‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 20 sur 268 · ART DE RESTAURER LES TABLEAUX · texte numérisé non relu

ART DE RESTAURER LES TABLEAUX

Deuxième article. — (Voyez page 6.)

La restauration des tableaux ne présente pas beaucoup de difficultés , tant qu'ils n'ont reçu d'autre altération que le jaunissement du vernis tendre qui les recouvre. Mais lorsque , pendant une longue suite d'années , ils ont été exposés sans précautions aux diverses causes qui amènent leur destruction; lorsque la toile est déchirée ou à demi pourrie; lorsque les panneaux sont disjoints, ou que la couleur est prêle à s'en détacher au moindre choc; il ne semble pas possihle de remédier à de pareils accidens ; cependant , quelque imminente que paraisse la complète destruction de ces tableaux, on parvient à les sauver, en enlevant la peinture de dessus son fond, quel qu'il soit, et en la recollant solidement sur une nouvelle toile.

Nous allons décrire cette importante partie de la restauration des tableaux , en commençant par l'opération la plus facile, le rentoilage des tableaux peints sur toile.

On est obligé de remettre un tableau sur toile , lorsque la toile est déchirée, lors même qu'elle n'a d'autre mal que d'être usée par les bords , au point qu'il n'y ait plus de prise pour la clouer sur le châssis; dans cet état, il est possible que la peinture soit partout solidement adhérente à la toile; alors , on se contente de la coler sur une autre ; mais si la couleur est prête à s'en détacher par écailles, il est indispensable d'enlever la vieille toile.

Dans tous les cas , on commence par coller du papier sur la surface du tableau, afin de pouvoir le manier sans danger , et quelquefois on en colle plusieurs feuilles l'une sur l'autre.

Si la vieille toile doit être enlevée, il est de la plusgrande importance que le papier adhère par toute la surface; dans ce cas , on cole d'abord de la gaze , et l'air sortant avec facilité , il ne peut y avoir de soufflure.

Si le tableau est extrêmement desséché, il convient d'appliquer dessus plusieurs couches d'huile mêlée d'un peu d'essence de térébenthine. Cette huile pénètre la peinture devenue trop aride, et recolle les parties de couleurs prêtes à se détacher. Mais la colle ne prendrait pas sur une surface grasse; c'est pourquoi après avoir bien essuyé le tableau , on dégraisse sa surface avec une légère dissolution de soude et de potasse.

La colle dont on se sert est préparée avec parties égales de colle de Flandre et de farine de seigle; on la préfère à celle de froment, parce que la colle préparée avec celte farine se conserve plus long-temps humide et est moins cassante. Le papier doitêlre mince, peu collé, très uni et ébarbé avec soin.

Ayant ainsi fixé très solidement le tableau à l'tspèce de cartonnage appliquée la surface, on procède à l'enlèvement de la vieille toile; ce qui ne présente aucune difficulté, si elle a été encollée avant de recevoir les couches d'impression. Il suffit, dans ce cas, de la mouiller légèrement avec une éponge: la colle ne tarde pas à se détremper, et la toile se détache , en cédant au moindre effort. S'il n'y a pas décollage sous la couche d'impression, il faut user la toile avec de la pierre-ponce ou avec une râpe.

Pour procéder au rentoilage , on tend sur un châssis une toile neuve , forte et unie; on en fait disparaître les nœuds avec la pierre-ponce ; puis on en colle bien également la surface. On met de même une couche de colle sur l'envers du tableau , que l'on a bien nettoyé de toutes les inégalités qui peuvent s'y trouver. Alors on l'applique sur la toile

avec les précautions convenables pour éviter les soufflures On ne la fait donc adhérer que successivement ; on fait sortir l'air et l'excès de colle , en les poussant toujours du centre vers les bords.

Lorsque la colle est presque sèche , on promène sur la surface du tableau un fer à repasser, qui n'est pas assez chaud pour endommager la peinture, mais qui fond la gélatine contenue dans la colle de pâte, la lait pénétrer dans toutes les fissures , et recolle les écailles prêtes à se détacher. Le but de celte opération est aussi de rendre unie la surface du tableau. C'est pourquoi on passe le fer à plusieurs reprises, en commençant toujours par les bords, où l'humidité est maintenue plus long-temps par les bois du châssis, qui empêchent l'accès de l'air extérieur. On laisse encore le tableau pendant plusieurs jours dans un lieu très sec. Il ne reste plus alors qu'à décoller le cartonnage appliqué sur la peinture; ce que l'on fait à l'aide d'une éponge mouillée.

Cette opération pourrait rendre assez d'humidité pour décoller les bords du tableau ; c'est pourquoi on les maintient , en collant sur les bords du châssis de petites bandes de papier qui s'étendent un peu sur le tableau.

Lorsqu'on a enlevé le papier , il arrive quelquefois que l'on trouve sur le tableau l'empreinte des marges superposées des feuilles. Cet effet a lieu lorsqu'on a employé du papier trop épais; pour faire disparaître ces empreintes, il faut de nouveau coller du papier mince très uni , en disposant les feuilles de manière que les endroits où se trouvent les traces produites par la superposition des marges, soient couvertes par le centre des nouvelles feuilles ; et lorsqu'on emploie le fer, on ne le passe que sur leseadroits que l'on veut aplanir.

Si la toile n'est endommagée que par rase légère déchirure , on peut réparer le mal sans être obligé de rentoiler le tableau. On le met à plat sur une table, et Ton applique sur l'endroit entamé plusieurs morceaux de gaze que l'on colle l'un sur l'autre avec un mastic très dense, composé de blanc de céruse et d'huile extrêmement visqueuse. On pose sur cette espèce d'emplâtre un morceau de marbre, ou une tablette de bois, que l'on charge d'un poids, et on maùitient un jour ou deux cette pression.

Page 1