TOME TIf. — Octobre i
(TCosak du Yoîgn.)
reux contraste de la blancheur de leur peau avec leur chevelure noire, qu'elles pourraient rivaliser avec les beautés de l'Europe. Mais en général les caractères de leur physionomie sont : des yeux dont le grand angle, peu ouvert, est placé obliquement et descend vers le nez; des sourcils noirs peu garnis, formant un arc très abaissé, un nez ordinairement camus , écrasé près du front ; les os de la joue saillans; la tête et le visage tout-à-fait ronds; la prunelle brune; les lèvres grosses et charnues; le menton court ; les dents fort blanches , qu'ils conservent belles et saines jusque dans la vieillesse; enfin des oreilles d'une grosseur énorme et détachées de la tête. Cet ensemble de trails peut ne pas paraître très attrayant pour un Européen; pour un Kalmuck, il est d'autant plus beau qu'il est complet.
Tous les Kalmucks naissent avec des cheveux noirs; ils ne portent que deux petites moustaches et un petit bouquet sous la lèvre inférieure ; les vieillards et les prêtres sont les seuls qui laissent croître leur barbe; tout le reste est arraché; ils mettent, ainsi que les Tartares, le plus grand soin à s'épiler le corps. Ils ont l'odorat subtil , l'ouïe fine et la vue perçante; de loin, ils sentent la fumée d'un feu ou l'odeur d'un camp; il suffit à un grand nombre d'entre eux de mettre le nez sous le trou d'un renard ou de tout autre animal, pour reconnaître s'il y est ou s'il en est sorti. La perfection de l'ouïe est telle chez eux, qu'ils sont avertis do la marche des chevaux bien avant de les apercevoir : en se couchant le ventre à terre, et appliquant leur oreille contre le gazon, ils reconnaissent le mouvement d'un troupeau, d'un bétail égaré; les plus petits objets frappent leur vue dans le plus grand éloignement.
C'est à tort que plusieurs voyageurs, formant leur jugement d'après les troupes irrégulières qui sont incorporées
dans l'armée russe, ont représenté les Kalmucks comme le peuple le plus féroce. Lear caractère est préférable à celui de tous les autres peuples nomades; ils sont affables, francs et surtout très hospitaliers; ils aiment à rendre service et sont toujours gais et enjoués; mais ils sont en même temps sales , paresseux et rusés : quoique bons , ils sont extrêmement vindicatifs, et poussent la vengeance jusqu'à l'assassinat, non à force ouverte, mais par trahison. Une de leurs plus grandes jouissances e^t de se réunir; ont-ils préparé de l'eau de-vie ou quelques mets favoris? tous les voisins sont aussitôt invités à en venir prendre leur part; et si , dans la maison, il n'y a qu'une seule pipe, elle passe de bouche en bon lie, et fait ainsi le tour du cercle.
Les Kalmucks ne savent point fabriquer le drap ; ils sont obligés d'en acheter; leur industrie se borne à préparer des peaux de mouton ou d'autres animaux, et des feutres avec lesquels ils se font des vêlemens pour l'hiver. Les pauvres ne portent point de chemise; ils s'enveloppent dans une pelisse étroite qu'ils serrent avec une ceinture. Le costume des femmes a tant de ressemblance avec celui des hommes qu'on les reconnaîtrait difficilement sans leur coiffure et les boucles d'oreilles dont elles aiment à se parer.
C'est à l'habitude d'enfoncer leur bonnet j usqu'à la racine des oreilles, que les Kalmucks, comme presque tous les peuples tartares, doivent l'écartement prononcé qui existe chez eux entre cet organe et la tête; celte singularité est frappante surtout chez les Kalmucks, qui ont les oreilles fort grandes.
Les femmes sont en général plus laborieuses que les hommes; aussitôt que ceux-ci ont construit les tentes de feutre qui leur servent d'babilation, et que les Russes appellent kibilks, ils emploient tout leur temps à chasser, à veiller sur leurs troupeaux et à se divertir, tandis que les femmes, chargées de l'intérieur du ménage , s'occupent à traire les bestiaux, à préparer les peaux et à coudre; elles sont même tenues de seller le cheval, et de le conduire devant la porte lorsque le mari doit se mettre en campagne.
Les Kalmucks possèdent de nombreux troupeaux, qui leur fournissent une grande quantité de lait , base de leur nourriture; ils ont plus de chevaux que de bêles à cornes, et préfèrent le lait de jument au lait de vache; leur manière de le préparer lui donne un goût fort agréable; les femmes en font aussi de l'eau de-vie. Pour le faire aigrir, ils le reçoivent dans de grands vases de cuir, qu'ils tiennent auprès de leur feu pendant l'hiver; la malpropreté de ces ■vases suffit souvent à celte opération. Ils emploient aussi un levain très salé, fait avec de grosses farines.
L'armure des Kalmucks se compose d'une lance, d'un arc et de flèches; les arcs sont faits de différais bois, mais le plus souvent d'érable et même de corne : ces derniers sont les meilleurs et les plus chers. Quant aux flèches, il y en a de fort courtes, terminées en crosse ou en massue, qui servent à tirer les pelits animaux et les oiseaux ; de très légères , garnies d'un fer étroit; d'autres armées d'un fer en forme de ciseau , et enfin de grandes , portant un gros fer pointu et qu'on emploie pour faire la guerre. Toutes ces flèches ont trois ou quatre rangs de plumes de queue d'aigle. Une cuirasse et un casque complètent l'armement du Kalmuck; la cuirasse est composée de pelits anneaux de fer et d'acier, en forme de filet, suivant la manière des Orientaux; elle s'achette chez les Troukmènes ou chez les Perses, et sa valeur varie de huit à douze chevaux. Le casque est rond, garni d'un iilèt d'anneaux de fer, descendant par devant jusqu'aux sourcils, et par derrière couvrant le cou el le3 épaules.
Les Kalmucks ont plusieurs manières de chasser; personne ne s'entend mieux qu'eux à dresser toutes sortes de filets et de pièges pour prendre les bêtes sauvages. Les riches préfèrent la chasse au faucon à toutes les autres.
Les chevaux constituent la fortune du Kalmuck; mauvais pour le train, parce qu'ils sont trop fougueux et trop faibles, ils sont en revanche au-dessus de toute comparaison pour la course; pour loule pâture, ils se contentent de ce qu'il rencontrent dans les landes. Quelques Kalmucks possèdent jusqu'à deux mille chevaux et des bestiaux en proportion; ils élèvent aussi des chameaux, mais ceux-ci exigent les plus grands soins pendant l'hiver.
Quand vient la mauvaise saison, les Kalmucks transportent leurs habitations vers le midi des landes du Volga et sur celles que baigne la mer Caspienne, se gardant bien d'approcher du Jaik dans la crainte de rencontrer les Kirguis, leurs ennemis mortels; là, ils recherchent surtout les endroils où il y a beaucoup de ruisseaux; le lieu pour lequel ils ont le plus de prédilection- est celui qu'ils désignent sous le nom de Son-Clwudok (cent puits) à cause de la grande quantité de sources qui s'y trouvent.
La constitution politique des Kalmucks n'a aucun point de ressemblance avec les institutions démocratiques des peuples kosaks (I). Les premiers ont de tout temps été soumis à des chefs hêiéJîtaires , nommés kans; ils se divisaient en plusieurs hordes.
Ainsi , tandis que les Kosaks constituaient une république basée sur l'élection des chefs , sur leur responsabilité et sur une parfaite égalité de naissance et de fortune, les Kalmucks, au contraire, adoptaient un gouvernement monarchique, héréditaire et aristocratique, avec une grande inégalité de richesses el de rangs.
Cependant la législation des Kalmucks étail loin d'être barbare : « Elle ferait honneur, dit Pallas, aux nations les plus policées de l'Emope qui affectenl de donner le nom de barbares aux peuples libres de l'Asie. »
Leurs lois, en effet, ne se jouent point de la vie des hommes; on n'y trouve point écrit l'horrible article de la question, à une époque où ce cruel moyen était en usage dans les pays les plus policés de l'Europe. Les chàtimens consistent en amendes et en confiscations ; les peines les plus graves sont corporelles, mais elles ne vont jamais jusqu'à la mort. L'application de la loi a heu sans distinction pour le peuple comme pour la noblesse. Celui qui ne se rendait pas à l'armée pour défendre l'indépendance ou une cause nationale était condamné à la perle de tous ses biens. Le chef ou le soldat reconnu coupable de lâchelé était passible d'une forte amende en rapport avec sa fortune; on le dépouillait en outre de ses armes, et on le promenait habillé en femme au milieu du camp. Les peines portées contre l'homicide était graves; tous les spectateurs oisifs d'une dispute particulière étaient condamnés à une amende d'un cheval, si l'un des deux combattans était resté sur la place ; si un Kalmuck en tuait un autre à la suite d'une querelle de jeu , il était tenu par la loi, oulre les peines ordinaires, à entretenir la femme et les enfansde sa victime.
Dans le cas de blessures , il y avait amende , el la loi déterminait ce qui devait être payé pour une dent, une oreille ou un doigt. Des peines étaient prononcées contre le beau-père ou la belle-mère maltraitant sans sujet les enfans confiés à leurs soins. Le crime le plus rigoureusement puni était le vol; il entraînait des peines corporelles; la loi
(0 Le prochain numéro contiendra une nolicc sur les Kosaks.
agasin universel.
condamnait le voleur non-seulement à restituer l'objet volé et à payer, comme dommages et intérêts, un certain nombre de bestiaux, mais encore à avoir un doigt de la main coupé, même dans le cas où il ne s'agissait que d'une bagatelle , d'un vêtement ou d'un meuble; elle allait jusqu'à fixer une amende pour un vol d'aiguilles ou de fil. La plus grande peine portée contre les seigneurs, lorsqu'ils commettaient un acte d'hostilité envers l'un d'entre eux, était une amende de cent cuirasses, de cent bestiaux, de cent chameaux et de mille chevaux j la peine la plus légère consistait à donner une chèvre avec son cabri, ou un petit nombre de flèches.
Il existe pour état, dans la procédure des Kalmucks, des dispositions qui ne sont pas tout-à-fait en rapport avec la sagesse des autres institutions : telle est l'épreuve du feu dans laquelle un accusé, pour être déclaré innocent, doit porter sur le bout des doigts une hache ou une barre de fer
rouge.
Il y a plusieurs points de ressemblance entre l' Ancien-Testament et la cosmogonie des Kalmucks. Les Kalmucks admettent l'existence de plusieurs mondes; mais aucun être mortel ne peut passer de l'un à l'autre; les seuls Bourkans, qui sont leurs divinités, ont cette divine faculté.
La terre est sous la protection d'un éléphant qui porte le nom de Gasar-sa-kiks-chin-koven; cet éléphant a deux lieues de longueur; il est blanc comme la neige, et ses tètes, au nombre de trente-trois, sont rouges; chaque tête est armée de six trompes, de chacune desquelles jaillissent six fontaines; chaque fontaine est surmontée de six étoiles, sur lesquelles sont assises autant de vierges jeunes et parées, filles des esprits aériens; l'un de ces derniers, qui est le plus puissant conservateur de la terre , se met à cheval sur le milieu de sa tête, lorsqu'il veut aller d'un endroit à l'autre.
Au commencement du monde, les hommes vivaient près de quatre-vingt mille ans, ils étaient heureux et la Kididiz-mr (grâce invisible) leur servait de nourriture. Mais une circonstance malheureuse vint mettre fin à cet état fortuné; la terre produisit un fruit nommé schime, dont la douceur égalait celle du miel; un homme eut l'imprudence d'en goûter, et fit part aux autres de l'agréable sensation qu'il venait d'éprouver. Tous les hommes se mirent alors à en manger, et ils perdirent aussitôt leur sainteté et le pouvoir merveilleux qu'ils avaient de voler au ciel. Ils vécurent long temps dans les ténèbres, jusqu'au moment où le soleil et les planètes furent créés dans le firmament. Leur pauvreté devint bientôt si grande, qu'ils manquèrent de nourriture; l'herbe diminua, il n'y eut plus assez de pâturages pour les bestiaux; en sorte que le genre humain, de coupable qu'il était, se fit criminel; aux vertus qui l'avaient distingué succédèrent l'injustice, l'adultère et l'homicide. Les hommes se virent donc contraints à labourer la terre; ils choisirent pour leur chef le plus sage d'entre eux, luidonnèrentla fonction de partager les terres, et enfin l'élurent kan.
Quant à ce qui concerne l'avenir, les Kalmucks croient que le genre humain subira plusieurs révolutions; tous les animaux diminueront de volume; il viendra un jour où la grosseur du cheval ne dépassera pas celle que l'on connaît actuellement au lièvre, où les hommes n'auront plus qu'une aune de hauteur, ne vivront pas au-delà de dix ans, et se marieront à l'âge de cinq ans. Mais avant la destruction complète du monde, la voix des esprits aériens se fera entendre; elle sera suivie d'une pluie horrible, et alors la terre sera inondée de sang ci jonchée de ca î ivres. Bientôt
à cette grande catastrophe succédera une pluie odoriférante qui vivifiera la terre ; les hommes recommenceront à vivre; puis il viendra sur la terre un saint personnage couvert de gloire, d'une taille prodigieuse et d'une beauté divine; les hommes l'entoureront et lui demanderont pourquoi il est si grand et si beau ; il leur répondra qu'il a acquis cette beauté et celle grandeur en pratiquant la vertu et en domptant ses passions.
Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'ils représentent le plus souvent leurs dieux avec des figures de femmes. Us croisent à presque tous les jambes, et leur donnent un grand nombre de têtes et de bras. Aux dieux bienfaisans, ils font une physionomie douce ; ils la font terrible aux dieux malfaisans
L'enfer occupe le milieu entre le ciel et la terre. Là se trouve une vaste mer d'urine et d'excrémens, qui est le séjour des damnés. Plus loin est une mer de sang sur laquelle flotte un grand nombre de têtes humaines; là gémissent ceux qui ont suscité des querelles et des meurtres entre parens et amis. Plus loin encore est un lieu formé d'une terre ferme et blanche, dans lequel une foule de damnés étendent et font mouvoir inutilement leurs bras et leurs mains pour manger et pour boire; mais, sans cesse dévorés par la soif et par la faim, ils ne peuvent atteindre ni boissons ni alimens; et, à force de fouiller et de creuser la terre, leurs mains et leurs bras se sont décharnés jusqu'aux épaules; ces membres finissent par tomber; mais ils renaissent bientôt pour de nouveaux lourmens. Il y a aussi de cruels chàtimens réservés pour ceux qui se sont montrés avares envers les prêtres kalmucks. Les peines ne sont point éternelles, et leur durée varie selon les péchés.
Un des séjours de cet enfer est couvert d'une nuée d'ordures et de vidanges , garni de cent huit crochets auxquels on suspend les damnés ; lorsque le vent jette ceux-ci à terre, ils tombent, de cascade en cascade, sur des pointes en fer, jusqu'à ce qu'ils soient mis en pièces; alors se .fait entendre une voix qui les appelle à la vie. Ce genre de châtiment dure deux cent millions d'années, pendant lesquelles lespatiens sonteoupés en pièces, roués et broyés dans des mortiers.
Il existe une autre partie de l'enfer où les damnés gèlent, et sont ensuite traînés par les diables, jusqu'à ce qu'ils reviennent à la vie pour souffrir de nouveau.