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PADOUE

Padoue, située sur la Brenta, fut jadis une des villes les plus populeuses et des plus animées de la Lom-

bardie. Aujourd'hui l'herbe croît dans ses rues, et cet antique berceau des sciences paraît bien déchu de sa splendeur. Les guenilles des habitants pendent aux fenêtres, et la mauvaise santé comme la mauvaise fortune semblent peintes sur tous les visages. Vous verrez, même le dimanche, les femmes de Padoue, établies à leurs portes, s'entr'aider pour une opération qui, à nous Français du nord, paraîtrait quelque peu dégoûtante, mais qui ne scandaliserait aucunement les Espagnols. Groupées de deux en deux, ces dames se débarrassent chacune à leur tour de ces animalcules qui pullulent dans leur noire chevelure, et elles ne semblent pas trouver moins de plaisir l'une que l'autre dans cette patiente recherche.

(Une vue de Padoue.)

De chaque côte' des principales rues de celte ville, règne un portique ouvert, où l'on marche à l'abri des injures du temps, comme cela se voit dans la plupart des villes de Lombardie. Comme le savent nos lecteurs, cette disposition, si précieuse pour les piétons, a passé à Berne il y a cinq à six cents ans ; il est à regretter qu'on ne l'ait employée que fort rarement dans les quartiers neufs de nos grandes villes. Paris et Londres offrent quelques beaux exemples de ce genre de construction. Le climat humide des régions que nous habitons rend doublement avantageuses ces voies abritées où ne pénétrera pas la pluie. Les promeneurs, les affairés eux-mêmes les recherchent de préférence, et celte active circulation donne un nouveau prix aux

magasins qui bordent ces rues élégantes des deux grandes capitales.

Nous citerons en second lieu les bâtiments de l'Université, dans l'intérieur desquels règne une fort belle colonnade à deux étages. Jadis l'Université de Padoue était fréquentée par des étudiants venus de tous les points de l'Europe; et l'on voit encore sur les murs de cet édifice les noms et les armoiries d'un grand nombre de familles illustres dont les héritiers venaient y chercher la science. Le grand Galilée fut pendant longtemps attaché à celte célèbre Université; aussi conserve-t-on à Padoue, avec un soin religieux, une partie du corps de ce grand physicien, partie bien minime et que l'on montre aux visiteurs dan^ une petite châsse.

Elle la doit à un médecin de Padoue qui, jadis, vola pieusement une des vertèbres du squelette de Ga lilee, et de main en main relie relique scientifique est devenue la propriété de l'Université.

Les voyageurs doivent aller visiter aussi un bâtiment du xiie siècle qui servait de cour de justice et qui rappelle les basiliques romaines. Isolés, sans aucun appui extérieur, ses quatre murs sont restés debout malgré les tremblements de terre, et comme raffermis par l'énorme poids de la lourde toiture qu'ils supportent. Cette construction a cent pieds de haut et trois cents pieds de longueur au moins.

Parmi les beaux édifices qui ornent Padoue, il faut mentionner l'église Sainte Justine et la cathédrale, toutes deux dues au fameux Palladio, qui fut l'architecte par excellence des Etats vénitiens. Dans la première on remarque un groupe colossal en marbre représentant la descente de la croix. Ce qui, dans la seconde, frappe le plus le vulgaire, ce sont ses sept dômes, qui lui donnent une ressemblance avec certains monuments asiatiques.

Les églises de Padoue n'ont pas échappé, lors de l'invasion française, aux recherches des agents du gouvernement d'alors : ces objets d'art, dont nos commissaires dépouillèrent les monuments religieux eux-mêmes, ont pu flatter l'amonr-propre des Parisiens, qui voyaient s'enrichir le Musée national des dépouilles de l'étranger. Mais que de haines cette spoliation na-telle pas soulevées contre nous? Et puis l'amour de l'art n'était pas le seul mobile du gouvernement qui donna cet ordre : toutes les richesses des églises étaient le point de mire de nos agents, et l'on montre à Padoue deux candélabres d'argent massif que les habitants n'ont pu conserver qu'en payant une rançon de 1 5,6oo fr., comme le témoigne une inscription gravée sur les chandeliers. Pour les visiteurs français, c'était, peu de temps après l'Empire, un sujet de dépit; mais aujourd'hui, grâce à l'heureuse révolution opérée dans les esprits, les habitants de Padoue ne songent pas plus à nous myslifier que nous à nous gendarmer contre ces souvenirs. Les Français ne craignent pas d'avouer aux él rangers qu'ils blâment l'esprit de dominai ion et d'envahissement qui fut pendint quelques années le caractère de notre nation, esprit auquel a succédé un sentiment de chrétienne bienveillance pour tous les peuples. Les environs de la ville de Padoue sont fertiles, mais d'un aspect peu magnifique. On rencontre les gens notables du pays en cabriolets dorés, usés, jamais lavés, et que tire un malheureux cheval attelé de cordes qui lui déchirent les flancs, et que l'on roue à i oups de fouet. Un petit laquais monté derrière la voiture, indignement vêtu, les jambes nues et rouges de marc de raisin, à l'époque des vendanges, administre celle correction par-dessus la tête de ses maîtres, et l'accompagne de cris continuels plus retentissants et plus fatigants encore pour les oreilles que ceux de nos charretiers.

Tous les chevaux que vous rencontrerez dans celte contrée ne sont pas, bien entendu, aussi piteux que nous venons de le dire, et de temps à autre vous verrez de ces animaux aux crins noirs et flottants, à l'encolure forte, au trot élevé, qui rappellent exactement le cheval des anciens et ne ressemblent pas du tout à la race arabe.

Les campagnes de la Lombardie vous présent^-ont

aussi un autre spectacle qui réveille tous les souvenirs de l'antiquité; ce sont ces pesants chars aux roues massives, à la lourde charpente, avec un grand attirail de chaînes sonores auxquelles sont attelés de magnifiques bœufs à la robe d'un gris cendré, aux cornes immenses, dont la pointe est ornée d'une boule d'acier poli, aux pas lents et mesurés. Vous y verrez deux et même trois paires de bœufs, et toute la charge consiste en un seul tonneau de raisin; c'est que le principal travail est le tirage du char; le poids que celui-ci supporte n'est rien en proportion.

Le cultivateur lombard a grand' peur apparemment que ses bœufs n'emploient trop bien leurs forces, car il les étrangle à moitié dans un collier étroit. Fier d'un aussi bel attelage, il pousse la coquetterie jusqu'à fixer, à l'aide de rubans et quelquefois même de guirlandes de fleurs artificielles, la queue dont l'animal tend toujours à se battre les flancs, et qui pourrait salir sa robe élégante.

Au reste, la fertilité du sol de la Lombardie et l'action bienfaisante du climat ne demandent pas un concours bien actif de la part des paysans. Partout, dans la saison, vous verrez pendre d'un mûrier à l'autre des festons de pampres magnifiques, tellement chargés de raisin, qu'ils en paraissent tout noirs, et entre ces arbres d'abondantes moissons de maïs et de ble. Ce qui ajoute à la fertilité du pays, ce sont les nombreux raisseaux qui descendent des Alpes et permetient d'arroser facilement les prairies et les rivières.

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