ANNEE I789. ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
4 juin. — Mort du Dauphin à Meudon.
Gj'uin. — Deputation du tiers-état au roi. La famille royale était plongée dans les larmes. La deputation insiste à trois reprises différentes pour être admise auprès du roi. Celui-ci donne enfin l'ordre de l'introduire. A cette occasion, Louis XVI ne peut s'empéeher de s'écrier : JV'j a-t-il donc point de père paimi ces messieurs de l'Assemblée !
\~juin. — La Chambre du tiers-état se constitue en Assemblée nationale. L'Assemblée du tiers-état, après avoir consulté ses forces, s'était constituée Chambre souveraine. Le nom de Chambre du tiers -état ne pouvait plifS lui convenir, après les réunions partielles des membres des deux premiers ordres. L'abbé Sieyès proposa la dénomination de Représentants de la nation ; Mirabeau s'éleva avec force contre ce titre et proposa d'y substituer celui de Repi ésentants du. peuple. Un M. Legrand, homme honnête mais faible, qui se distingua depuis à la Convention par son opposition courageuse au jugement de Louis XVI, proposa le titre d' 'Assemblée nationale, qui fut adopté à une immense majorité. C'est ainsi que la dénon i lalioti d'ëta/s-généraujr, la seule constitutionnelle en France, fut abolie à jamais.
2.0/itin. — La salle de la Chambre du tiers-état est fermée en vertu d'un ordre du roi.
Les députés du tiers se rendent au Jeu de Paume, précédés de M. Bai I ly leur président ; ils prennent aussitôt un arrêté ainsi conçu :
« L'Assemblée nationale, considérant qu'appelée à » lixcr la constitution du royaume, opérer la régéné- » ration de l'ordre public, et maintenir les vrais prin- » cipes de ia monarchie, rien ne peut l'empêcher de >> continuer ses délibérations, dans quelque lieu qu'elle h toit forcée de s'établir; et qu'enfin partout où ses » membres sont réunis, là est l'Assemblée nationale; » arrête que tous les membres de celle Assemblée ». prêteront à l'instant le serment de ne jamais se sépa- » ivr, et de se rassembler partout où les circonstances » l'exigeront, jusqu'à ce que la constitution du royaume » soit établie et fixée sur des fondements solides; et que » ledit serment étant prêté, tous les membres confir- » me» ont par leur signature celte résolution inebrau- » lable. » Tous les membres, un seul excepté, prêtent ce serment.
%%Juin. — Séance royale. Le roi casse et annulle les délibérations prises par le tiers-état le 17 de ce mois, comme illégales et inconstitutionnelles* Une déclaration en trente-cinq articles indique les bienfaits dont le roi veut faire jouir ses peuples. Le roi finit par donner l'ordre aux députés de se séparer et de se rendre le len lemain dans les chambres affectées spécialement à chaque ordre, pour y reprendre leurs séances. Après la sortie du roi, les députés de la noblesse et une partie de ceux du clergé se retirent, les autres restent. Le grand-maître des cérémonies entre, et dit au président : « Vous connaissez la volonté du roi. » Mirabeau s'écrie : « Allez dire à voire maître que nous sommes ■> ici par la volonté du peuple, et que nous ne quitterons
» nos places que par la volonté du peuple. » L'Assemblée décrète aussitôt qu'elle persiste dans ses précédents arrêtés, et déclare la personne de chaque député inviolable.
a4 juin. — Cent quatre-vingt-onze membres du clergé, formant la majorité de cet ordre, viennent se réunir à l'Assemblée.
25 juin. — Une partie de la noblesse, le duc d'Orléans en tête, vient se réunir au tiers-élat. Le président de la noblesse lit une lettre du comte d'Artois, qui l'engageait à se réunir, parce que la vie du roi était en danger,
g juin. — Le roi écrit à l'Assemblée nationale qu'il fixe à vingt-cinq millions la dépense de sa maison. 11 demande celte somme pour sa liste civile, et un douaire pour la reine : celte demande est accordée, et le douaire fixé à quatre millions.
l+juin. — Mort de Franklin. — Mirabeau, en l'annonçant, propose de décréter un deuil de trois jours. Adopté au milieu des applaudissements.
19 juin. L'Assemblée décrète que la noblesse héréditaire est pour toujours abolie en France; qu'en conséquence, les titres de marquis ^chevalier, ccuyer, comlc, vicomte, messire, baron, noble, duc, et tous autres tires que ce soit, ne seront ni pris ni donnés à personne; qu'aucun citoyen français ne pourra prendre que le vrai nom de sa famille; qu'il ne pourra non plus porter ni faire porter de livrées, ni avoir d'armoiries; que es titres de monseigneur ni de messcigneurs ne seront
plus donnés, ni à aucun corps, ni à aucun individu, non plus que les titres d'excellence, d'altesse, d'eminence, de grandeur. Un député demande que les frères du roi conservent le titre de monseigneur; M. de Lafayette s'y oppose.