‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 220 sur 268 · L'ORANG-OUTAN DE M. VAN ISEGHEM · texte numérisé non relu

L'ORANG-OUTAN DE M. VAN ISEGHEM

Un capitaine de navire marchand, M. Van Iseghem, apporta dernièrement de Sumatra à Nantes un jeune orang-outan vivant, qui montre une certaine intelligence, et sur lequel M. Marion de Procé écrivit à un de nos plus célèbres naturalistes les détails que l'on va lire:

« Son front, dit l'auteur de la lettre, est très-élevé et bombé dans la ligne médiane, de manière à simuler assez bien le front de certains hommes. Il est tout à fait dépourvu de longs poils, ainsi que le reste de la face, sauf les côtés des joues, où de longs poils roux simulent très-bien des favoris.

»Le nez ne fait point de saillie. Les yeux ont une expression d'intelligence et de douceur remarquable. Les paupières sont garnies de longs cils. Le museau n'est nullement proéminent, mais les lèvres sont trèsmobiles et peuvent s'allonger de deux pouces environ. Les oreilles sont bien bordées, et ressembleraient à celles de l'iiomme si elles étaient pourvues du lobule qui caractérise ces dernières.

» La face est d'une couleur ardoisée dont l'intensité va en se dégradant du centre à la circonférence,

» Tout le corps, à l'exception de la face et des parties antérieures et latérales du col, est couvert de poils, et ceux de la tête, se portant d'arrière en avant sur le front, font exactement l'effet d'une perruque.

» Les dents ressemblent à celles de l'homme, sauf un plus grand allongement des canines, qui, dépassant le niveau des autres dents, exige un intervalle dans lequel elles sont reçues. L'animal, qu'on croit âgé de neuf mois, n'a encore que quatre molaires de chaque côté à la mâchoire inférieure, et deux à la mâchoire supérieure.

» Sa taille, quand il est debout, est d'environ deux pieds six pouces.

» Uu sommet de la tête à la terminaison inférieure de la colonne vertébrale, on trouve dix-huit pouces de longueur.

» Le bras est long de huit pouces, l'avant-bras de sept et demi, et la main de six.

» La cuisse, la jambe et la main qui la termine, ont chacune six pouces de longueur.

» J'ai été frappé, poursuit M, Marion de Procé, de la

lenteur des mouvements de l'orang, et surtout de son air calme et réfléchi, de sa sociabilité apparente, et de je ne sais quoi d humain répandu sur sa physionomie. Il est de la plus grande douceur, et recherche les caresses même des étrangers.

» Vous pourrez juger du degré de son intelligence par les deux faits suivants; qui se sont passés sous mes yeux :

»M. Van Iseghem lui donnant à manger d'une certaine distance, il descendit de sa chaise sur laquelle il était assis, la prit à deux mains, la porta auprès de celle de son maître, et se plaça de nouveau sur cette chaise, dans la position qu'il venait de quitter.

» Voulant ouvrir une porte qui communiquait dans une autre pièce, il porta une chaise auprès de cette porte, monta dessus et saisit le bouton de la serrure en lui imprimant un mouvement de rotation semblable à celui qu'il avait vu faire pour l'ouvrir.

«Cet animal est omnivore dans toute la force du terme et très-facile à nourrir. Il paraît aimer la propreté.

» Ce jeune orang fut pris avec sa mère qui l'allaitait et qui mourut bientôt des suites de ses blessures. M. Van Iseghem a conservé une portion de la peau, qui prouve que le tronc de cette femelle, à partir de la nuque, avait au moins deux pieds de long; on dit que debout elle avait cinq pieds de hauteur. Le jeune avait alors environ trois mois lorsque M. Van Iseghem se le procura, grâce à l'obligeance d'un rajah qui, connaissant le désir qu'il avait d'obtenir un de ces animaux, mit pour cela beaucoup d'hommes en campagne. Six mois se sont écoulés depuis lors, et la santé du jeune individu ne paraît pas avoir souffert du changement d'habitudes ni du voyage.»

Dépuis l'envoi de cette lettre, le jeune orang-outan a été envoyé par M. Van Iseghem à la Ménagerie royale de Paris, où il attire un grand nombre de curieux.

Él'HÉMÉRIDES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

l4 juillet. — Tel est le nombre des victimes envoyées à l'échafaud par Robespierre, Saint- Jnst, Coulhon, Billaud Varennes et les autres tyrans du peuple, que nous ne nous sentons plus le courage de les supputer jour par jour. Déjà nous avons compté plus de trois cents condamnations depuis le 1' r juillet ; du 14 au 28 juillet, il y en eut plus de quatre cents; de sorte que leur nombre fut, pendant ce mois, de près de huit cents.

Un grand événement vint heureusement mettre un terme à la terreur révolutionnaire.

27 juillet (9 thermidor). — Après avoir exercé leur rage sur la foule des honnêtes gens qui ne sympathisaient pas avec eux, les meneurs de la Convention en étaient venus à se sacrifier les uns les autres. Robespierre, jusque-là le plus habile et le plus redouté, venait de vouer à la proscription les hommes qui étaient le plus compromis dans la révolution, Collot d'Herbois , Billaud Varennes, Cambon, Bourdon de l'Oise, Fréron, etc., lorsque l'imminence du danger inspira aux proscrits le courage de combattre le tyran. Tallien, excité par une femme qui joignait une certaine fermeté de caractère à une grande beauté, et qui l'avait entièn ment subjugué, porta le premier la parole dans la Convention contre Robespierre.il tira un poignard et déclara qu'il percerait

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MAGASIN UJNIVERSEL.

le sein du nouveau Cromwell, si la Convention n'avait pas le courage de le décréter d'accusation. L'Assemblée électrisée fit arrêter à l'instant Robespierre,Couthon, Saint- Just et Lebas. — Les Jacobins accourent, enlèvent les prisonniers au moment où on allait les incarcérer au Luxembourg, et les conduisent à la commune. Les faubourgs s'ébranlent, les canonniers dévoués aux Jacobins font rouler leurs pièces comme au 10 août; mais Barras, nommé commandant de la force armée par la Convention, enveloppe les bandes des Jacobins rassemblés devant l'Hôtel- de-Ville, et leur fait mettre bas les armes. Lebas se tue d'un coup de pistolet; Robespierre veut en faire autant, mais il ne fait que se briser la mâchoire. On le transporte avec les autres membres de la commune dans les salles des comités de la Convention.

28 juillet. — Robespierre et ses complices sont traînés couverts de sang et de fange, au milieu des cris de joie du peuple, au lieu du supplice. A quatre heures du soir la France est délivrée de ces tyrans.

29 juillet. — Soixante-neuf membres de la municipalité de Paris sont livrés au bourreau.

3i juillet.— David, le peintre, est, à cause de son alliance avec les Jacobins, exclu du comité de sûreté générale.

En rappelant à nos lecteurs les sanglants souvenirs d'une funeste époque, nous n'ignorons pas que nous déplairons à certains esprits qui nous accuseront de ne voir dans la révolution française que les scènes de violence et d'anarchie. Notre réponse sera péremptoire. Ou ces affreux excès tenaient à l'essence même de la

révolution, à l'origine du gouvernement républicain, e' il faut avoir la franchise de le publier; ou il ne faut en accuser que la nature des hommes qui les ont commis, et alors la morale éternelle nous oblige à afficher bien haut les noms de ces grands coupables, pour éviter le retour de semblables calamités.

Tels étaient et le nombre des prisons établies par les destructeurs de la Bastille et celui des malheureux qu'on y entassait, que la récolte ne put se faire en bien des lieux, faute de bras, et qu'on dut mettre provisoirement en liberté les laboureurs, journaliers, etc., détenus comme suspects. Les femmes elles-mêmes se trouvaient en foule dans les cachots, et bienheureux ceux qu'on faisait parquer sur le pavé des temples déserts: ceux-là du moins respiraient; mais combien d'autres étaient entassés dans les caveaux des prisons et des monastères transformés en geôles ! Parmi les prisonniers, il s'en trouva qui, pour sauver leur vie, se firent espions, et chaque jour livrèrent une liste de cinquante de leurs compagnons. Plus tard, sur l'ordre du tribunal révolutionnaire, transmis aux détenus par Fouquier-Tinville, l'accusateur public, en éleva le nombre à soixante, puis à cent, puis à cent cinquante. Quand Robespierre tomba, tout était disposé pour qu'un aqueduc immense conduisît le sang des suppliciés de la place Saint-Antoine, lieu des exécutions, jusqu'à la Seine. Une loi confisquait les biens de ceux qui se suicidaient dans les prisons. Ainsi, le père ne pouvait, en évitant le jugement et la condamnation, empêcher son fils d'être ruiné.

(Vue de l'intérieur du vieux clocher de Chartres ( Voyez pages 337 et 338. Les Bureaux cV Abonnement et de Fente sont rue des Grands-Jugustins, 20.

Paris, imprimerie de DECOURC1UNT, rut d'Eifurlb, 1. —Presse méc.faljr. ar Guoooei

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