LE HAVRE-DE-GRACE
(Vue (lu port d'entrée du Havre.)
Qui pourrait s'imaginer que le Havre, dont il est prouvé que le sol n'existait pas même au commencement du xve siècle, ait eu des historiens assez intrépides pour en faire une ville qui florissait, disent-ils, à l'époque de la conquête des Gaules? Les moins audacieux se contentent d'en faire un camp de Jules César. Quand on ne saurait pas que le sol de cette contrée ne compte guère plus de trois siècles d'existence, on reconnaîtrait presque à la première inspection qu'il a été récemment abandonné par les eaux, et on comprendrait alors l'abondante fécondité des pâturages, et le luxe des moissons qui l'enrichissent de leur active végétation. Situé à l'extrémité de la riante vallée de deux lieues d'étendue qui le sépare de Harfleur, et dont la grande route suit les bords unis et faciles, le Havre paraît s'en détacher et sortir du sein des eaux surlesquellesila été conquis. La forêt de mâts qui s'élève de ses bassins l'annonce de bien loin aux regards.
Non loin de cette riche cité marchande, vous rencontrez le village de Gra celle, dont les curieux vont toujours visiter l'ancienne abbaye en ruines. La Seine baignait jadis le pied de ses coteaux, et l'on montre encore d'énormes anneaux de fer qui servaient à amarrer jadis les bâtiments aux murs inférieurs du château de Graville ; aujourd'hui les eaux du fleuve coulent à plus de deux lieues de là.