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LES FÊTES DOCTORRE. LES ARTISTES BAVAROIS

( Deuxième article. Voyez page 214. )

La musique fit une pause, et l'on acheva à la hâte les préparatifs de la course qui devait avoir lieu dans l'instant. Seize concurrents se présentèrent. Ne croyez pas qu'ils eussent aucun rapport avec nos élégants jockeys vêtus de couleurs éclatantes : la plupart étaient de gros lourdauds, cramponnés plutôt qu'assis sur leurs quadrupèdes. Quelques-uns montaient les mêmes chevaux qui leur avaient déjà valu une victoire devant le jury d'examen. Lorsqu'cnfin on laissa les nobles bêtes dévorer l'espace en liberté, on ne peut s'imaginer quelles bizarres contorsions l'envie, le désir, la crainte et l'espérance imprimèrent aux visages de leurs conducteurs. C'était une série de caricatures lancées au grand galop. Leurs évolutions terminées, ils vinrent loucher la somme préparée pour chacun d'eux; chacun d'eux, en effet, avait bien mérité du public en donnant carrière a sa verve moqu- use.

La distribution paraissait finie, lorsqu'au bout d'un quart d'heure on vit une espèce de Sancho grimpé sur un mauvais bidet, s'élancer au petit trot vers le pavillon et réclamer le prix de ses efforts. Un grand éclat de 1 ire s'éleva de la foule, et le bon homme sembla s'enorgueillir de cet accueil ; ses camarades n'avaient pas excité la moitié du bruit causé par son arrivée. Il reçut une couronne, c'est-à-dire environ 6 li\

Comme la durée des fêtes est de deux semaines, l'administration ménage les plaisirs du peuple de manière à ce que chaque jour ait sa paît. Or, le programme du dimanche étant épuisé, l'on se dispersa dans toutes les directions, les uns pour aller voir le Muséum d'histoire

naturelle, les autres pour se rendre à la galerie des tableaux ou à la nouvelle résidence. Au lieu de suivre pas à pas les promeneurs, il vaut mieux réunir ensemble les différentes observations que suggèrent les endroits visités par eux, et dire quelques mots sur l'état desartsen Bavière. On nous permettra aussi de passer sous silence les divertissements du lundi et des jours suivants.

Il est de mode à présent que personne ne revienne de Munich sans avoir la tête, les mains et les poches pleines d'admiration, les voyageurs chantent ses louanges sur toutes les gammes. Je ne sais pourquoi l'on s'est avisé de l'appeler nouvelle Athènes : le seul nom qui pourrait lui convenir serait celui de Nouvelle- Alexandrie; encore ne rassemble-t-elle pas dans ses murs tous les éléments de la civilisation moderne, comme Alexandrie ceux de la culture grecque. Elle possède, il est vrai, une magnifique collection d'antiques, près de 6,000 tableaux, en comptant ceux de Schleisheim et d'Angsbourg, un cabinet d'ivoires peutêtre unique au monde, et l'on doit lui savoir gré du soin qu'elle a pris de réunir un si grand nombre d'objets importants; mais il ne faut pas que l'approbation s'étende jusqu'à ses ceuvres. Sous ce rapport, la ville, c'est le roi lui-même. Quoique excellent juge de productions des autres, Ludwig Ier n'a pas fait preuve d'une imagination bien puissante quand il a voulu s'inscrire au catalogue des poètes couronnés. Ajoutons que les artistes bavarois ne sont pas plus favorisés du ciel que leur chef.

•Si maintenant l'on demande sur quelle base repose cette pyramide d'éloges, au sommet de laquelle on veut transfigurer leur petit talent, la réponse n'est pas longue à trouver, car on pourrait, au besoin, dresser une table des procédés qu'ils emploient. Les couleurs, par exemple, sont divisées en catégories systématiques, voire même symboliques. La couleur jaune nankin exprime la force et l'éclat de la jeunesse. Pour les guer-

riers, on la corrobore d'une teinte chocolat. Est-ce une femme qu'on veut peindie, la malheureuse est enduite, depuis les pieds jusqu'à la tête, d'une couche de rose presque aussi fantastique que celle de M. Bosio. Quant aux cadavres, je vous laisse le plaisir d'imaginer de quelles incompréhensibles bigarrures ils sont tatoués. Connaissez-vous quelques-uns de ces tableaux en vogue sous la restauration, dans lesquels deux sourcils rassemblés en accolade, deux yeux tellement ouverts que la prunelle y nage au milieu d'une cornée gigantesque, sont les signes extérieurs et pour ainsi dire hiératiques de la colère? Les muscles du visage forment des saillies qu'on prendrait pour les nervures d'une voûte gothique, les dents grincent, les cheveux se tordent comme des serpents.

Exceptons toutefois de cette condamnation générale MM. Kaltenmaser, Kaiser et Badmer. Le mérite de ces artistes n'est pas fictif comme celui de leurs confrères. Aussi sont-ils moins heureux, moins connus et moins récompensés. J'ai vu du premier une petite toile exposée à la réunion des arts, qui représente l'intérieur d'une chaumière habitée par un Tyrolien et sa famille. On ne rencontrerait peut-être pas parmi les chefs-d'œuvre de Gérard Dow une composition d'un travail plus délicat et plus fini. Le dessin, la perspective, le coloris les moindres détails annoncent une rare habileté. Un paysage du second m'a fait l'effet d'une de ces choses, que, suivant l'expression de Byron,on voudrait acheter ou voler. M. Badiner est un lithographe remarquable.

Voilà pour la peinture. Si nous voulons passer en revue les édifices tant célébrés de Munich, nous n'arriverons pas à des conclusions plus satisfaisantes.

Les Allemands ne repoussent pas plus le système bysantin et le système gothique que le style grec. Mais faute d'avoir commencé par faire la science de ces deux sortes d'architecture avant de chercher à imiter leurs productions, ils sont tombés dans les plus étranges bévues.

(Le tombeau de J.-J. Rousseau, à Ermenonville. (Voy. la note de la page 227.) les Bureaux d'Jbonnement et de T'cnte sont rue de Seine- Saint-Germain, 9.

l'aria, imprimerie de DiaoQAtRANr, rue d'Erfurth. 1. — Presse mec. fobr. pur Girûi'dot. j

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