CHEZ LES ARABES DU DELTA
L'union des époux commence par l'accord des deux familles; la mère du jeune homme qui veut devenir époux, se rend d'abord dans la maison de la fille à marier; quand elle arrive, la jeune fille quitte son voile et lui baise la main ; si la mère est satisfaite de ce qu'elle a vu, le jeune homme va demander la fille à son père; celui-ci fait des questions sur la dot qu'on veut donner; si les propositions lui conviennent, il répond au jeune homme qu'il lui donnera une esclave pour faire son ménage, ce qui veut dire qu'il consent à lui donner sa fille pour épouse. On va ensuite au Mekcmé, ou bien on fait venir le fakir, ou l'homme de la loi, pour passer le contrat; la fille est représentée par son père ou par son fondé de pouvoir, qui explique ses intentions. Le fakir dresse l'acte et prononce un discours sur le lieu du mariage. Si le futur époux donne une dot à sa femme, il en paie d'abord la moitié; en cas de divorce motivé, il est tenu de payer toute la somme avec un tiers en sus ; si la femme demande ellemême le divorce, ou si le divorce est fondé sur un motif grave, le mari ne doit rien à la femme qu'il renvoie. Après le contrat passé et la première cérémonie devant l'homme de la loi, la fiancée est conduite au bain j le lendemain, les voisines et les parentes sont
invitées à une fête; des femmes vont faire les invitations, et, pour cela, elles s'arrêtent devant la porte des maisons en imitant le gloussement de la poule. Lorsque les invités arrivent, la mariée, assise sur un coussin, tient un mouchoir étendu sur ses genoux, et fermant les yeux, elle reçoit les pièces de monnaie qu'on lui donne, puis les assistantes prennent le café, le sorbet et se placent au festin. Dans le même temps, les amis et les parents du futur se rendent chez lui où les attend un banquet solennel; les convives lui donnent aussi des pièces de monnaie pour payer la musique et les divertissements de la noce.
Au jour marqué pour la célébration du mariage, la future s'habille richement et se rend chez son mari; les fiancées ne vont pas toujours à pied ; elles montent quelquefois sur un chameau, et font le tour du village, accompagnées de la musique et d'un cortège nombreux ; si le futur est un militaire, la fiancée porte sur la tête un sabre attaché avec des cordons de soie. Lorsque la mariée arrive dans la maison de son époux, on répand sur le seuil de la porte le sang d'un mouton qui vient d'être immolé; si elle pose d'abord le pied droit sur la place arrosée du sang de la victime, c'est un heureux présage pour l'union qu'elle a contractée. L'épouse est présentée à son mari qu'elle voit pour la première fois: elle se montre à plusieurs reprises, dans une parure différente, à tous les gens invités à la noce; la soirée se passe en cérémouies,en spectacles, en divertissements qui ne sont pas partout les mêmes; mais on trouve toujours les cœurs disposés à la joie. Enfin, vers le milieu de la nuit, le père de la jeune fille mène son gendre dans la chambre nuptiale ; les femmes restent dans une salle voisine jusqu'au jour. La mère de l'épouse vient dès le matin donner un baiser à sa fille, et se retire sans dire un mot; la mariée reste pendant trois jours assise sur un divan et tenant un bouquet de fleurs à la main ; elle ne sort plus de la maison qu'après ses couches, car on lui a souvent répété que le grand air n'était pas bon aux jeunes épouses.
Les cérémonies pour le mariage des Cophtes ont beaucoup de resemblance avec celles des Arabes et des Fellahs ; le jeune Cophte charge d'abord une de ses parentes de voir la fille qu'il veut épouser; si sa proposition est agréée, il envoie à la jeune fille une bourse avec des pièces d'or et d'argent; un prêtre, qui remplit les fonctions de curé, rédige le contrat et célèbre le mariage ; si le futur s'engage à donner une dot, il en paie d'abord la moitié, qu'on appelle dakhelh, ou l'entrée; il garde par-devers lui l'autre moitié dite el hhagch, ou la sortie du monde; celte dernière moitié est destinée à l'enterrement de l'épouse, si elle meurt avant son mari ; si le mari meurt le premier, la femme prélève le khageh sur la succession.