MONUMENTS DE PARIS
l'ancien garde meuble i>e la couronne, aujourd'hui le ministère DE LA. MARINE.
(Vue de l'ancien Gai de-Meuble.)
On a souvent critiqué le style que'que peu lourd de l'ancien Garde - Meuble de là couronne, et surtout celui du rez-de-chaussée qui ressemble, a-t-on dit, à une prison; malgré tout ce que ces critiques ont de vrai, ce monument et celui qui lui sert de pendant de l'autre côté de la rue Royale, ont, vus du milieu de la place Louis XV, un air imposant, et se marient bien avec les autres détails du magnifie) ue tableau qui s'offre aux yeux du spectateur. On entrait jadis au Garde-Meuble par l'arcade du milieu de la façade ; un escalier orné de bustes, de termes et de statues antiejues, conduisait dans plusieurs salles. La première était consacrée aux armures étrangères et françaises : on y voyait celle que portait François Ier à la bataille de Pavie (i) ; celle dont était revêtu Henri II lorsqu'il fut blessé à mort par Montgommeri ; celles de Henri III, de Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV : cette dernière était un présent de la république de Venise. On
(1) Voyez le Magasin universel, V année, p. 207. TOME III. - Avril 1836.
voyait dans là même salle deux épées de Henri IV, celle du roi Casimir et celle du saint père le pape Paul V.
Au milieu de cette salle étaient deux petits canons montés sur leur affût, damasquinés en argent, offerts à Louis XIV par les ambassadeurs du roi de Siam ; ces canons ont servi à la prise de la Bastille. Il y avait aussi une foule d'armes anciennes et modernes.
Dans une autre salle étaient de riches tapisseries faites à diverses époques en France et à l'étranger.
Une troisième salle contenait une précieuse collection de bijoux, d'ornements d'autels, de présents envoyés au roi par des princes orientaux. Entre autres richesses il convient de mentionner la chapelle d'or du cardinal de Richelieu, dont toutes les pièces étaient d'or massif et enrichies de diamants. Les chandeliers valaient deux cent mille livres; ils étaient ornés de deux mille cinq cent seize diamants.
Dans les diverses pièces du Garde-Meuble, ainsi que dans l'escalier et la galerie, se trouvaient un grand nombre de ligures en bronze, en marbre, la
plupart modernes et quelques-unes antiques. Il s'y trouvait aussi quatre-vingt-huit tableaux dont sept à huit avaient quelque mérite.
Les diamants de la couronne étaient renfermés dans une commode de l'une des salles du Garde-Mruble. L'inventaire fait par ordre de l'Assemblée législative, en 1791, apprend que le nombre des diamants s'élevait alorsàsept millequatre cent quatre-vingt-deux, sans y comprendre quelques objets que le roi, dit le rapport, avait fait vendre depuis 1784, ou que l'on avait employés pour une parure de la reine, Depuis cette année 1784, le roi avait fait acheter des diamants en bien plus grand nombre que ceux qu'il avait vendus.
En outre des diamants proprement dits, le Garde- Meuble renfermait un certain nombre de rubis, de topazes, d'émeraudes, de saphirs d'améthistes, orientales et d'autres pièces de moindre valeur!
Dans la nuit du 16 au 17 octobre 179^, des voleurs pénétrèrent dans le Garde-Meuble et enlevèrent presque tous les diamants, au nombre desquels étaient le Sanci et le Régent (1). Les soldats préposés à la garde de l'hôtel étaient postés dans l'intérieur; aussi les voleurs eurent-ils le soin de pénétrer par dehors. Ce vol, on le voit, rappelle assez par ses circonstances celui des médailles de la Bibliothèque royale.
On sait que, quelques jours après, on arrêta un assc z grand nombre des auteurs du délit, et que la plupart des objets volés furent retrouvés par la suite.
L'ancien Garde - Meuble de la couronne a été, depuis la révolution, affecté au ministère de la marine. On a dressé un télégraphe, qui correspond à celui de Brest, sur le pavillon de l'hôtel qui est le plus proche des Tuileries, et l'entrée principale du ministère a été prise sur la rue Royale.