LES CIGOGNES
Il n'y a pas d'oiseau qui ait été plus universellement protégé dans les divers pays que la cigogne; partout elle rend des services à l'homme en purgeant le sol des animaux nuisibles, et nulle part elle ne cause de dommages. Celte vénération était portée, chez les anciens, à un tel point que c'était un crime d'en tuer ; il y avait même en Thessalie peine de mort pour le meurtre d'un de ces oiseaux. La cigogne était, comme l'ibis, l'objet d'un culte chez les Egyptiens, et ses mœurs ont sans doute contribué à augmenter ce respect, qui s'est perpétué chez les Orientaux, et qu'on retrouve encore en Suisse et en Hollande. Elle a une si grande affection pour ses petits qu'elle ne les abandonne pas; l'histoire a consacré le Irait admirable de la cigogne de Delft qui, après s'être inutilement efforcée de sauver les siens, se laissa brûler avec eux dans l'incendie de cette ville, plutôt que de les abandonner. Les tendres soins que res oiseaux donnent à leurs parens dans la vieillesse, ne sont pas moins
remarquables; et c'est en leur honneur que les Grecs ont f t la loi qui porte leur nom (lex ciconia), et qui oblige les enfans à fournir des alimens à ceux dont ils ont reçu le jour, quand ils se trouvent dans l'indigence.
Les cigognes paraissent aussi éprouver le sentiment de la reconnaissance pour la protection qu'on leur a accordée, ci revenant chaque année dans les mêmes lieux; mais leur propre intérêt suffit pour expliquer ces retours constans dont l<'s hirondelles et beaucoup d'autres oiseaux fournisse it également des exemples. Au reste, le peuple est encore persuadé aujourd'hui qu'elles apportent le bonheur dans la niii-on où elles s'établissent; il y a même des pays où l'on place sur les toits des roues et des caisses destinées à servir de base pour la construction des nids. Quandvies cigognes r< trouvent ces nids à leur retour prima nier, elles s'y établissent avec des signes de joie manifeste, et lorsqu'elles sont forcées d'en pratiquer de nouveaux, on les voit s'empresser d'accumuler les brins de bois et de joncs dont elles se les composent. C'est sur les tours, les clochers, à la cime îles grands arbres, sur le bord des eaux ou à la pointe des
( La Cigogne bluudie.)
rochers escarpés qu'elles ont l'habitude de se nicher; el le s iin qu'elles prennent pour soustraire leurs petits à la vue fie tous les animaux, dans les lieux mêmes où elles sont le moins troublées, ne permet pas de croire légèrement au récit de lady Montagu qui s'est vraisemblablement trompée en prenant pour les nids de ces oiseaux des matériaux amassés dans les rues de Constanlinople où elle les aura vus se promener.
La ponte des cigognes est de deux ou quatre œufs d'un blanc sale et jaunâtre, un peu moins gros, mais plus allongés que ceux de l'oie. Le mâle les eouve pendant que la femelle va chercher sa pâture; les petits naissent au bout d'un mois, et dans leur premier âge, ils sont couverts d'un duvet brun. Les père et mère ne vont pas en même temps à la chasse pour les nourrir, et l'un d'eux se tient toujours en surveillant près des petits jusqu'au moment où ils sont de-
venus assez forts pour chercher eux-mêmes leur nourriture.
Les cigognes ont le bec gros el médiocrement fendu, leurs mandibules larges et légères produisent, en frappant l'une contre l'autre, un claquement particulier. Leurs jambes sont réticulées et leurs jarrets peu musculeux. Leurs mouvemens sont lents et leurs pas grands et mesurés; dans leur vol puissant et soutenu , elles portent la lêle raide en avant, el leurs pattes étendues en arrière leur servent de gouvernail. Les marais, les prairies, les rivages sont leur séjour le plus habituel , et les poissons , les reptiles, les petits mammifères, préalablement triturés et macérés, les vers, !es insectes, forment leur nourriture ordinaire.
Acn. Comte.