LE BANANIER
La banane est le fruit le plus utile de la zoneéquatoriale . c'est la base de la nourriture des habitants des régions chaudes ; entre les tropique?, sa culture est aussi importante que l'est celle des graminées et des farineux dans les zones tempérées.
Des différentes espèces de bananiers qu'on trouve en Amérique, c'est celle qu'on désigne dans l'Amérique espagnole sous le nom de platano harlon ( musa paradisiaca des botanistes ), qui a été particulièrement l'objet des recherches de M. Boussingault. Son fruit, plus volumineux que dans toutes les autres espèces, a souvent huit pouces de longueur, et il n'est pas rare d'en trouver plus de cent dans une même grappe dont le poids atteint ainsi jusqu'à 40 kilogrammes.
MAGASIN UJNIYERSEL.
La banane mûre a une saveur sucrée et très-légèrement acide.
La sève du bananier, à sa sortie de la plante, est aussi limpide que de l'eau; cependant appliquée alors sur une étoffe de lin ou de coton, elle y forme bientôt une tache d'un giis jaune, qui, une fois fixée sur ces tissus, y adhère avec une telle force qu'il est impossible de l'enlever, soit à l'aide des acides, soit à l'aide des alcalis, de sorte qu'on peut se servir de ce suc pour marquer le linge.
La banane, lorsque son enveloppe est encore verte, présente une chair blanche et sans saveur. Une goutte de teinture d iode placée sur cette chair y fait apparaître une tache bleue; la banane, dans cet état, contient del'amidon et peut être substituée au pain, à la pomme de terre, au maïs; dépouillée de son enveloppe et légèrement rôtie sous la cendre, on la sert à bien des tables en guise de pain. Dans les voyages, lorsqu'on doit faire un long trajet dans lequel on ne rencontrera pas d'habitations, on prépare avec la banane, prise à cet état de maturité, une sorte de biscuit très-commode à transporter; après l'avoir pelée, ou la met dans un four à pain fortement chauffé, où elle reste huit heures environ; elle y perd la moitié de son poids, devient dure, fragile, et peut alors se conserver très-longtemps sans altération. Pour s'en servir ensuite on la met tremper, puis on la fait bouillir dans l'eau en y ajoutant quelques morceaux de viande séehée; on obtient ainsi une préparation très-nourrissante et qui a un goût assez agréable quand la viande a été bien préparée.
La banane à l'état de maturité complète n'est plus farineuse; à mesure qu'elle mûrit, l'amidon se change en gomme, en sucre, et il se produit un acide ; mais entre l'état farineux et l'état sucré, il y a un état intermédiaire sous lequel on consomme généralement ce fruit sur place. Sa saveur alors, soit qu'on la fasse rôtir ou cuire dans l'eau, se rapproche de celle de la châtaigne.
La banane entièrement mûre est aussi d'un usage très-général j coupée en morceaux et frite dans la graisse, son goût est à peu près celui de la pomme dans les beignets. Dans plusieurs provinces d'Amérique on dessèche au soleil les bananes très-mûres; convenablement préparées, elles se conservent et peuvent se transporter aussi bien que les figues sèches dont elles rappellent au reste la saveur.
On a voulu fabriquer de l'eau-de-vie avec la banane : on le peut, mais comme on a dans le pays où réussit le bananier la canne à sucre qui donne le même produit par un procédé beaucoup plus simple et moins coûteux, cette fabrication ne peut présenter d'autre intétérét que celui de la curiosité. Dans certaines fermes isolées et où il serait difficile de se procurer par achat du vinaigre, on en obtient de la banane. Pour cela on remplit un petit panier de bananes mûres (c'est ordinairement la figue banane que l'on choisit), il s'établit dans le fruit une fermentation alcoolique, et le vinaigre formé coule goutte à goutte dans un vase placé audessous du panier. Ce vinaigre est très fort et d'un goût assez agréable.
Le bananier peut être cultivé dans tous les lieux compris entre les tropiques et qui sont peu élevés au-dessus du niveau de la mer. Cependant la température qui lui convient le mieux est celle qui règne à l'équateur au niveau de l'Océan. C'est là qu'on voit le fruit acquérir le plus grand volume. Dans les lieux où la température
moyenne varie de 260 5' à 2,8°, on l'a en telle abondance, que souvent le quintal ne se vend pas plus de 5o centimes. Dans les parties peu distantes de l'équateur, à une élévation de 1000 mètres, la température "moyenne est de 24°, la culture du bananier est encore avantageuse; à 1 5oo mètres, température 210, culture peu profitable ; à 2,000 mètres, température 160, la banane ne mûrit plus ; à 2,5oo mètres, température i3° 5', on ne cultive plus le bananier.
Comme on le pense bien, la chaleur n'est pas la seule condition nécessaire à la réussite de cette plante, il lui faut un terrain abondant en humus humide sans être marécageux. Ainsi, malgré une température très-favorable ( 270 ), cette plante ne vient pas à Payta où la terre est sablonneuse et où il ne pleut jamais; elle ne vient pas mieux au Choco où la pluie est presque continuelle et le sol souvent inondé. Elle prospère au contraire merveilleusement dans la vallée du Cauca, bien que cette vallée n'ait qu'une température moyenne de î4° 4'; maisles pluies , quoique très-abondantes sur les bords du Cauca, sont périodiques, et elles tombent en grande partie la nuit, de sorte que le jour l'action solaire s'exerce sans interruption.
Durant la saison sèche, les bananiers, par leurs larges j feuilles, couvrent d'une ombre épaisse le terrain sur lequel ils ont cru, ety entretiennent l'humidité. La nuit, ces mêmes feuilles se refroidissant par le rayonnement vers un ciel étoile, condensent une partie de lu vapeur aqueuse contenue dans l'atmosphère et la versent au pied de la plante.
M. Boussingault, à cette occasion, cite un autre exemple de formation d'eau aux dépens des vapeurs condensées par ces feuilles, dans des circonstances qui rappellent tout à fait celle du fameux arbre saint des Canaries. Ici il s'agit des singulières sources d'eau douce que l'on trouve sur la côte du Choco. « A Tumaco, ditil, l'eau que l'on boit se recueille dans de petits puits que l'on creuse dans le sable au milieu de bouquets de cocottiers ; ces puits sont bientôt épuisés, mais si la nuit est belle et l'air calme, le lendemain on les trouve remplis; pendant l'obscurité on entend tomber l'eau qui ruisselle des feuilles refroidies. »
Le bananier se plante par boutures ; c'est ordinairement avant la saison des pluies qu'on procède à ces plantations. La terre ayant été remuée à la houe à un demi-pied de profondeur, on y place les drageons de manière à ce que quatre occupent les angles d'un carré de trois mètres de côté. On peut les rapprocher davantage, mais la récolte pour une même superficie de terrain n'augmente pas, elle diminue même beaucoup si les bananiers sont trop serrés. Le drageon, au bout de peu de temps, se transforme en une touffe par le développement de tiges partant de la racine (de 3 à 7 communément). Quelques-uns de ces rejetons périssent en général avant de porter fruit.
La tige la plus avancée de la touffe tarde de sept à onze mois, à dater du moment de sa plantation, avant de porter un régime, lequel prend lui-même deux mois a peu près pour mûrir; de sorte que la première récolte d'un nouveau plant de bananiers se fait attendre de neuf à treize mois. Quand on consomme la banane à l'état farineux, comme c'est le cas le plus général, on gagne dix à quinze jours. On enlève le régime en coupant la tige; à l'époque où celte coupe se fait, la tige la plus avancée après celle qu'on vient d'enlever, et qui
a à peu près la même hauteur, reste de un à trois mois avant de donner son régime. On peut donc attendre de chaque touffe, dans une plantation bien entretenue, trois cueillettes par an, et comme toutes les touffes ne sont pas, quand on les plante, précisément au même degré d'avancement, la récolle d'un champ de bananiers dure pendant tout le cours de l'année.
L'entretien d'un plant de bananiers exige peu de travail; il suffit de remuer de temps en temps la terre dans un rayon d'un demi-mètre autour de chaque touffe, et d'en arracher les plantes herbacées qui croissent dans l'intervalle. Comme à mtsure qu'une tige est coupée, il en sort de nouvelles racines, il en résulte qu'un plant de bananiers bien entretenu peut durer presque indéfiniment. La quantité de fruits qu'il peut fournir est telle que les personnes qui s'occupent d'agriculture en Europe auront peine à y croire. M. de Humboldt a déjà fait voir que ioo mètres carrés de terrain cultivé en bananiers peuvent fournir 200 kilogrammes de substance nutritive; la même surface ensemencée de blé donnera en France i5 kilogrammes de grain ; plantée en pommes de terre, elle en donnera /J5 kilogrammes. « A poids égaux, dit M. Boussingault, je crois que le froment est plus nutritif que la banane; mais celle-ci, je crois, forme une nourriture beaucoup plus substantielle que la pomme de terre. »
Nous rappellerons à nos amateurs de botanique que, dans la méthode naturelle de Jussieu, les bananiers sont rangés parmi les plantes monocotylédo/tes vpigyncs, c'est-à-dire dont la semence ne se développe qu'avec un seul lobe, et qui ont les étamines portées sur le pistil.