LES PINS
EXTRACTION DE LA TEREBENTHINE, DES RÉSINES, DE LA POIX, DU GOUDRON ,etC.
(Extraction du 'goudron en Suède, vue prise sur les lieux.)
Il est peu d'arbres aussi utiles à l'homme que les diverses espèces de pins. Ils sont employés au chauffage, à l'éclairage, dans la construction des charpentes des bâtiments et des maisons, et dans les nombreuses applications de la menuiserie. Les résines qu'on retire de l'arbre vivant servent à une infinité d'usages, en construction, en peinture, en pharmacie, et prêtent même leur secours à la musique instrumentale. Legoudron, la poix, en lesquels se transforment ces résines, ajoutent à la durée de nos bâtiments, de nos cordages, de nos chaussures. Les feuilles et l'écorce de certains pins entrent dans lanourriture de l'hommeetdesestroupeaux. Enfin, et c'est là le plus saillant des services que nous tirons de ces végétaux, les pins conviennent on ne peut mieux pour préparer aux exploitations agricoles les terrains les plus arides, et pour fixer ces masses mouvantes de sables qui ont envahi plusieurs parties de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique.
Le pin sauvage est le plus commun de tous. Il croît spontanément dans une grande partie de l'Europe, sur- Tome III. — Août 1836.
tout dans le nord, et dans les pays de montagnes; il est commun en France, daas les Alpes, les Pyrénées, les Vosges. On le trouve en Bourgogne, en Auvergne, aux îles d'Hyères. Vous lirez dans bien des auteurs qu'il en existe des variétés nombreuses; mais cette distinction est puérile. Droit et haut dans un pays froid et humide où il vient en forêts épaisses ; tortueux, rabougri dans les contrées chaudes et toutes les fois qu'il vit isolé, c'est toujours, néanmoins, la même sorte de pin sauvage.
Du bois de ces pins sauvages vous tirerez d'excellfcntes matières. Dans le Nord on en fait des maisons, des meubles, des traîneaux, des flambeaux : son écorce extérieure, si légère, sert, comme le liège, pour soutenir sur l'eau les filets des pêcheurs. Dans l'intérieur de l'écorce, le Lapon trouve un aliment muqueux, et le paysan suédois en fait du pain. Dans les contrées que nous venons d'énumérer, comme en Allemagne, en Pologne et en Norwége, le pin sauvage fournit un très-bon chauffage et un charbon recherché pour les forges.
Le pin sauvage est bien supérieur au sapin pour la
solidité et la durée; aussi, non-seulement en fait-on des poutres, des chevrons, des planches, mais l'emploie t-on de préférence dans les endroits humides. Il se conserve si bien dans l'eau, qu'on en fait, avec grand avantage, des pilotis, des tuyaux pour les eaux, des corps de pompe, des palissades et jusqu'à des échalas. Les jardiniers ont fait de ce pin sauvage un objVt d'ornement pour les parcs. Sa forme pyramidale, ses branches horizontalement étendues, sou aspect pittoresque, servent on ne peut mieux pour jeler de la variété dans les masses d'arbres, ou pour produire, parleur isolement, des effets dans les parties saillantes d'un jardin anglais.
Le pin d'Ecosse, auquel la couleur plus foncée de son bois a fait aussi donner le nom de pin ronge, ressemble beaucoup au pin sauvage et s'emploie aux mêmes usages. Les Anglais en font une grande consommation pour la mâture de leurs navires.
Une variété de pin, celle qu'on appelle mitglio, mérite d'être citée à cause de la grande dureté de son bois, Les Lapons en fout des arc>> et de ces longues semelles qui leur servent à courir, en glissant, sur la neige. Vous le trouverez dans les Pyrénées et dans les Alpes. Les paysans de ces dernières montagnes les emploient en guise de torches.
Nous ne mentionnerons que pour l'acquit de notre conscience : i° le pin pumilio, si abondant en Hongrie, en Silésie, en Carniole, et si résineux, que ses fruits coniques distillent naturellement une huile essentielle très-odorante, qu'on vend en Autriche sous le nom de Balsamutn c-arpaticum j a0 le pin -variable, dont on fait dans le Holslcin et les Hautes^CaroUncs tes murs et les toits de presque toutes les maisons. Débité en madriers et en planches, employé en mâtures, ce pin est l'objet d'une exportation considérable.
Nous accorderons une place plus étendue au pin d'A/ep que le vulgaire appelle pin de Jérusalem, non parce qu'on le cultive, comme bien d'autres espèces, dans nos jardins d'agrément, mais à cause de laLondance de sa résine, et de la possibilité de l'élever dans les terrains les plus arides, pourvu que l'exposition en soit bonne. Le pin à' Alep e:-rt exploité avec succès en Provence, comme le pin maritime dans les landes de Bordeaux, ainsi qu'on le verra tout à l'heure. Les pieds les plus riches sont ceux qui reçoivent le mieux les rayons du soleil; la gelée les fuit grandement souffrir.
Nous devons, à plus lorte raison encore, citer le pin de Corse ou pin Laricio, le plus grand et le plus beau de tous les arbres de c< tte famille qui viennent avec succès en France. La culture du Laricio ne souffre aucune difficulté; il résiste aux plus fortes gelées de Paris. Son bois, il est vrai, ne vaut pas celui du pin sauvage du Nord, mais on en lire encore ua bon parti, notamment dans le port de Toulon; et quand, sous l'Empire, les flottes anglaises nous privaient des arrivages étrangers, le pin de Corse fut d'un grand secours pour nos constructions de marine.
Le pin de Corse se retrouve aussi, a-t-on dit, en Hongrie et en Amérique, où il porte les noms d^p'iu rouge, ou de pin Jaune. Les Américains le recherchent pour les ponts des navires, attendu qu'un tronc de ce Laricio peut fournir des planches de /jo pieds sans aucun nœud. Le fameux Saint-Laurent, de cinquante canons, que les Français avaient construit à Québec, il y a soixante-quinze ans environ, avait sa mâture en pin de Corse.
Nous terminerons cette revue rapide des principales espèces de pins par quelques lignes sur le pin maritime, arbre précieux pour le midi et l'ouest delà France. Vous le rencontrerez tantôt avec de petits fruits de 3 pouces au plus de longueur, tantôt avec des fruits doubles en dimension, sur les bords de la mer et dans les contrées voisines. Le Languedoc, la Provence, les Landes de Bordeaux, les sables arides des environs du Mdns, la Bretagne, en possèdent de nombreuses et précieuses agglomérations. Un hiver troprigourcux nuirait à ce pin originaire du Midi; aussi on le rencontrera surtout au delà deParis. On en a fait d'heureuses plantations dans la Sologne et même dans la forêt de Fontainebleau. Ceux de nos lecteurs qui ont pu visiter cette dernière ville se rappellent sans doute cet épais rideau d'arbres toujours verts, qui s'étend vis-à-vis le château, au delà du jardin; là jadis il n'y avait qu'un espace à peu près inculte, des rochers tristes et nus. Un ordre de l'empereur fit couvrir de jeunes pins celte immense étendue, et comme par enchantement s'éleva une forêt, qui a déjà couvert le sol pierreux d'une épaisse coik lie de débris végétaux. Cette plantation est d'un effet admirable : il y a plaisir à entendre, le soir, du haut des fenêtres du vieux palais, s'engouffrer le vent dans la forêt ondoyante, et à fuir la chaleur du jour sous ces arbres où voltigent des myriades d'écureuils.
A Toulon le pin maritime s'emploie pour le doublage des embarcations, pour les pilotis et pour les étais que l'on place sous les navires en construction. Dans toute la Provence et dans les landes de Bordeaux, cet arbre sert pour le chauffage comme pour la charpente; mais c'est surtout la résine et le goudron qu'on en retire qui font de ce pin un objet important de culture et d'opération manufacturière.
Il faut plus de vingt ans à un pin maritime pour qu'il puisse être exploité avec avantage. Les résiniers^ dont nous avons déjà parlé dans ce recueil (/ . i*r vol., p. 227), jugent un arbre assez avancé quand, l'entourant d'un bras, ils ne peuvent apercevoir l'extrémité de leurs doigts. Ils enlèvent la grosse écorce avec la coguée, depuis le sol jusqu'à 18 pouces de hauteur, mais sur une largeur de quelques pouces seulement. Ils creusent au pied de l'arbre, et dans le tronc lui-même, une cavité, et pratiquent, en pénétrant jusqu'au bois, une eutaille de (j pouces de hauteur et de 4 pouces de large.
De ces entailles sort une matière résineuse, blanche comme de la cire,uommée&fl/ra3 ou galipot, qui se fige contre les bords et qu'on récolte à part à la fin de la saison, puis une matière molle ou térébenthine, qui se rassemble dans les cavités pratiquées au bas des entailles.
Cette térébenthine se récolte quatre fois par an. On la rassemble dans des fosses de la capacité de deux cents barriques, et garnies de madriers de pin joints avec assez de juslesse pour que la partie la plus fluide de la résine ne puisse s'échapper.
La résine molle est d'abord fondue et passée à travers une couche de paille placée sur une espèce de claie. Par là, elle se purifie des corps étrangers. Le galipot ou résine blanche se purifie de même et devient alors poix jaune ou de Bourgogne. Ce galipot, tenu en fusion, agité pendant quelque temps, puis jeté sur un filtre de paille, forme la résine jaune.
Mais, avant d'aller plus loin, il est bon de prévenir
MAGASIIN UNIVERSEL.
le lecteur que, pour entretenir l'écoulement de la résine, on est obligé de rafraîchir de temps à autre les bonis de la plaie faite à l'arbre et d'accroître la fente. L'expérience a appris aux résiniers des landes de , Bordeaux qu'il ne fallait pas dans une même saison aller au-delà de 18 pouces de hauteur. Dans les saisons suivantes, on s'élève ainsi jusqu'à 12 ou 1 4 pieds. Arrivé à cette limite, on s'arrête, mais on recommence tout à côté, en traçant une entaille parallèle, et on fait ainsi le lourde l'arbre en fendant de nouveau sur leurs bords les anciennes entailles fermées avec le temps. Cette opération peut durer près d'un siècle.
Nos lecteurs connaissent déjà l'adresse avec laquelle les résiniers grimpent après les pins, s'y maintiennent accrochés et opèrent sur l'arbre. On a calculé qu'un bon ouvrier peut facilement préparer 3oo pieds de pins par jour.
La résine térébenthine, soumise à la distillation avec de l'eau, donne ce que nous avons appelé Vesse/ice ou Y huile essentielle de térébenthine , dont tous nos lecteurs connaissent sans doute l'odeur pénétrante. On en fait un grand usage en peinture, attendu qu'elle se mêle très-bien avec l'huile et les couleurs; elle sert aussi à vernir les meubles et les planchers qu'on recouvre d'une couche de cire dissoute dans cette huile.
Le résidu de la distillation est ce qu'on appelle colophane, brai sec ou arcanson, suivant son degré de pureté. Ce résidu sert à dégraisser les archets de violon el de basse, à faire prendre des soudures, à faciliter les étamages des métaux, etc.
Les copeaux provenant des incisions des arbres et les crasses des filtres de paille contiennent une certaine quantité de résine. On en extrait cette matière en entassant ces débris dans un four ou dans une fosse, et les allumant par le haut. La flamme gagne de proche en proche, la résine coule roussâtre sur le sol du four, et s'écoule, par un canal, dans une cuve à moitié pleine d'eau. Le produit déposé est presque liquide; on lui donne de la consistance en le faisant cuire dans une chaudière sur un fourneau ; cette cuisson lui fait perdre sa nuance rousse et il devient poix noire.
Quand les arbres trop vieux ne peuvent plus fournir de térébenthine, on les coupe en petits fragments pendant l'hiver, fragments que dessèche la chaleur de l'été; puis on entasse ces morceaux dans une fosse, on les recouvre de gazon et on y met le feu. La partie résineuse se liquéfie, descend sur le fond du four et coule, par un canal souterrain, dans un réservoir placé à l'extérieur. Coproduit résineux, en partie charbonné, est le goudron, si usité pour ca(fater\es navires, les cordoges, etc.
Le noir de fumée est le dernier produit de l'exploitation des pins. 11 peut s'obtenir dans l'opération précédente, ou en brûlant dans un appareil particulier les résidus de goudron, de résine, d'ecorces de pins. On fait passer la fumée qui résulte de cette combustion par une chambre ou tour ronde, dans laquelle est suspendu un cône en toile. Le noir de fumée se dépose, en partie sur les murs de la chambre, en partie sur le cône en toile, et les gaz qui constituent le reste de la fumée s'échappent par une ouverture ménagée au haut de la chambre.
La fabrication de la résine, du goudron et des autres produits marchands qu'on peut extraire du pin, a reçu de notables perfectionnements et peut s'opérer avec
ensemble et précision dans des appareils plus savamment construits et plus chers que ceux que nous avons décrits. Nous avons voulu, pour aujourd'hui; nous borner au mode d'exploitation le plus généralement suivi. A cet article est joint, comme l'a vu le lecteur, une vignette dont le croquis a été fait en Suède, et qui représente la fabrication du goudron. Les fours creusés dans la terre, le madrier placé au milieu de la masse des copeaux amoncelés dans une espèce d'immense baquet qui se soulève avec le madrier luimême, comme on le voit sur la gauche du dessin, les treuils destinés à enlever ce madrier, l'entonnoir dans lequel tombera le goudron , tout est reproduit dans cette vignette dessinée sur les lieux.
EPHÉMIÏRIDES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
4 août. — L'Assemblée constituante vote l'abolition du régime féodal. Deux gentilshommes marquants, MM. le vicomte de Noailles et le duc d'Aiguillon, attaquent les premiers ce régime, tout en demandant que ces droits féodiux soient rachetés. Ces messieurs avaient des dettes, et pour les payer ils faisaient bon marché des anciens usages.
8 août. — Les justices seigneuriales sont abolies.
23 et 24 août. — Renaissance de la liberté des discussions religieuses et de la liberté de la presse.
année 1790.
6 août. — Abolition du droit d'aubaine. Les ministres font part à l'Assemblée du mécontentement des armées de terre et de mer.
7 août. — M. d'Argis, au nom du châtelet, prononce, contre l'insurrection des 5 et 6 octobre 17H9, un discours où le duc d'Orléans et Mirabeau sont désignés comme auteurs de ce mouvement séditieux. Nos lecteurs savent que, dans ces fatales journées, la populace de Paris, ameutée sous le prétexte de la cherté du pain, avait été, en armes, arracher la famille royale du château de Versailles, et avait massacré un certain nombre de gardes du corps.
25 août. — Les ecclésiastiques sont exclus de toute fonction judiciaire.
année 1791.
4 août. — Organisation définitive des gardes nationales qui se rendent aux frontières.
14 août. — L'Assemblée refuse de conserver au fils aîné du roi le titre de dauphin.
18 août. — On apprend que l'Espagne cesse toute relation diplomatique avec la France.
20 août. — On annonce la destruction de la statue de Louis XIV élevée à Caen.
24 août. — Le duc d'Orléans déclare à l'Assemblée qu'il renonce formellement aux droits de membre de la dynastie régnante, pour devenir simple citoyen.