‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 139 sur 268 · SON ORICINE ET LES COMMENCEMENTS DE SA PUISSANCE · texte numérisé non relu

SON ORICINE ET LES COMMENCEMENTS DE SA PUISSANCE

On «ait assez généralement quelle part eut le cardinal Mazarin au gouvernement de la France et aux troubles civils qui signalèrent la minorité deLouisXIV. rCe qui est moins connu, c'est son origine , ce sont les difficultés qu'il eut à vaincre au début de sa carrière, et les secrets moyens qui servirent à établir sa puissance. Nos abonnés ne liront donc pas sans intérêt, nous le pensons, quelques détails empruntés à iw manuscrit

de l'époque (1), touchant les commencements d'une vie d'une fortune si extraordinaire. Cette notice suffira pour donner une juste idée de la persévérance de caractère, de l'habile souplesse du successeur de Richelieu, de cet étranger qui, parti d'un point obscur de la société, s'éleva a un si haut degré de faveur royale, qu'il finit par triompher des efforts du peuple, du parlement et des princes conjurés ensemble pour sa perle. « Jules Mazarin naquit à Piscine, ville de l'Abbruzo, le i/j juillet 1602, de pierre Mazarini (a) et d'Hortense Buffalini. Son père, gentilhomme sicilien, jouissait

(1) Bibliothèque royale, — Mss. intitulé : Histoire de la guerre civile de Paria, et de la vie et origine du cardinal Mazarin. (N« 642, suppl.)

(2) Le nom du cardinal Mazarin, dénaturé d'abord par ses contemporains, s'est perpétué sous cette forme jusqu'à nous. Le fait est que dans toutes les pièces portant la signature autographe de ce ministre on lit très-distinctement Mazarini, et non pas Mazarin.

d'Une modique fortune. Il était fort jeune lorsque ses pafëhts le firent entrer au collège des Pères-Jésuites à Rome, où il soutint plusieurs thèses de philosophie à l'âge de dix-sept ans. S'étant attaché à don Jérôme Colonna, devenu plus tard cardinal, il passa avec lui en Espagne, où il s'appliqua h l'étude des lois et de la langue espagnole dans l'université d'Alcala. Trois ans s'écoulèrent ainsi, pendant lesquels le jéuhe Mazarin, ne pouvant donner l'essor à l'activité de son imagination, embrassa , à l'âge de vingt ans, l'exercice des armes. Soutenu de la faveur de la maison Colonna, il obtint une lieutenance dans le régiment du prince de Palestrine, et retourna en Italie.

» Etant en garnison à Milan, il fit connaissance avec Jean-François Sacchetti, commissaire général des troupes de pied de Sa Sainteté, envoyées pour prendre possession de la Valteline. Ces troupes ayant été licenciées, Mazarin ne quitta point Sacchetti, et vint avec lui à Sens, où le cardinal Sacchetti, frère du précédent, était évêque. N'étant revêtu d'aucun titre, d'aucun emploi, sa position était assez fausse ; mais enfin il gagna si bien les bonnes grâces des deux frères, que, le cardinal étant fait légat à Ferrare, et surintendant des armes de cette légation, il voulut que son frère Jean François, à qui il donna le commandement des milices, prît Mazarin avec lui. Mais celui-ci, dont le coup d'oeil juste et pénétrant égalait l'ambition, vit bientôt qu'il n'y avait rien à faire pour lui dans la carrière des armes. Il quitta donc Jean- François Sacchetti^ et parvint à rentrer à la cour du cardinal, où il ne fit pas long séjour, pour la même raison. Il essaya pareillement de se faire admettre à la suite du cardinal Antoine, neveu de Sa Sainteté; mais sa tentative échoua encore.

» Rebuté par tant d'efforts infructueux, il avait, en désespoir de cause, repris depuis plus d'un an l'étude des lois, lorsque la guerre qui s'alluma dans le duché de Mantoue par la mort du dernier duc Vincent, vint enfin ouvrir à Mazarin le chemin de la fortune. Cette guerre ayant obligé le pape d'envoyer à Milan Jean- François Sacchetti, celui-ci reprit auprès de lui son ancien protégé, sachant par expérience que c'était un homme d'esprit et d'étude. C'est ici que commence véritablement la carrière politique du futur ministre de Louis XIII et de Louis XIV. Il donna en effet, dans cette circonstance, tant de preuves d'intelligence et de capacité en défendant les intérêts de la cour de Rome, que Sacchetti étant retourné pour prendre le gouvernement de sa propre maison, qui se trouvait privée de son chef par la mort de son frère le cardinal, le pape résolut de se servir directement de Mazarin sans envoyer personne pour remplacer Sacchetti. »

Il serait trop long de suivre ici Mazarin dans toutes les négociations dont il fut chargé pendant ces guerres d'Italie. Employé successivement par le pape, par le cardinal Antoine et par le duc de Savoie lui-même, il donna partout des preuves d'une huile capacité, tout en penchant néanmoins d'une manière sensible pour les intérêts de la France. Suivant toute probabilité, on fut redevable de ce résultat aux séductions, à la puissante influence exercées par Richelieu sur l'esprit de Mazarin, chez lequel ces nouvelles dispositions datent précisément de la première entrevue qu'il eut à Lyon avec le cardinal ministre, en i63o (i).

(I) On rapporte que Richelieu en sortant de cet entretien dit dii'il venait de iiarler an nlns jri.iml lu>» d'Pi.'it rtn'H

tlabitué à juger les hommes, Richelieu avait promptement calculé tout le parti qu'il pouvait tirer de Mazarin dans les affaires d'Italie, qui absorbaient alors toute son attention. A chaque mission dont il fut chargé auprès de Louis XIII, la coiir, la ville et le cardinal rivalisèrent donc de témoignages de bienveillance envers le jeune diplomate, à tel point que celui-ci étant tombé malade, il fut honoré d'une visite de Sa Majesté. Tant de flatteuses prévenances ne furent point perdues. En voici un exemple :

* L'arme'e de France étant entrée en Piémont, s'approcha de Cazal. Le légat, effrayé, se hâta d'envoyer à sa rencontre le jeune Mazarin, qui, par sa conduite et son habileté admirable dans les conférences de Guirasco, fit enfin signer un traité de paix par lequel le duc de Savoie s'obligeait à céder Pignerol à la France. Les Espagnols, outrés de ce qu'ils appelaient une trahison, en portèrent de vives plaintes à la cour de Rome, de manière que tout autre que Mazarin se serait de ce pas réfugié en France. Il n'en fit rien cependant, et sut si bien adoucir par ses raisons et les uns et les autres, qu'au lieu de le frapper de sa disgrâce, le cardinal Antoine le nomma, du consentement du pape, son auditeur général dans la légation d'Avignon. Plus tard, Sa Sainteté ayant reconnu qu'il était véritablementhomme d'affaires d'Etat, le déclara son prélat domestique, le fit vice-légat en Avignon, et l'envoya enfin, en cette qualité, à la cour de France, pour obtenir du roi trèschrétien la restitution du duché de Lorraine, dont Sa Majesté venait de s'emparer.

»Soit que l'envoyé papal appuyât faiblement sa demande, ou que Richelieu tînt vivement à sa conquête, Mazarin ne put obtenir ce pourquoi il était venu. Mais les deux ans que dura sa mission auprès de la cour de France, il sut les employer avec fruit pour seconder les desseins qu'il nourrissait secrètement. Dès son arrivée à Paris, il renoua amitié avec les personnes de son ancienne connaissance, et particulièrement avec le comte de Chauvigny, secrétaire d'Etat, qui le mit tout à fait bien dans l'esprit de Richelieu, et lai fit avoir une grande correspondance avec tous les ministres et tous les grands de cette cour (2).

» Etant de retour à Rome, auprès du pape, il ne laissa pas d'entretenir une correspondance fort active avec Richelieu ; et comme il voyait très-souvent Sa Sainteté, il la fit consentir à ce que son neveu, le cardinal Antoine, fût honoré de la protedion directe et publique du roi très-chrétien. Ce trait acheva de convaincre les Espagnols de l'affection de Mazarin pour la France, c'est pourquoi ils jurèrent sa perte. Mais Louis XIII l'ayant reconnu, et sachant que toutes les traverses, que tous ces dégoûts n'arrivaient à cet homme que pour la trop grande affection qu'il avait témoignée à son Etat, l'appela définitivement en France,

eût jamais vu. Cet aveu delà part du cardinal n'est pas trop en rapport avec son amour-propre excessif et son caractère réfléchi.

(2) C'est ce même comte de Chauvigny que, quelques années plus tard, Mazarin, alors au faîte de la puissance, fit jeter dans les prisons de Vinccnncs. Il est vrai que cherchant à se venger de sa destitution de secrétaire d'Etat, Chauvigny voulut faire tomber le cardinal et s'élever sur ses ruines. Mais enfin, comme le dit un autre manuscrit, où est raconté cet événement : « Voilà ce que Mazarin donna à l'ancienne amitié, et aux étroites obligations, auxquelles on fait assez KnHvpHl li.inniirmiitp dans le monde. »

où il arriva an commencement de l'année iG'Jq. — Dans ce moment mourut le père Joseph, capucin dont Richelieu se servait dans toutes ses affaires de consé-: quence. Le roi avait nommé ce père Joseph au cardinalat ; mais comme on n'avait pas voulu reconnaître celle promotion dans le saint Siège, ce chapeau était demeuré à la disposition du roi, cpii nomma Mazarin cardinal à la place du capucin. A peu de jours de là, Richelieu le désigna à Sa Majesté comme l'un des plénipotentiaires pour traiter de la paix à Munsler ; à son retour, il l'envoya en qualité d'ambassadeur extraordinaire en Piémont pour des affaires d'une haute importance. La confiance que Richelieu, sur la lin de sa vie, témoignait à Mazarin, était entière, et semblait le désigner au roi et à la France pour son successeur. Le zèle de ce dernier, il faut bien le reconnaître, répondait à ces témoignages d'estime par les services qu'il rendait à l'Etat. Il donna les moyens de prendre Sedan, lit rendre ïortone, et attira le prince de Monaco dans le parti de la France. La pourpre lui fut promise à Rome, en décembre 164.1 ; il se disposait à s'y rendre pour y recevoir le chapeau de cardinal ; mais la maladie de Richelieu empirant tous les jours, il différa son voyage, craignant que, pendant son absence, quelqu'un ne se substituât à sa place dans les bonnes grâces du roi. Le cardinal mourut en effet peu de temps après ( 1641 ), et tout aussitôt Sa Majesté nomma Mazarin pour son successeur, l'assurant qu'il l'avait préféré de sa propre inclination à tant d'autres grands hommes qu'il avait dans son Etal. Dès ce moment Mazarin se cpnforma entièrement aux sentiments du roi, prenant une grande attention à ne pas lui don-» ner le moindre ombrage d'une puissance odieuse, d'après la connaissance qu'il avait des raisons qui avaient fait concevoir à Louis XIII une sorte d'aversion pour son prédécesseur. Celte adroite conduite réussit si bien à Mazarin, qu'il se rendit bientôt maître absolu des volontés du roi, et qu'il devint l'un de ses plus secrets confidents. »

LouisXII I, comme on lésait, ne survécut pas longtemps à Richelieu. Sa mort, arrivéeen 1643, laissa Louis XIV mineur et la régence entre les mains de la reine, sa femme, sous la direction du conseil de régence. Anne d'Autriche, qui avait été persécutée par Richelieu, se débarrassa promptementdes partisans du ministre défunt, et ce n'est pas une des moins grandes preuves d'hahileté de Mazarin que d'avoir su se maintenir au I ouvoir dans cette situation difficile. — Quoique l'une des créatures de Richelieu, non-seulement il ne perdit pas la faveur de la reine, mais elle lui conserva l'entière direction des affaires. Ce fut de celte faveur, poussée jusqu'à l'obstination dans l'esprit d'Anne d'Autriche, que naquirent les guerres de la Fronde.

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