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UNE FÊTE DE PRINTEMPS

Il est d'usage dans la ville de Zurich de faire sonner à six heures du soir, le 21 mars, premier jour du printemps, la cloche des vêpres; cette salutation annuelle se nomme sechsitauier (la sonnerie de six heures). La bourgeoisie de Zurich , partagée en seize corporations, se rassemble pour prendre part à cette fête, chacune dans un local particulier appelé zanfthaeuses (maisons de corporations). Au sortir de là, chaque corporation se dirige processionnellement en voiture , à cheval ou en bateau vers le lac pour se rendre des visites réciproques. Nous allons donner ici une description de la fêle qui eut lieu au mois de mars dernier.

A trois heures de l'après-midi la corporation appelée Die ivaage (les balances), composée de marchands, d'employés , etc., commença à se mettre en marche. Elle représentait un superbe train de chasse à la manière anglaise; en tête étaient les postillons et les jockeis; puis les chasseurs, revêtus de riches uniformes , suivaient à cheval , accompagnés de jeunes et jolies amazones que, dans nos villes de France, les jeunes gens, si légers, n'auraient peut-être pas entourées d'égards aussi respectueux; après elles paraissaient les voilures de chasse attelées de quatre chevaux, suivies d'une voiture remplie de jeines gens que précédait un chariot chargé de lièvres , destinés à être offerts en cadeau à chaque autre corporation.

Venait ensuite celle des maçons et des charpentiers; ils avaient construit sur les bords de la rivière la Limath, à l'endroit où le pont devait être jeté , une charmante petite maison décorée de fleurs et de verdure. Elle fut viciée parla corporation des maréchaux-ferrans , des bateliers, des tanneurs, qui s'y rendirent en bateaux et furent accueillis par des salves de petits mortiers ; le vin fut versé avec profusion, on porta des toasts, et le soir la petite maison fut illuminée.

La corporation des meuniers et des boulangers , vêtus d'habits blancs et la figure enfarinée, formait une milice burlesque. Il était six heures du soir lorsqu'elle fit sen apparition; je me trouvais sur le grand pont au milieu d'une foule immense, accourue de lointaines contrées pour jouir de la vue de ce bizarre spectacle.

A huit heures la corporation des bouchers fit sa procession ; elle offrait un tableau du moyen-âge aussi magnifique que surprenant. Quatre personnages en costume de boucher marchaient en tête ; ensuite trois anciens chevaliers allemands, quatre autres rangs de bouchers en chemises blanches, casquettes pareilles et gilets rouges, précédaient un orchestre nombreux de musiciens; plusieurs jeunes garçons ainsi que des fiancées portaient le vieil habit suisse; sur le drapeau de la corporation, qui flottait au milieu, est représenté un bélier; puis venaient quatre bouchers portant un lion de bois doré qui leur avait été décerné en 1850, lors de la corporation des nobles et des habilans de la campagne , tendant à changer le gouvernement. C'était la nuit; les conjurés avaient déjà pénétré dans la ville, lorsque les bouchers s'en aperçurent, les attiquèient, donnèrent l'alarme, et remportèrent ainsi une victoire qui leur mérita la reconnaissance des bourgeois.

Mais revenons à noire procession: les bouchers, porteurs du lion , étaient suivis de plusieurs rangs de leurs confrères habillés comme les précédens; un bohémien conduisant un grand ours attaché à une longue chaîne les accompagnait ; l'ours amusait la foule par ses gambades et les

toasts nombreux qu'il portait aux autres corporations; des flambeaux portés par des bouchers venaient éclairer de leur pâle lueur cette parade toute magique que terminait un groupe assez nombreux de chevaliers.

La corporation des tailleurs avait voulu réunir et mettre en regard l'ancien et le nouveau genre; le chef portait un habit demi-moderne, demi-gothique.

Les serruriers et les maréchaux ferrans donnèrent une représentation assez ingénieuse des discussions des partis politiques. Elle se termina par le tableau d'un fort beau cimetière, au milieu duquel se trouvaient les vieillards indiquant du doigt un tombeau tandis qu'un chœur chantait des couplets dont le refrain se terminait par ces mots : « Là nous sommes tous égaux. »

Pendant toute la nuit les corporations se firent mutuellement des visites. On n'entendait que bruit de tambours, coups de fusils et musique: des feux de joie étaient allumés sur toutes les montagnes entourant la ville ; enfin l'allégresse était générale; on semblait défier la tristesse et ,1e malheur. Des boulangers jetaient à la foule des paniers «le biscuits et de gâteaux: le ciel était pur e' les étoiles brillantes semblaient vouloir rivaliser avec l'éclat des feux qui paraissaient euibraser la ville.

(Abendzeitung , Gazette du soir de Dresde.)

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