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INSTRUMENTS TRANCHANTS DES ANCIENS

C'est en vain que l'on prétendrait désigner l'époque précise à laquelle les hommes commencèrent à fabriquer des instruments tranchants avec les métaux. Jusqu'ici personne n'a réussi à résoudre ce problème. Tous les auteurs s'accordent à affirmer que les anciens confectionnaient leurs instruments avec toutes sortes de

matériaux. Bien que le fer fût connu longtemps avant le déluge, il y a toute raison de croire que l'on perdit par la suite le secret de l'extraire du minerai. Tubalcaïn, ijui vivait près de 4>ooo ans avant l'ère chrétienne, était très-habile à travailler le fer et le cuivre, ainsi que nous le dit la Genèse, et Abraham prit un couteau pour tuer son filslsaac. Dans ces premiers temps, on fait mention également de forceps et de la tondaison des moutons; mais il n'est pas permis de conclure de là que cette dernière opération se fit avec des instruments en mêlai; en effet, le président Goguel nous assure que les générations d'alors employaient, pour tous les usages domestiques, des pierres, des cailloux, les cornes et les os de divers animaux, des coquilles de poissons, des joncs et des épines ; et l'on trouve assez souvent encore de nos jours des oui ils en pierre dans plusieurs parties de l'Europe et de l'Asie, ainsi que d;ins les tombeaux des premiers habitants du Pérou. Le capitaine Dampier en rencontra de semblables à Guam, une des îles Ladrones, et à la Nouvelle -Bretagne, qui est beaucoup plus au midi de l'équateur.

Hérodote, en décrivant les cérémonies des mariages arabes, dit que, « dans de pareilles occasions, un parent d'un des fiancés se met entre les deux, et avec une pierre aiguë ouvre une veine de la main de chacun des contractants; il prend ensuite une pièce de leurs vêtements, et la trempe dans leur sang» ( liv. m, § 8 ). — Ces pierres appartenaient sans doute à l'espèce appelée Ccraunia (ou pierres de tonnerre), telles que l'on en voit dans plusieurs musées d'histoire naturelle. Le même historien rapporte que les Egyptiens se servaient d'une pierre éthiopienne, pour ouvrir les corps de leurs morts dans le procédé de l'embaumement, et nous lisons dans YExude que la circoncision se faisait avec la même substance (ch. iv, a3). Le poète Hésiode, qui vivait 1000 ans avant Jésus-Christ, affirme que le soc était formé d'un genre de chêne très-dur {Opéra et dies, p. 436;. De ces témoignages, il résulte que les outils et les instruments en fer, en supposant qu'ils fussent connus, étaient excessivement rares parmi les nations primitives. D'ailleurs, nous ne voyons nulle part que Moïse ait employé le fer dans la formation du tabernacle, ni que Salomon en ait fait usage dans la construction du temple de Jérusalem, quoiqu'il existât à une époque encore plus reculée, selon le Deutéronome, des haches en fer pour fendre le bois (xxvn, 5). C'était sans doute la grande difficulté qu'éprouvaient les Hébreux dans l'extraction du fer, qui les empêchait de s'en servir dans les édifices qu'ils élevaient ; et, comme une autre preuve de sa rareté chez eux, nous remarquons que Moïse, en faisant Fénumération aux Israélites des précieuses productions de la Palestine, leur dit que « dans cette terre les pierres sont en fer, et que le cuivre abonde dans les entrailles de ses col lines. »

Quelques siècles pins tard, Homère nous montre Achille désignant un disque de fer parmi les principaux prix qui devaient être accordés aux jeux institués en l'honneur dePalrocle (Iliade, a3). C'est en faisant allusion à ce passage, que madame Dacier dit dans un de ses ouvrages : « Voilà une preuve que le fer était alors regardé comme une chose d'une grande valeur, et que toutes les armes étaient en cuivre. » Diodore de Sicile et Ovide attribuent l'invention delà scia (premier outil métallique, selon eux, dont nous ayons connaissance)

au neveu de Dédale, l'architecte grec, qui vivait 60 ans avant la construction du Temple. Celui-ci, ayant réussi à couper en deux un morceau de bois avec une mâchoire de serpent qu'il avait trouvée par hasard dans les champs, conçut l'heureuse idée de cet instrument utile, et bientôt après confectionna une scie en métal.

De tous les métaux, il n'y en a aucun qui soit disséminé aussi abondamment sur la surface de la terre que le fer; mais la chaleur requise pour le séparer de son minerai est si considérable, qu'il n'est pas surprenant que des nations entières aient ignoré longtemps son existence, ni que les générations qui vinrent immédiatement après le déluge aient eu de la peine à retrouvrer cet art curieux. En conséquence, nous remarquons que des lances et d'autres instruments pour l'extermination des bêtes sauvages, et même pour l'agriculture, étaient faits d'or et d'argent, ainsi que l'usage en prévalait chez les Arabes, selon Diodore de Sicile. Afin de se rendre compte de ce phénomène, il faut se rappeler que les métaux précieux, l'or et l'argent, étaient infiniment moins précieux autrefois qu'aujourd'hui.Une quantité de faits viennent confirmer cette vérité. Plusieurs écrivains rapportent que les Phéniciens ayant ramassé en Egypte plus d'argent qu'il n'en fallait pour remplir leurs vaisseaux, ôlèrent de leurs ancres de bois le plomb qui les couvrait, et mirent de l'argent à la place. Nous lisons, dans l'Histoire of the Wonderfidl Things of nature de Johnson, que les habitants de l'île de Zabure échangèrent 25o livres d'or contre i/J livres de fer (p. 123) ;

et Diodore dit que le tombeau de Simandius était entouré d'un cercle d'or long de 365 coudées, et d'un pied et demi d'épaisseur.

Sémiramis érigea à Babylone trois statues d'or, dont une avait 40 pieds de haut et pesait ïooo talents; elle fit aussi, pour le culte de ces statues, une table ou autel d'or de 38 pieds de long et de 12 pieds de large, qui pesait 5o talents. Le premier livre des Bois nous apprend que Salomon reçut dans une seule année 666 talents d'or, ce qui fait plus de 54o quintaux de notre mesure. L'historien ajoute que « tous les vases à boire » du grand sage étaient en or, et tous les ustensiles de » la maison de la forêt du Liban étaient en or pur : » il n'en existait point en argent; on ne s'étonnait pas » de cela au temps de Salomon (chap. x, 21).» Hérodote nous dit que les Scythes plaçaient des coupes d'or dans les sépulcres de leurs rois, et nous voyons dans Pline que Néron et son impératrice ferraient leurs chevaux favoris d'or et d'argent. Ceux qui voudront consulter le deuxième volume de Y Archeologia ,y trouveront une lettrefort remarquable adressée par M. Paul Demidoff à M. Peter Collinson, qui vient bien à propos à notre sujet. Cette pièce curieuse, qui est datée de Saint-Pétersbourg et du 17 septembre 1764, contient la description d'une quantité d'objets en or massif que l'on venait de découvrir en Sibérie dans le tombeau d'un prince tartare.

{La suite à un prochain numéro.)

(Monuments anglais.— La croix dclaïplace du marclie de Chicbester.)

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Parti, imprimera de DECOURCIUNT, i ut d'JSi furlli , 1. — Presse méc, fuir, par Gihoidots

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