DES ARABES ÉTHIOPIENS
Pour les Arabes, les ruines n'ont point d'histoire ; leur imagination en fait le séjour préféré des fées et des génies quand le site est riant et animé, et des esprits malfaisants quand l'aspect en est triste et sombre. Leur cupidité ne voit dans les excavations souterraines que les trésors qu'ils y supposent cachés. Le savant européen, celuiquia quitté la vie molleet douce de sa patrie pour venir, au milieu des privations et des fatigues du désert, chercher là quelques pages perdues des annales du genre humain, quelques traces d'une civilisation éteinte, n'est pour eux que le magicien des Mille et une nuits.
Un Arabe, dans l'île d'Argo, demandait à un savant voyageur anglais, M. Hoskins, s'il était content des trésors qu'il avait recueillis dans son voyage ; puis, s'adressant aux Arabes qui l'écoutaient, il leur racontait « qu'ayant un jour accompagné des Anglais aux ruines de Dendcrah, ceux-ci mirent la main sur un riche trésor; mais le diable leur apparut tout à coup et leur déclara qu'ils ne l'enlèveraient pas avant de lui avoir fait présent d'un beau melon pour se rafraîchir: c'était un bon marché, mais les Anglais étaient fort embarrassés, car il ne vient pas de melons dans les ruines de Denderah. Ils prièrent donc le diable de vouloir bien accepter un autre présent. Lui, qui tenait au melon, ne voulut pas en démordre, et les Anglais, qui tenaient au trésor, envoyèrent un de leurs gens à Kenneh avec ordre d'acheter le plus gros melon du pays; il leur en vint un énorme qu'ils s'empressèrent d'offrir au diable. Au même instant il tomba sur les Anglais une pluie d'or tellement abondante, qu'ils furent obligés de prendre un bateau dongolah pour transporter ce trésor en Egypte, » L'Arabe racontait cette fable comme un homme persuadé, et affirmait sur sa barbe et par le nom sacré du prophète la vérité de son récit.