‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 154 sur 268 · POÉSIES DE L'HINDOUSTANI · texte numérisé non relu

POÉSIES DE L'HINDOUSTANI

Ce nom exotique et bizarre, qui frappe quelquefois nos yeux et nos oreilles, n'est rien moins que celui du langage des habitants de l'Inde entière, Cet idiome, dont la dénomination orientale n'a pas été altérée, existe au milieu de cette vaste population de cent trente millions d'hommes, comme une sorte de lingua fiança que tout

le monde entend et parle plus ou moins. C'est celte langue dont Jacquemont fut obligé de se servir dans ses voyages; cette langue que le général Allard emploie à Lahore pour être compris de ses soldats.

Ceux qui aiment la poésie orientale ont dans les ouvrages hindoustani de quoi satisfaite leur goût. Ils peuvent lire surtout des poëmes et des romans ou abondent des descriptions, où l'on trouve des faits instructifs parmi des figures remarquables par leur hardiesse ou leur originalité. Les fragments poétiques dont nous joignons ici la traduction, et qui ne paraissent pas dénués d'intérêt, pourront donner au lecteur une idée de ces tableaux descriptifs qu'on rencontre fréquemment dans les livres hindoustani.

i/été.

« En voyant arriver cette calamiteuse saison, chacun est troublé dans son esprit et s'écrie : Je suis mort. La chaleur du soleil est en effet si excessive que jusqu'au nid des oiseaux tout est brûlé. On dirait qu'il tombe du firmament une pluie de feu, et que des étincelles sans nombre remplissent l'air. Les creux pratiqués autour des arbres pour conserver l'eau de la pluie, les ruisseaux et les petites rivières sont entièrement secs. Les oiseaux et les quadrupèdes errent de toutes parts à la recherche de l'ombre. Doit-on blâmer l'homme de s'entourer dans cette saison de tout ce qui peut contribuer à son bien-être? On a soin de préparer d'avance une chambre souterraine, parce que là seulement on peut trouver quelque repos.

» Au milieu s'élève un bassin rempli d'eau de rose et de musc ; des parfums suaves embaument l'air ; les murs sont recouverts de nattes tressées avec du vettiver sur lesquelles on jette sans cesse de l'eau. On agite continuellement le pankha, et c'est ainsi qu'on peut jouir d'une température agréable, au milieu des ardeurs de l'été, et que la saison des pluies semble avoir remplacé celle de l'étouffante chaleur. Tandis que chacun évite de sortir de ces chambres froides, j'erre à l'aventure, agité par l'amour, sans me mettre en peine de l'ombre des arbres ni de celle des murs, tant est violente ma passion. Ainsi s'écoule ma vie. Je supporte du matin au soir les injustices de mes rivaux, et tandis que je fais mille avances à ma bien-atmée, je ne reçois jamais d'elle aucune marque de retour.

» Dans cette même saison, des orages et des tempe-* tes ont ordinairement lieu. Un vent impétueux s'élève jusqu'au ciel, il occasionne de nombreux accidents. Ceux qui voyagent par eau sont surtout à plaindre, leur navire est souvent submergé dans les flots. De toute façon, on ne parvient au rivage qu'après avoir passé d'affreux moments de terreur et quelquefois après avoir bu l'onde amère. C'est au point qu'on dit en proverbe que voyager par eau en ce temps, c'est se résigner à mourir.»

l'hiver.

« L'hiver est tellement rigoureux cette année, qu'au matin le soleil lui-même tremble de froid. Bien plus, on dirait qu'il n'y a pas de soleil dans le ciel, et que le firmament cache ce réchaud dans son sein. La couche d'écume verdâtre qui, en ce temps, surmonte l'eau des étangs, a l'apparence d'une couverture de cachemirc. On passe la journée à se réchauffer aux rayons

du soleil, et, à la nuit, on s'enveloppe dans un brun lapis. Le ciel est toujours revêtu de son manteau desatin; c'est la voie lactée qui apparaît sous le costume du pandit. Le héron vient se reposer sur la rivière et s'envole ensuite à tire d'aile.

» Il est tombé dans les rues de la neige tellement blanche, qu'elles ressemblent au cardeur lorsqu'il est

recouvert de flocons de coton Du ciel sort un bruit

sourd. Un vent froid et violent se fait sentir; il secoue fortement les arbres jour et nuit. Grands et petits ont les mains engourdies par le froid; mais les plus riches sont réellement enveloppés de coton comme la poire ou le raisin qu'on veut conserver. Si vous allez chez les confiseurs et que vous regardiez leur étalage, vous n'y verrez que de la neige. — Mais je crains bien que le lecteur ne trouve froid ce tableau du froid; j'espère néanmoins qu'eu égard à la saison que je décris, on m'aura pour excuse. »

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