‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 208 sur 268 · ESPAGNE. — ANDALOUSIE. —LA VILLE DE XEREZ · texte numérisé non relu

ESPAGNE. — ANDALOUSIE. —LA VILLE DE XEREZ

( Voy. notre premier article sur l'Andalousie, pag. 111.

(Une vue de Xérez.)

Les Andalous sont les Gascons de l'Espagne; ils n'ont ni la réserve du Castillan, ni la fierté froide de l'Aragonnais, ni la pétulance des Biscaïens, ni la rudesse des Catalans, ni la nullité des Valentins; ils parlent beaucoup, et surtout d'eux-mêmes., de leur mérite, de leurs richesses, des objets précieux ou agréables qu'ils possèdent. Ils ont une jactance naturelle; leurs discours en sont remplis, la tournure de leurs phrases, leur ton, leurs manières, leurs gestes, leurs costumes, en portent l'empreinte.

Ces qualités ne sont point cependant également marquées dans toutes les parties de l'Andalousie; elles sont portées au plus haut degré dans le royaume de Séville, et bien plus encore dans le voisinage de la mer que dans l'intérieur des terres. Elles sont assez fortes, quoique moins sensibles, dans le royaume de Grenade, et elles s'affaiblissent beaucoup à mesure qu'on pénètre dans les royaumes de Cordoue et de Jaen.

Ce pays est celui de ces fanfarons qui se distinguent des autres par leur costume, qui ont le verbe haut et menaçant, qui font les méchants quand on les craint, qui se radoucissent lorsqu'ils ne peuvent inspirer la terreur, qui sont toujours dangereux par les coups qu'ils portent lorsqu'ils peuvent frapper sans péril; en un mot, de cette espèce de petits-maîtres qu'on distingue sous le nom de majos.

L'Andalousie fut autrefois le refuge des Gitanos, ou TOME HI. — Juillet 1836.

bohémiens, cette espèce et dangereuse, sans feu ni lieu, sans foi et sans loi, qui était la vermine de l'Espagne, l'opprobre de la nation qui la souffrait, la terreur des chemins et des campagnes, que le gouvernement espagnol a proscrite enfin par des lois sévères. Protégée par la noblesse andalouse, elle la protégeait à son tour; cette noblesse lui donnait des asiles pour la soustraire, ainsi que ses larcins, aux recherches de la justice; mais aussi elle épargnait dans ses incursions les terres, les propriétés, les personnes, les domestiques, les fermiers de cette noblesse; elle servait sa vengeanceet lui fournissait autant de satellites qu'il y avait de Gitanos.

Les Andalous étaient déjà célèbres sous les P».omains parleur adresse; ils brillèrent souvent sur les théâtres de Rome. Plus souvent encore les jeunes Andalouses y attirèrent la foule et les applaudissements par leurs danses lascives; elles y captivèrent les cœurs des consuls, des tribuns, des préteurs, des sénateurs, sur lesquels elles exercèrent l'empire le plus absolu. Les Andalouses modernes n'ont point dégénéré; elles sont encore les danseuses les plus agréables et les plus séduisantes de l'Espagne. Elles sont en général bien faites, leur peau est délicate, leur taille svelte, les traits de leur visage fins, leurs yeux noirs, vifs, pleins de feu; elles sont maniérées, mais remplies de grâces. Celles du royaume de Grenade sont les mieux faites, et, parmi celles-ci, les femmes de Malaga l'emportent encore.

magàsln universel.

L'Andalousie est ie pays de l'Espagne où l'on fume le plus; les hommes s'y livrent à ce délassement avec une passion soutenue, et beaucoup de femmes se le permettent quelquefois.

Dans le royaume de Grenade, les hommes font peu de cas de leurs vins excellents; ils leur préfèrent le uùslela et ie wssalïs. Ils en boivent avec excès; i! ne paraît point cependant qu'ils en éprouvent aucun inconvénient.

L'Andalousie a eu trois mûcstmn'zas ou associations de la noblesse, dont !e but principal était d'entretenir l'ancien esprit de chevalerie, et dont le vrai motif avait un mélange d'orgueil et d'amour du plaisir. Il V en a une à Grenade, une à Sévilîo, ci une à Honda dans le royaume de Sévilie.

L'Andalousie n'a point de langue qui lui soit particulière. OiigV parle le castillan; mais »i y est altéré, cor rompu, presque défiguré par un mélange prodigieux lit* mots arabes, il l'est encore plus par une prononciation vicieuse, qui rend celle langue méconnais1 abie, elle y est beaucoup plus gutturale que dans le resté de l'Espagne. Elle y es! encore fanfaronne et grasseyante; mi Castillan a souvent «Je la peine à comprendre un Àsulaîous qui parie la même lâiigiw que lui.

Après cet a;. ci çu sur les moeurs cl le langage des Ànjalous, nous cuir' ions dans quelques détails sur l'une des vides de celle province qui nous a fourni le sujet de notre vignette. Nous vouions parier de Xrri'Z, célèbre par son vin et. par la fameuse bataille que perdue ut jadis, presque sous ses murs, les Espagnols ccra ses par les hordes des Maures.

Là ville de Xerez doit au vin qu'on récolte dans ses environs d'être connue dans toute l'Europe. î.e teriiloire de cette ville est très-fertile et bien cultivé; les Fiançais et les Anglais y on! des maisons dont le vin fait le principal commerce; on évalue à je mille quintaux la quantité qui s'en exporte tour, les ans.

Le chemin que l'on suit quand on arrive d'Ascala à Xerez est orné des deux côtes de bancs, de palissades, de claires voies en bois peints, et de chaque côté ce son! des palmiers des orangers et d'autres atbres des pays chauds. On dirait une avenue ornée avec coquetterie et percée au milieu de magnifiques jardins.

DansXerez même, les étrangers sont agréablement surpris de trouver de magnifiques jardins ornés d'orangers, de citronniers et d'autres arbres fruitiers de toutes les espèces. Ceux du monastère des Chartreux sont surtout remarquables; c'est une succession de vergers, de bosquets, depof.agers et de parterres qui rivalisent de grâce et de richesse.

Ce monastère des Chartreux es! situé dans une position charmante. Son édifice est d'une architecture noble et grande : la façade de l'église est ornée do statues, et dans l'intérieur on admire quelques peintures de prix. Un monument funéraire attire aussi l'attention des visiteurs, dans cette église; c'est celui d'un noble Génois, Alvaro Oberto de Valeta, qui était venu s'établir à Xerez et qui a fondé le monastère. Sa statue est en bronze, de grandeur naturelle, tête nue, dans l'attitude de tirer l'épée du fourreau, avec je casque, l ecu et lés armoiries sous Icd pieds.

Les Charlreux de Xerez étaient dansl'usage de faire, à l'extérieur de Ieurencîos une distribution journalière d'aumônes aux- pauvres qui se présentaient à l'une des portes; mais ayant reconnu avec le temps que la plu-

part de ces mendiants étaient des oisifs et des paresseux, et quelquefois même des vagabonds, ils changèrent ce mode de charité, 1 1 le remplacèrent par deux établissements plus utiles à la société. Le premier était pour les enfants, le deuxième pour les vieillards. Trente jeunes gens appn natent sous leur direction la religion, les éléments des lettres, do calcul et de la culture. Après un séjour de cinq ans dans la maison, les jeunes gens étaient libres ou de dire adieu aux bons pères ou de demander à s'affilier à leur ordre. Les vieillards étaicnt-au nombre de douze. Nourris, habillés, soignés avec une charité délicate, ces pauvres gens n'avaient qu'à remercier Di< u et à le prier po tir leurs bienfaiteurs.

L'intérieur de Xerez répond à la beauté des environ» de cette vide. Grande, agréable et liante, elle a des rttèï larges, propres, bien tenues, pavées avec m>'ii. on peut dire même avec recherche et élégance. On porte la population de Xerez à plus de vingt mille âmes.

L'agriculture proprement dite n'est pas la seule rrv source de. habitants de Xerez. On y voit quelque; manufactures, niais ce qui contribue encore plus activement ù, l'aisance des h'bi'anîs, c'est le commerce de; chevaux de race. Dans le wn" siècle, Xerez comptai plus de cm j mille juments et vendait par an près d< ilvuk mille poulains. Cette industrie est aujouut'hu beaucoup moins importante.

C'est, disions-i«ki*, près de Xerez que fut livrée, il y a 172 >. ans,!'! bataille dans laquelle les Espagnols furent mis en (broute pal les Maures. Cette mémorable affaii 1 fi; pour jamais descendre du trône d'Espagne la rac( des rois goths et l'on ia la domination mauresque dam ce pays,

Î/IIOSI'IŒ DES FOUS DE GLASGOW.

Je suis, mon cher docteur, écrivait naguère un voyageur français, dans celle grande et populeuse ville dt Glascow, dont j'ai visite les principaux établissements publics. Ils sont en général vastes et bien appropriés à leur destination. Quelques uns ont mèm< de la magnificence, et le Muséum d'histoire naturelle qu'on doit à ia générosité du célèbre chirurgien Hunier, contient une superbe collecliou. Mais rien ne où inspiré autant d'intérêt que l'hospice des fous. Je recom mande à votre attention lès renseignements que j'y aire cueillis; j'espère que vous les en trouverez dignes,et k sérail une véritable satisfaction pour moi si les améliora tionsdeGlascovv,sousiepatronaged'une autorité comm< la vôtre, étaient adoptées dans nos hospices français

L'édifice est spacieux et d'une construction singu Ulire. Cm j corps-de logis, disposés en étoile, se réu nissent à un centre commun, ce qui donne de grande: facilités pour le service et la surveillance. Mais ce qu est véritablement admirable, c'est le sentiment d'humanité qui non -seulement dirige habituellement 1( traitement et la conduite des aliénés, mais qu. porh les respectables chefs de l'établissement à rccherchei sans cesse de nouveaux moyens de leur rendre la rai son, ou du moins d'améliorer leur triste eond.tion. E d'abord on s'est efforcé de déguiser la cocrcion dont pour leur propre sûreté, on est obligé de se servir; ca. l'observation a fait connaître que les apparences de U gêne et du défaut de liberté augmentaient considérablement le penchant qui porte la .plupart des insensé:

à la mélancolie, étal d'au!;!!!! plus fâcheux que, quand il se prolonge, iî conduit à une stupidité incurable. On a donc substitué aux barreaux et aux grillages de 1er des fenêtres qui rappellent l'idée d'une prison, (îes vitres d'une petite dimension contenues dans des en dres de fer peints en blanc pour imiter le hnis, et qui proviennent efficacement toute tentative d'évasion. Lé même esprit de conservation et de surveillance a pre sidé à l'ameublement intérieur, et les précautions redoublent quand on remarque, ce qui n'est que trop commun, des dispositions au suicide. On sait que îes malades atteints de celte dangereuse manie essaient assez souvent de s'étrangler en se pendant au ciel de leur lit. C'est pour prévenir ces accidents qu'on a supprimé les rideaux de lit dans la plupart des hospices. Mais, dans les climats rigoureux, les personnes faibles et délicates, surtout celles qui ont les habitudes de l'aisance, souffrent de celte privation A Giascow, on a su tout concilier par l'emploi d'un ciel de lit mobile et suspendu de manière qu'un poids bien inférieur à celui d'un homme le fait descendre; et, comme on ne se lasse point de perfectionner, au moment de notre visite on allait ajouter à l'appareil, qui est déjà en usage depuis quelque temps, une sonnette qui, mise en mouvement par la moindre tentative, appellerait au secours les surveillants de garde.

D'autres inventions attestent la sagacité des ingénieux philanthropes qui dirigent l'établissement. «Nous » avons remarqué, m'a dit l'administrateur qui me » montrait sa maison, que certains défauts sont telle- » meut enracines dans le caractère, qu'ils survivent à » la perte de la raison. De ce nombre sont, chez les » femmes, la vanité et le goût de la parure. Nous avons » tiré partie de cette observation. Voyez vous, ajouta - » l-il, assise sur un banc, à l'extrémité de cette allée » (nous étions dans le jardin), celle jeune femme d'une » figure intéressante. Elle regarde avec complaisance » un bracelet monté en or et entouré de pierres bril- » lantes; c'est une menotte déguisée; car son état » oblige à lui ùter l'usage d'un bras. Autrefois, quand » il fallait recourir à cet expédient, on était presque » toujours réduit à employer Sa violence; et les piti- >. vies folles restaient tristes et humiliées. Depuis que » cette entrave est cachée sous l'apparenre d'une pa- » lure, nos malades s'en amusent et même en tirent » vanité. Quand leur position plus fâcheuse nous force » à les empêcher de se servir de» ihiw bras, nous en » fermons les mains dans un manchon garni d'acier, » mais recouvert de fourrure en hiver, et en été d'une » jolie étoffe de soie, déception qui satisfait ces esprits » affaiblis »

Les nouveaux moyens de contrainte ont le double avantage de produire un heureux effet sur le moral, en même temps qu'ils remplacent le gilet (h; force, qui n'était pas sans inconvénients pour la santé. On ne s'en sert aujourd'hui que pour contenir les frénétiques. La chaise tournante est encore une invention réconte qui sert à la fois de coërcion et de remède. Le mouvement de rotation que lui imprime un mécanisme très simple est si rapide, qu'au bout de quelques m mîtes le patient, complètement étourdi, éprouve un malaise semblable an mal de mer cl qui en a les suites. Ces évacuations sont très salutaires lorsqu'il se manileste une exaltation qui souvent dégénère en fureur. 9i, au contraire, l'aliéné, tombé dans un état de stu-

j.inr ci d'immobilité, refuse de faire aucun exercice, on l'assied flans un fauteuil où il est secoué par un mou- Veinent de trépidation pareil à celui que procure le trot le plus dur d'un cheval. L'expérience a prouvé que c'est le meilleur stimulant pour accélérer la circulation îles humeurs et dissiper les noires \ apeurs fini conduisent à l'imbécillité.

Ces résultats, produits par des causes mécaniques, se conçoivent aisément; mais il est plus difficile d'expliquer la singulière influence que la présence du (eu, la chaleur radiante exercent sur la disposition morale des insensés. Les médecins avant remarqué que dans l'arrière-saison ils devenaient tristes et abattus, sans qu'on pût attribue? ce changement fâcheux à l'abaissement de la température, puisque les conduits de chaleur entretenaient dans îcu'rs salles une tempéralui e convenable, imaginèrent de changer le mode de chauffage. On construisit donc une cheminée dois laquelle on alluma tin grand feu. Aussitôt les fous s'en approchèrent d'un air joyeux et content. Ils paraissaient ranimés comme des plantes qui s'épanouissent aux rayons du soleil. Après un essai aussi satisfaisant, iî ne restait [dus qu'à prendre les précautions nécessaires pour éviter les accidents. Une grille, fermée avec ni» cadenas dont le concierge garde soigneusement la clef, et posée comme un devant de cheminée, rempli' parfaitement ce but.

Ne pensez-vous pas, mon cher docteur, que l'on pourrait tirer parti de ces inventions écossaises pour améliorer le sort de nos pauvres Ions français, auxquels je pivnds d'autant plus d'intérêt qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver? Les médecins qui les soignent ont aussi part à ma sollicitude, et l'on ne saurait trop leur rappeler les précautions qu'exige leur propre sûreté. Voici, à ce propos, ce que me racontait l'obligeant directeur delhospice de Giascow. « Le médecin » en chef que nous venons de perdre était, me disait- » il, un homme de talent, passionné pour son art; il » s'était adonné spécialement au traitement de l'aliéna- » tiou mentale, et il exerçait sa profession, comme di- .1 raient les Italiens, cou ambre. Il ne se bornait donc >i pas à desimpies visites; pour mieux les observer, il » passait souvent des heures entières en société avec » ceux de nos pensionnaires dont la raison commençait » à se raffermir; et, comptant sur l'ascendant qu'on y acquiert aisément par des manières fermes, mais af- .) le .tînmes et qu'il avait habituellement sur eux, il v ne prenait aucune précaution. Cette négligence pensa « lui élre funeste, et il ne dut son salut qu'à sa présence » d'esprit, lin jour, plusieurs convalescents lui poi- » lèrenl des plaintes sur la mauvaise qualité de la « soupe; pour s'assurer si elles étaie;,t fondées, il en- » Ira avec eux dans la cuisine où une énorme marmite » était en ebullition. Tout à coup, un do ces fous, .. homme très-vigoureux, s'appnvhc de lui, cl, le rc- .1 gardant avec ces yeux animes qui annoncent <>» eom- .) mcnccmcnl d'accès: Docteur, lui dit il, vous êtes « gros et gras, je suis sûr que vous iioin feriez d'exh cellente soupe. Essayons. Ses camarades appiaudis- « sent et entourent le medeiiu, déjà ils se niellaient » en devoir de le jeter dans la chaudière, quand eeiui- « ci leur répond avec sang-froid : Arrêtez, vulie idée » est bonne, mais ne voyez vous pas que mes véte- « ments gâteraient le bouillon? il tant avant tout que » j'aille me déshabiller. Ce raisonnement satisfit tes

» fous , et ils le laissèrent sortir de la cuisine. » Cette petite histoire est amusante et donne à penser : elle m'en rappelle une autre du même genre qu'un auguste personnage, grand conteur d'anecdotes, se plaisait à répéter; dans son intimité, il disait que dans un hospice d'aliénés d'une ville de France dont j'ai oublié le nom, il y avait un belvédère d'où l'on découvrait une très-belle vue. Celui qui était chargé d'y conduire les étrangers avait été fou; mais comme depuis longtemps il n'avait donné aucun signe de démence, on le croyait parfaitement guéri. C'était un homme d'une grand laille et d'une force remarquable. Un jour qu'il était monté sur le belvédère avec un voyageur déjà avancé en âge et de faible complexion, sa raison s'étant troublée 3out à coup, il le saisit au collet en disant : «Je vais vous faire s-auter par-dessus la balustrade. Je suis curieux de voir combien de temps vous mettrez à descendre. — Laissez donc, répliqua !e petit vieillard en se dégageant de ses mains, je vais vous montrer quelque chose de bien plus curieux. Restez ici, et quand je serai dans la cour, je sauterai d'en bas sur la terrasse. »En prononçant ces mots, il enfda lestement l'escalier, et le fou, comptant sur sa promesse, le laissa faire. Quel heureux don que la présence d'esprit !

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