LA NORMANDIE. — CAEN
(Une vue de Caon)
La première impression qu'un étranger reçoit en parcourant Caen, est celle qui résulte de la régularité do ses rues et de la belle construction de ses maisons et de ses monuments. Quoique ceux-ci soient presque gothiques, ils ont cependant une apparence de fraîcheur et de nouveauté qui surprend, quand on remarque le genre de leur architecture et quand on songe à l'époque de leur fondation. Cet avantage est dû à la qualité et à la beauté des pierres qui ont servi à leur construction. Toutes ont été tirées des carrières qui avoisinent Caen. Ces carrières sont pour le pays une source de richesses que huit siècles n'ont point encore tarie. C'est avec ces pierres qu'ont été bâties en Angleterre, du temps de Guillaume le Conquérant, l'abbaye de Westminster et celle de Saint-Martin. Le roi de Hollande en emploie dans ce moment pour la construction d'un nouveau palais. Il a fait aussi transporter pour le même usage une grande quantité de granit, autre produit du sol de ce département et de celui de la Manche, dont l'exportation prend chaque jour plus d'importance.
Il n'est pas étonnant que, placés au milieu de matériaux aussi abondants, une grande partie des habitants de la plaine de Caen ait dirigé son industrie vers leur emploi. Ce pays fournit des tailleurs de pierre à une grande partie de la France. On voit, au retour de chaque printemps, partir leurs nombreuses colonies; elles se dirigent vers les divers points où on se livre à de grandes et belles constructions, et quand la rigueur de Tome III. — Juin 1836.
lasaison a fermé le cercle de leurs travaux, ces industrieux ouvriers reviennent apporter à leurs femmes et à leurs enfants le salaire gagné et soigneusement économisé pendant l'absence.
Le tempset les efforts toujours croissants de l'industrie ajouteront peut-être encore une nouvelle branche à ces travaux, car il existe aussi, aux environs de Caen, plusieurs carrières de marbres qui égalent ceux dont s'enorgueillit le midi de la France. On en entrevoit des roches considérables et riches des plus brillantes couleurs à Vieux et à Fontenay-le-Marmion. C'est des carrières de Vieux, autrefois exploitées, que le cardinal de Richelieu fit tirer tout le marbre qui est entré dans la construction de la chapelle de la Sorbonne. Les antiquités trouvées aux environs de Caen prouvent que les Romains, qui aimaient les matériaux durables, n'ont pas non plus dédaigné ces marbres que l'on a abandonnés comme trop fragiles.
Ce u'e^t qu'à dater de la cession de la Neustrie aux Normands par Charles le Simple, en 912, que l'on commence à pouvoir parler de Caen avec quelque certitude historique. Il paraît que cette ville avait déjà une grande importance, puisque, à l'occasion d'une entrevue qui eut lieu trente-trois ans plus tard entre Richard Ier, duc de Normandie, et Louis IV, roi de France, elle est citée dans une ancienne chronique comme une des bonnes villes de la province. Quoi qu'il en soit, son accroissement fut considérable sous les ducs et surtout sous Guillaume le Conquérant. Ce
prince, que les chroniques du temps désignent comme un grand bâtisseur, devait aimer le séjour d'une ville à la porte de laquelle il trouvait de si abondants matériaux, et dont la population lui offrait de si liabiles ouvriers pour les mettre en œuvre. C'est à ses soins que nous devons les deux plus beaux monuments de Caen, l'abbaye de Saint-Etienne, dite l'Abbayeaux-Hommes, et celle de la Sainte-Trinité, dite l'Abbaye aux-Dames.
L'abbaye de Saint-Etienne est remarquable par l'élégance de ses doubles clochers ( voyez la vignette placée à la fin de ce numéro, page 296). Tout à côté de la porte de l'église est celle des bâtiments qu'occupaient anciennement les moines, et où l'on a placé, depuis la révolution, un collège de l'Université.
Quant à l'Abbaye-aux-Dames ou de la Trinité, l'un des préfets du département du Calvados, M. de Vandœuvre, a fait transporter dans les vastes bâtiments l'hôpital, situé auparavant sur le terrain plat de l'île Saint-Jean, où il s'opposait d'ailleurs au développement de la ville du côté du quai. Le sol est élevé, l'air est pur et sain à l'hôpital de la Sainte-Trinité : cet édifice est de plus entouré d'un vaste jardin et de plantations spacieuses. Le défaut d'eau était le seul obstacle qui présentât quelques difficultés à l'exécution du projet de M. de Vandoeuvre; mais, grâce à une machine à vapeur, l'eau circule dans les salles de l'hôpital, sur le sommet du coteau, avec autant d'abondance que sur les bords de l'Orne.
On prétend que Guillaume et Mathilde ont fondé ces deux abbayes pour expier l'infraction qu'ils avaient faite aux lois canoniques en se mariant malgré le degré de parenté qui existait entre eux. Peut-être n'ont-ils voulu que créer un magnifique asile à leurs cendres. Celles de Guillaume reposent au milieu du chœur de l'abbaye de Saint-Etienne, et celles de Mathilde dans l'église de la Sainte-Trinité. Leurs restes, deux fois dispersés, d'abord pendant les guerres de religion, et plus récemment pendant les désordres de l'anarchie, ont repris la place qu'ils occupaient primitivement. Ces deux abbayes, qui sont encore les deux plus beaux monuments de notre ville, comptent près de 800 ans d'existence, puisqu'elles furent achevées et dédiées de 1075 à 1080. Un savant antiquaire, l'abbé de La Rue, pense cependant que les deux pyramides qui couronnent l'abbaye de Saint-Etienne sont de deux siècles plus modernes, aussi bien que l'extérieur des bas-côtés.
Le port de Caen ne peut être considéré que comme un petitport de cabotage assez insigniGant;iI ne reçoit que des bâtiments de i5o à 200 tonneaux, et tout le commerce maritime de cette ville est concentré dans les mains de trois ou quatre armateurs. Les dangers que présente l'entrée de l'Orne, obstruée par des monceaux de sable, et l'impossibilité actuelle de naviguer sur son cours supérieur, laissent végéter Caen au rang des ports les plus secondaires. On assure cependant qu'en ouvrant une embouchure plus directe à l'Orne, entre Colleville et Ojstrcharn, on pourrait créer à Colleville un port maritime de premier ordre, et sous les murs de Caen un port de commerce dont l'importance s'accroîtrait en raison des travaux que l'on ferait pour rendre navigable le cours supérieur de l'Orne. Cette belle rivière, maintenant l'objet de quelques travaux, pourrait être mise en communication avec la Loire par la Sarthej ainsi elle établirait entre le nord et l'ouest de
la France une navigation intérieure et par conséquent exemple des tempêtes et des chances de guerre qui rendent le circuit par mer toujours plus ou moins périlleux.
Ce projet, qui aurait pour avantage local d'offrir un débouché facile et actif aux villes d'Angers, du Mans, d'Alençon, de Séez, d'Argentan, de Domfront et à tout le pays du Bocage, ce projet, disons-nous, a été conçu il y a près de trois cents ans sous François 1er. Vauban développa cette idée, et un académicien fameux, M. Duhamel, aidé d'un des habitants de Caen, M. de La Londe, démontra, en 1740, que l'exécution en était aussi facile que peu dispendieuse.
A n'envisager ce projet que sous le point de vue maritime, il présenterait un résultat immense, celui de fournir aux vaisseaux dé la France un refuge assuré en cas de guerre, refuge d'autant plus précieux qu'il comblerait l'immense lacune qui sépare la Hogue du Havre.
On se rappelle encore qu'en 1762 les Anglais surent faire tourner contre nous les avantages que présente la rade de Colleville, en y faisant stationner une escadre pendant près de six semaines. Deux détachements tentèrent même une descente sur la côte; mais ils furent repoussés par un sergent garde-côtes, nommé Cabieux. A la faveur de la nuit et d'un brouillard fort épais, ce brave résolut de tenir tête à l'ennemi. Quand les Anglais furent à distance, il les arrête par le cri de Qui vive! et en lâchant son coup de fusil; puis il se replie, et pendant que l'ennemi avance de nouveau, il charge de nouveau en courant et recommence son ingénieux manège à plusieurs reprises. Arrivé à un pont en bois qu'allaient franchir les Anglais, Cabieux s'empare de la caisse abandonnée par un tambour des garde-côtes, et, jouant dans l'obscurité le double rôle d'uu officier et d'un simple tambour, simule le commandement d'un feu de file, bal la charge, en frappant de ses pieds le plancher du pont aussi rapidement que possible, pour imiter les pas d'une troupe. Cette dernière scèneacheva d'intimider les Anglais, qui crurent avoir affaire à des soldats nombreux et s'enfuirent à la hâte, laissant sur lacôleun officier mortellement blessé.
{La suite à un prochain numéro.)
LE 1er MAI A VIENNE.
Dans presque tous les pays d'Europe, le 1" mai est un jour de réjouissance publique. Les peuples du Midi, qui habitent un climat doux etchaud, se montrent plus indifférents à l'arrivée de l'avant-coureur de la belle saison; mais ceux qui, vivant sous un ciel moins propice, ont à souffrir longtemps desrigueurs de l'hiver, ceux-là l'accueillent et le fêtent avec transport.
En Russie, en Suède, en Allemagne, le premier jour du mois de mai est célébré partout, dans les grandes villes comme dans les plus petits villages, avec une pompe et une allégresse extraordinaires. En Belgique, chacun prend une part active à cette fête, qui est en effet celle de tous. On s'embrasse dans les rues, on s'adiesse de mutuelles félicitations, des invitations s'échangent, et il n'est pas de famille qui ne plante joyeusement au milieu de la cour, ou devant la maison, un jeunepin dépouillé de son écorceet élégamment entouré
de guirlandes de feuillage et d'ornements de papier de couleur artistement découpés.
A Vienne, quand arrive le ier mai, c'est une joie, un délire incroyable parmi les habitants. Il n'est pas de peuple au monde qui vive autant hors des maisons que le peuple de Vienne.
Bien queia température de celte ville soit plus froide que celle de Paris, et que les subites variations qu'elle éprouve parfois d'une heure à l'autre la rendent désagréable et malsaine, aussitôt que le premier jour du mois de mai a paru, les jardins des auberges s'ouvrent, les guinguettes du Prater dressent leurs tables, les orchestres en plein vent s'organisent, et tous les bons Viennois désertent leurs maisons pour ces endroits publics où ils viennent en foule manger, boire et fumer sous l'abri peu protecteur d'un ciel souvent nuageux.
Les rejouisances du ier mai commencent de bonne heure. Elles s'ouvrent à six heures du matin par une course à pied. Presque tous les nobles opulentsqui résident à Vienne ont à leurs gages un ou deux coureurs; c'est par eux qu'est disputé le prix. Mais en cette occasion, il n'y a que les nobles de l'Autriche proprement dite qui puissent faire courir : les seigneurs hongrois, bohémiens, styriens, italiens, etc., etc., sont exclus comme les étrangers.
L'espace à parcourir est fort considérable. Les concurrents doivent suivre la principale allée du Prater jusqu'à l'endroit appelé le Rond d'eau, où cette allée est coupée par un bras du Danube, puis revenir, sans s'arrêter, jusqu'au point de départ. Anciennement, la course se prolongeait jusqu'au Lusthaus (maison de plaisance où Napoléon établit son quartier-général, en 180g. quelque temps avant la bataille de Wagram, et où plus tard, en i8i5, je crois, les souverains alliés donnèrent un grand dîner et une fête militaire à leurs troupes); mais comme une course aussi prodigieuse occasionnait chaque fois de graves accidents, on a fini par diminuer la distance d'un bon tiers. Telle qu'on l'a laissée aujourd'hui, elle n'en est pas moins effrayante, quand on songe que, pour gagner le prix, il ne suffit pas d'arriver le premier au but, mais qu'd faut encore courir sans relâche et sans prendre haleine un instant.
Du faubourg Landstrasse où je logeais, je n'avais guère que deux ou trois cents pas à faire, et le pont Piazoumoffsky à traverser pour me trouver transporté dans le Prater. Cette promenade du Prater est une des plus belles qu'on puisse voir; nos Champs-Elysées et notre bois de Boulogne ne sauraient lui être comparés. C'est une grande forêt qui commence aux portes mêmes de Vienne et s'étend au loin sur la rive droite du Danube. Elle est percée par de magnifiques allées qui traversent tantôt de sombres bouquets de bois, tantôt de riantes clairières, tantôt de vastes pelouses d'où s'élèvent çà et là, comme dans un parc anglais, de vieux hêtres et d'énormes châiaigniers centenaires. Le Danube, qui, en cet endroit, se divise en plusieurs bras, forme une infinité d'îles vertes et boisées où se réunissent par bandes près de deux cents cerfs privés que les piqueurs rappellent le soir au son du cor, pour les enfermer jusc|u'au point du jour dans d'élégantes étables disposées le long de l'allée principale du Prater.
J arrive une bonne demi-heure avant le commencement de la course. Il faisait un temps délicieux, l'air était pur et frais; le soleil, en se levant, dorait les cimes
du Khalenbcrg et du Leopoldsùcrg, que j'apercevais à l'horizon, encore à demi enveloppées par le brouillard transparent du matin. Je trouvai déjà beaucoup de monde dans l'allée où devait se faire la course, et je vis arriver bientôt plus de deux cent cinquante mille personnes qui sortaient par plusieurs longues colonnes bariolées et silencieuses, des différents quartiers de la ville, pour venir se ranger avec un ordre admirable des deux côtés de l'allée dout j'ai parlé. Quelques soldats de police, à cheval, étaient échelonnés de loin en loin sur toute la ligne, pour maintenir l'espace libre aux coureurs ; leur ministère n'était pas difficile à remplir, et on eût bien pu se passer de leur présence, tant ce bon peuple de Vienne est tranquille et sage.
Je m'approchai du but, qui est en même temps le point de départ, et j'aperçus les coureurs, au nombre de dix ou douze. Leur costume se compose d'une veste blanche très-légère, d'un pantalon de même couleur, serré aux chevilles sur des brodequins verts, et d'une petite casquette verte aussi, surmontée d'une touffe de plumes de différentes couleurs, et ornée d'une plaque qui représente les armoiries de leurs maîtres. Ils entouraient un trophée composé de cinq drapeaux brodés en or et en argent, et destinés aux cinq premiers arrivés au but. Des filets en corde, attachés à des pieux, formaient autour d'eux une enceinte, derrière laquelle se tenait une foule compacte dont le moindre mouvement eût tout renversé. Une barrière semblable ne serait pas d'un grand secours à Paris, les couteaux de nos gamins en feraient justice en un instant, mais à Vienne c'est autre chose.
A six heures précises, deux coups de canon furent tirés; c'était le signal. Un officier de police partit au galop, et après lui passèrent les coureurs en troupe serrée; ils ne cherchaient pas encore à se dépasser et ménageaient leurs forces pour le dernier moment. Le juge du camp les suivait en voiture pour s'assurer par luimême que tout se passait dans les règles, et aussi pour ramasser, s'il était nécessaire, ceux auxquels l'épuisement de leurs forces rendrait ce secours indispensable. Le peuple se referma sur son passage et l'allée fut envahie; mais à peine deux nouveaux coups de canon eurent-ils annoncé que les coureurs avaient atteint le Rond d'eau et revenaient sur leurs pas, que chacun se rangea comme avant des deux côtés de l'allée pour leur faire place. Une demi-heure environ après le premier signal, un des concurrents parut hors d'haleine, couvert de sueur et pâle comme la mort. Il atteignit le but au milieu des plus vifs applaudissements; ce pauvre homme avait bien gagné les dix souverains d'or, prix du vainqueur. Deux minutes après arriva un second coureur qui me parut encore plusépuisé que le premier. Leurs compagnons gagnèrent le but successivement, et à plusjou moins dedistance les uns des autres, à l'exception de deux d'entre eux qui avaient été obligés de s'arrêter, n'en pouvant plus, et que la voiture ramena. Le juge des jeux fit la distribution des cinq drapeaux, puis vainqueurs et vaincus se dirigèrent, musique eu tête, vers une guinguette du Prater où les attendait un bon déjeuner. La foule les escorta jusqu'à la porte, et s'écoula ensuite tranquillement.
De onze heures à une heure, on se réunit à X Augartcn, grand jardin situé au bout du faubourg de la Leopold- •tadt. C'est un véritable jardin à la française, avec de longues allées de marronniers, des charmilles en forme
de murailles, des parterres réguliers, des terrasses et des bassins. Il a été planté par l'empereur Ferdinand III, embelli par ses successeurs, et enfin livré au public, en 1775, par Josepb II, qui a fait mettre celte inscription sur la principale entrée :
Lieu d'amusement consacré à tous les hommes, par leur appréciateur.
Presque désert pendant le reste de l'année, X Àugarten devient, le 1" mai, une promenade à la mode, le rendez-vous de la ville entière. Ce jour-là, on peut à peine y pénétrer, tant la foule y est grande. J'y trouvai rassemblée toute la haute aristocratie viennoise. Les dames, en grande parure de printemps, occupaient l'allée principale et les sièges qui a voisinent l'orchestre; elles affectaient, en l'honneur de la fête, un laisser-aller champêtre, des manières dégagées et un petit air étourdi qui contrastaient singulièrement avec la contenance froide et posée des simples bourgeoises. Les hommes se promenaient de long en large au milieu de toutes ces charmantes jeunes femmes, lorgnant à droite et à gauche, d'un air tout aussi impertinent, mais moins dégagé, que nos dandys des Tuileries.
Quand on se fut bien coudoyé, pressé, étouffé pendant deux heures, chacun rentra chez soi pour faire de nouvelles toilettes; puis les grands seigneurs et les femmes les plus élégantes allèrent dîner en plein air dans les guinguettes du Prater. Je m'amusai quelque temps à censidérer la foule populaire qui entourait leurs tables et les regardait manger et boire, bouche béante, comme s'ils eussent été formés d'une autre pâte qu'elle. L'étonnement que produisait, sur ces bonnes et tranquilles figures viennoises, la vue de cette profusion de mets recherchés et inconnus ; les réflexions naïves qu'arrachaient à ces braves gens la réunion de tous ces grands personnages et la nouveauté du spectacle; le maintien des acteurs e-ix-mêmes qui se posaient devant ce public en dépit de son infériorité, tout cela était d'un comique achevé.
Vers les cinq heures, les dames remontèrent en voiture et gagnèrent la grande allée du Prater où la promenade commençait. Ceux qui ont vu Longrhamps peuvent se faire une idée de celle promenade du 1er mai; ce sont à peu de chose près les mêmes dispositions : deux longues. files d'équipages élégants circulent dans l'allée; le milieu est réservé pour les voitures à quatre chevaux, la conlre-allée de droite reste comme toujours le partage des cavaliers, et celle de gauche celui des piétons. Mais ce qu'on ne peut imaginer sans l'avoir vu, c'est la beauté des lieux où se fait cette promenade, l'admirable verdure des arbres et des vastes prairies dont on est entouré, la fraîcheur embaumée de l'air, et aussi l'étrangeté d'une foule d'attelages russes, hongrois, polonais, qui passent successivement devant vous. Au coucher du soleil, chacun se retire; le Praier devient peu à peu désert, et la foule qui le remplissait se dirige vers les nombreuses gasthaiiser de Vienne ou de ses faubourgs, pour y finir dignement, le verre à la main, cette première journée du mois de mai si impatiemment attendue, et si cordialement fêtée.