‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 156 sur 268 · NAVIGATION SOUS-MARINE · texte numérisé non relu

NAVIGATION SOUS-MARINE

On lisait dernièrement dans V armoricain, journal de la Bretagne :

« Depuis quelque temps, l'attention publique est vivement occupée par les expériences faites récemment à Paris par M. Villeroy, d'un bateau sous-marin de son invention. Sans chercher à enlever à cet honorable ingénieur la célébrité que lui procure le voisinage des savants et surtout des journaux, je sollicite un moment d'attention pour rappeler les titres d'illustration, non moins valables quoique oubliés, cpi'a un habile ingénieur américain à celte même invention. En effet, c'est Fulton qui, le premier, a fait un bateau sous-marin naviguant bien entre deux eaux ; c'est aussi lui qui a fait le premier bateau à vapeur qui ait complètement réussi. On lui doit également 1 invention des colombiades, torpilles, et l'importation en France du premier panorama.

» N'ayant pu faire adopter ses projets de navigation à vapeur en Angleterre, Fulton vint en France, pensant trouver, dans le premier consul Bonaparte, un digne appréciateur de ses idées nouvelles; mais celui-ci ne vit en lui qu'un charlatan, un escroc qui voulait seulement attraper de l'argent. Après cinq années perdues en vaines sollicitations, il réussit cependant à exécuter au Havre, en 1801, un bateau sous-marin (qui n'est point encore payé; nommé Nautilus, avec lequel il vint à Brest.

» Il résulte du rapport d'une commission que, le 3 juillet 1801, Fulton, accompagné de trois hommes, fit, en rade de Brest, une immersion. 11 plongea à la profondeur de 25 pieds, pendant une heure, dans une obscurité complète, ayant oublié de se procurer des moyens d'éclairage. Il plongea de nouveau, une autre fois, avec des lumières ; mais reconnaissant qu'elles consommaient beaucoup d'air, il se décida à pratiquer une ouverture de 18 lignes de diamètre, garnie d'un verre épais, à la partie supérieure. Il plongea encore le 24 du même mois; il avait assez de clarté sous l'eau pour compter les minutes sur la montre.

» Le 26, il sortit de Brest avec son bateau à la voile; arrivé en rade, il fit tout à coup amener les voiles, et en deux minutes il plongea. Deux hommes appliqués au mécanisme firent marcher le bateau ; en sept minutes il parcourut 400 mètres. Il lui fit faire diverses évolutions pour s'exercer; il trouva que son bateau gouvernait fort bien sous l'eau, et que la boussole ne perdait rien de ses propriéte's.

» Le 7 août, Fulton fit une nouvelle expérience. Il emporta un globe de cuivre d'un pied cube, rempli de 200 pieds cubes d'air comprimé. Il était toujours accompagné de trois personnes. Au bout d'une heure quarante minutes d'immersion, il commença à laisser échapper de temps à autre de l'air frais de réserve. Enfin, après un séjour continu de quatre heures vingt minutes, il remonta sans avoir éprouvé d'incommodité.

» Il s'occupa ensuite d'employer son bateau à faire

éclater sous l'eau un pétard de vingt livres de poudre, et réussit, par ce moyen, à faire sauter une chaloupe en présence des principales autorités maritimes. Un jour, il fut sur le point d'atteindre et de faire sauter un vaisseau anglais de 74, qui n'échappa à une destruction certaine et imprévue qu'en virant de bord.

» M. Clément Désormes, professeur de chimie industrielle à Paris, m'a dit avoir plongé avec Fulton pendant deux heures et demie, et avoir été convaincu de la possibilité de naviguer entre deux eaux sans danger.

» Ces expériences, faites loin du gouvernement et du public dominant, ne valurent à Fulton que le refus de solder les engagements contractés envers lui, et il fût peut-être mort de misère sans sa ferme persévérance, et si le premier panorama établi à Paris ne lui eûtpro curé un gain considérable.

» Le gouvernement anglais chercha alors à s'attacher Fulton. Cet illustre étranger essaya de faire sauter plusieurs canonnières françaises devant Boulogne, au moyen de torpilles ou pétards sous-marins; mais le manque de succès lui fit beaucoup de tort, et c'est en vain que, plus tard, il fit sauter un vieux brick de 200 tonneaux. Découragé, il retourna aux Etats-Unis, où il construisit enfin le Clermont, premier bateau à vapeur qui ait navigué utilement. Son succès lui ayant valu une haute réputation et une grande amélioration de fortune, il reprit ses essais de navigation sous-marine, et s'occupait de la construction d'un bateau long de 80 pieds, lorsqu'une mort prématurée interrompit le cours de ses glorieux travaux.

» M. de Montgéry, l'un des officiers les plus instruits de notre marine, s'est livré à de nombreuses recherches sur la navigation sous-marine, dont il a trouvé des traces chez les anciens.

» Les succès de Fulton doivent encourager M. Ville-

roy, et prouvent que, dans l'état actuel de nos connaissances, on ne peut plus révoquer en doute la possibilité de naviguer entre deux eaux, de livrer une guerre d'extermination aux marines actuelles, et de rendre toute guerre maritime, et peut-être même toute navigation impossible. »

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