L'ANANAS
Ceux de nos lecteurs qui ont voyagé dans les contrées équatoriales, ou qui ont étudié l'horticulture, savent que Yananas, si recherché en Europe par les riches gourmets, présente un grand nombre de variétés différentes par le goût, la couleur et la forme, et qu'il y en a même des espèces qui ne se peuvent manger et ne servent qu'à faire des haies. Des caractères distincts et bien tranchés séparent ces deux subdivisions. L'ananas de table, l'ananas proprement dit, a ses feuilles ciliées en leurs bords par des épines ; son épi est feuillu; toutes ses fleurs sont sur un réceptacle commun, et sa corolle ne forme qu'un seul pétale, tandis que les ananas de haies ont pour chaque fleur un réceptacle particulier, et que leur corolle est à plusieurs pétales. Ajoutons, pour l'acquit de notre conscience et la salisfaction de nos amateurs de botanique, que tous les ananas appartiennent à Yhexandrie-monogynie ou à la famille des narcissoïdes, c'est-à-dire que leur caractère est d'avoir un calice supérieur, persistant, à trois divisions; six étamines très-courtes; un ovaire inférieur, chargé d'un style filiforme, terminé par un stigmate
trifide, etc., etc. Quant au fruit, il est en forme de baie arrondie, ombiliquée, et renferme des semences oblongues et nombreuses.
Ces détails scientifiques seront peut-être fort peu intéressants pour la plupart de nos lecteurs qui aiment mieux apprendre quels soins conviennent à la culture de l'ananas de table. Admirateurs de la saveur délicieuse de l'ananas, de cet avantage qu'il possède de réunir à lui seul le goût et le parfum de la fraise, de la framboise, de la pèche, de la pomme de reinette et de plusieurs autres excellents fruits, ils comprendront sans peine que presque tous les propriétaires de serres chaudes aient voulu en cultiver chez eux.
Toutes les variétés d'ananas peuvent se multiplier par les semis ou par couronne. Les vieux pieds d'ananas fournissent plus ou moins ^œilletons qu'on enlève avec soin du tronc et de manière à l'endommager le moins possible. — Ces œilletons se mettent sur les tablettes d'une serre chaude ou dans tout autre lieu sec et chaud; et quand leur base est devenue sèche, ferme et coriace, on les confie à la terre; le mois d'avril convient à cette opération.
Quand on désire se servir de la couronne pour avoir un nouvel individu, on la coupe sur un fruit dans la ligne de démarcation, on en détache les feuilles inférieures dans toute la partie qui doit être enterrée, et
(Le fruit de l'ananas.
on la met sécher sur des planches jusqu'à ce que la plaie soit cicatrisée; alors on la plante et on la traite comme les œilletons.
La terre qui convient le mieux à la culture de l'ananas est celle d'un jardin potager; elle doit être riche, ni trop forte ni trop légère; on la compose en mêlant à de la terre fraîche de prairie, un tiers de fumier de vache consommé ou de fumier pourri d'une vieille couche à melons, et un demi-tiers de terre sablonneuse, la meilleure qu'on puisse trouver. On ne doit se servir de cette terre que six mois au moins après qu'elle aura été faite.
Il n'y a pas bien longtemps encore qu'on élève l'ananas en Europe, de manière à donner des fruits; dans les îles les plus chaudes des Indes occidentales, il est cultivé depuis un temps presque immémorial.