leur poids; ou les fait bouillir dans l'eau, en ayant soin de les frotter contre les parois de la chaudière. On enlève la cire qui s'est rassemblée à la surface du bain, on la passe à travers un litige, et on la fond de nouveau. Cette cire est verte, couleur qu'elle doit à une matière étrangère et qu'on peut lui enlever par l'éther. D'autres myrica produisent également de la cire, mais en moindre quantité. Le professeur Delille, de Montpellier, a lu dans le temps une note sur le benineasa cerifera, nouveau genre de cucurbitacées, qui donne aussi une proportion considérable de cette substance.
La plante dont Humboldt et Bonpland ont parlé dans leur voyage, sous le nom d'arbre de la vache, arbol délia vacca des indigènes de l'Amérique du sud, contient un suc laiteux qui parait être une véritable émubion cireuse.
Les jeunes naturalistes qui ont transmis ces renseignements à l'Académie des sciences assurent qu'ils se sont éclairés avec des bougies composées de cette cire. Les rayons ou gâteaux de cire, extraits des ruches des abeilles, sont d'abord coupés par tranches que l'on met à egoutter sur des claies, et que l'on a soin de retourner de temps en temps. On fait chauffer ensuite la cire dans l'eu et on la soumet à l'action de la presse dans des sacs de toile. La cire est de nouveau fondue avec de l'eau, puis coulée dans des terrines de grès. Elle se fige à la surface de l'eau, et prend alors la forme de pains de cire jaune, sous laquelle elle se vend ordinairement dans le commerce. L'odeur de la cire brute, ainsi que sa couleur jaune, lui sont étrangères; elle les perd en effet lorsqu'on la blanchit par le procédé suivant : Aplatie et mise en rubans au moyen d'un cylindre de bois que l'on fait mouvoir horizontalement sur elle dans une grande cuve d'eau, on l'expose à l'action combinée de l'air humide et de la vive lumière, en prenant les précautions convenables pour que le sol ne puisse la souiller; bientôt ses surfaces acquièrent de la blancheur; on les renouvelle en la fondant et la coulant de nouveau en rubans, et par des répétitions fréquentes de cette manipulation, on arrive à !a priver complètement de son odeur et de sa couleur. Ce procédé, encore généralement usité, a l'inconvénient d'apporter de longs délais pour cette importante opération. On
lui a substitué avec avantage le blanchiment par le chlore. L'immersion des rubans dans cette substance en dissolution, ou leur exposition à l'action immédiate du chlore gazeux, produisent en peu de temps ce que l'exposition sur le pré ne donne qu'à la longue. Ou pourrait accélérer le blanchiment en passant les rubans successivement dans une eau alkalihe et dans le chlore liquidé, ou en se servant du chlorure de soude ou de potasse.
Les usages delà cire sont très-multipliés: l'éclairage le moins incommode, sinon le moins cher, est donné par cette substance. La lumière des bougies est si belle, cpi 'elle rivalise avec celle du gaz hydrogène le plus riche en carbone; on a perfectionné leur fabrication en ces derniers temps, tellement que, sans perdre leurs qualités comme combustibles lumineux, elles ont une élégance extérieure qui les fait servir d'ornement dans les salons.
D'une translucidité parfaite, elles semblent être fabriquées avec l'albâtre le plus pur; mais la cire pure n'est pas, il est vrai, l'unique élément de ces bougies; d'autres substances grasses et très-blanches, le blanc de baleine, par exemple, pouvant lui être associées sans lui faire perdre de ses qualités. On se sert de la cire pour mouler une loule d'objets, pour imiter surtout les diverses pièces d'anatomie; sa facilité à se combiner avec les couleurs et à se teindre de foutes les nuances, sa mollesse et sa ductilité la rendent très-précieuse sous ce rapport. Enfin les pharmaciens en font un usage fort considérable, soit pour durcir les masses emplastiques, soit pour la préparation des pommades et cérats.