ALLEMAGNE. — LE DUCHÉ DE BADE
Une chaîne longue et sombre de hautes montagne court parallèlement au Rhin depuis les frontières di nord de la Suisse jusqu'à l'Enz, près de Pforzheim Elle fut appelée Sclrwarzwald (Forêt-Noire), nom tir de la couleur sombre de ses sapins. Quantité de fleuves de rivières et de ruisseaux y ont leurs sources abondantes : tels sont le Danube, l'Enz, etc. La plupart couren à l'occident par d'agréables vallées etvont tomber dan le Rhin. C'est dans la plus belle de ces vallées, à deu) lieues de Rastadt et à sept de Carlsruhe, que Bade es situé sur le ruisseau d'Os ou Oelbach, autrefois ligne de démarcation de la France rhénane et de l'Allemanie Le canton en avait reçu le nom de l'Osgau. Plus tard ce ruisseau sépara l'évêché de Spire de celui de Strasbourg.
Bade est à deux lieues du Rhin et à une petite lieue du fertile chemin des côtes, qui conduit en Suisse, et fait un coude dans la plaine près du village d'Os, d'où une chaussée bien entretenue conduit à Bade, à travers une riche prairie, ayant à gauche de fertiles vignobles, desombresbois de sapins quimoutrent defortes masses de rochers et les ruines pittoresques du vieux bourg, berceau de l'antique maison de Bade; à droite, des champs couverts de guérets, des prairies de la plus belle verdure, des hauteurs couronnées de hêtres, de hauts chênes, de paisibles maisons de campigue et de belles fermes. — Au centre Bade et ses châteaux, ses tours; au fond se montrent dans l'eloignement les sommets bleus de hautes montagnes.
La ville, irrégulière, bâtie à l'antique, a de petites maisons qui n'offrent guère de logements commodes, et à moitié enfoncées dans le sol escarpé, de sorte que dans plusieurs on passe du grenier au jardin. Ses vieux murs et ses portes sont presque tout démolis, et il est à désirer que ses fossés soient aussi comblés. Un ruisseau couvert traverse et nettoie la partie basse de la ville, qui forme avec ses faubourgs un ensemble de 400 maisons habitées par 2,600 habitants, dont 370 sont bourgeois presque tous catholiques.
A ceux de nos lecteurs qui seraient sur le poLt de visiter les bains de l'Allemagne, nous dirons que la vie est fort peu coûteuse à Bade. Un dîner d iin florin est à trente plats; point de lieu plus favorable aux gourmands. Le voisinage abonde en gibier, poissons, truites et saumons, légumes et fruits choisis, fraises, framboises, myrtilles, etc. Les légumes les plus délicats y viennent de Rastadt, du Mourgthal, même de Strasbourg.
A défaut de place dans les auberges, ou pour éviter le bruit, on se loge chez les particuliers. Les bains sont si fréquentés en juin, juillet et août, qu'il est difficile que les aubergistes puissent servir ponctuellement tous les hôtes, ce qui ne se remarque, pas dans les maisons privées. On peut y observer ses heures sans interruption et aller manger alternativement aux diverses tables d'hôte ou chez soi On fait bien de se faire assurer un
Les logis sont de différents prix, depuis 3 à 7 florins et plus par semaine; la différence, surtout dans les maisons privées, vient de la situation, de l'ameublement et du temps des saisons. Les logis les plus près des bains sont les plus recherchés, et les prix les plus chers sont en juillet et en août, à cause de l'affluence des étrangers, surtout des princes et des gens riches; les prix sont moindres en mai et juin, et après la saison et principalement chez les particuliers, la différence va jusqu'aux trois quarts des prix.
Celui qui ne désire pas une table recherchée peut > ivre à 80 cent., mais sans le vin.
Un baigneur, qui veut vivre modérément, peutborner
sa dépense à 3 florins par jour, et une somme double mettra fort à l'aise quiconque ne joue pas.
La vie qu'on mène dans les lieux de bains présente un tableau mouvant chargé des groupes les plus variés. Celle de Bade présente trois périodes pour le temps des bains. La première commence en mai et dure six semaines. Alors les étrangers n'y sont pas si nombreux, et ce sont les personnes qui viennent pour se guérir ou qui cherchent dans l'air salubre, le calme et les beautés de la nature, un dédommagement de la contrainte et du tracas des villes. On y joue moins, les bals y sont moins fréquentés; le temps se passe à la promenade, en petites parties de plaisir ; on fait un tour dans la
(Vue de la promenade des Rochers, derrière le vieux château de Bade.
vallée de la Mourg, au Houb, au vieux château, aux ruines d'Eberstein, etc. La société y va faire des déjeuners, des dîners, souvent en plein air : moins il y a de monde, plus les liaisons sont étroites; c'est à table que se font les connaissances.
Cependant cette période ne manque pas de variété, ni d'occasions de jouissances plus ou moins licites. C'est ordinairement le temps de l'ouverture du théâtre, de celle des boutiques, et de ce qu'on appelle la promenade. Ces boutiques, dressées en deux lignes sous des marronniers, sont fournies de tout ce que le luxe et les besoins journaliers peuvent faire désirer; l'on y trouve même des joujoux d'enfants.
La nature est charmante à Bade depuis la première floraison jusqu'au temps des grandes chaleurs. La ver-
dure des arbres, des bosquet'?, du gazon, y à une fraîcheur peu commune; car toutes les collines, tous les vallons abondent en sources d'eau vive, et le moindre enfoncement y produit un ruisseau limpide. Les ombres solitaires sont animées d'oiseaux de toute espère; tous les chemins, les moindres sentiers deviennent d'agréables promenades embellies par la diversité des points de vue ; et l'on trouve dans le moindre hameau, dans la ferme isolée, même sous les ruines du vieux château, du vin, du lait, des eaux minérales, d'autres rafraîchissements.
La seconde période va depuis la fin de juin jusque vers le 20 août. C'est la plus brillante et en même temps la plus animée. C'est alors que se produit le grand monde, qu'affluent les gens riches; la petite ville
de province devient une résidence, à cela près que la contrainte en est bannie. Les hôtels, les maisons privées s'encombrent ; il ne reste pas la moindre place à la table d hôte ; souvent l'homme à prétention et fier de son aisance se trouve réduit au logement le plus dénué, le plus incommode. Les promenades fourmillent d élégants et d'élégantes, et sont traversées par de superbes équipages. Les bals deviennent brillants, mais moins amusants; les banques de jeu y font leur moisson
La promenade et sa maison environnée d'allées de marronniers sont le rendez-vous le plus fréquenté. C'est là que se rassemble le beau monde, depuis onze jusqu'à une heure, et daus les belles soirées; et si l'on veut se dérober à la foule, rien n'est si facile, car, outre cette promenade et l'allée de Lichtenthal, les plus agréables vallées, les hauteurs qui environnent Bade, présentent des réduits fort intéressants.
Tout ce monde se disperse à la fin d'août, et c'est ici la troisième période. Les mois de septembre et d'octobre sont peut-être les plus agréables à Bade. L'air y est extraordinairement doux ; le terrain y prend les livrées de l'automne. Les équipages disparaissent en partie; la vie champêtre y succède à celle de la ville, et l'étranger n'y est ni trop solitaire ni trop distrait par le bruit et l'éclat de la richesse et de la multitude. — C'est alors que les familles du voisinage viennent s'y établir pour y passer les beaux jours de l'automne. Les loyers baissent de prix, et en général tout ce que Bade pouvait avoir de désagréable disparaît.