‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 24 sur 268 · CONTRE LES CATHOLIQUES PAR HENRI VIII · texte numérisé non relu

CONTRE LES CATHOLIQUES PAR HENRI VIII

Aux honneurs de chef suprême de l'église d'Angleterre , Henri VIII voulut joindre les profns que ce titre lui offrait. Les richesses du clergé tentaient sa cupidité; mais, par un reste de ménagement pour les esprits, il résolut de procéder avec mesure ; il n'attaqua d'abord que les monastères d'une classe inférieure , et , avant même de prononcer leur spoliation, il essaya de la faire approuver par l'opinion publique. Thomas Cromwell , secrétaire d'étal , avait été nommé vice-régent ou vicaire-général du roi pontife. Il envoya des commissaires dans les couvens des deux sexes , et donna la plus grande publicité à leurs rapports. Les historiens, prolestans eux-mêmes, et notamment Hume, ne dissimulent pas que ce fut l'envie de plaire au roi , et non la vérité , qui dicta la plupart de ces relations monstrueuses.

Il n'y a point d'infamies, point de forfaits sous le ciel, dont ne fussent accusés les moines et les religieuses. On prétendit que tous demandaient leur liberté , et cependant on employa la violence pour les arracher de leurs retraites. Docile aux instructions qui lui furent remises-, le parlement se borna d'abord à supprimer les monastères dont le revenu était au-dessous de 200 livres sterlings. Il s'en trouva trois cent soixante-seize. La totalité de leurs revenus s'élevait à 52,000 liv. sterlings, et leur mobilier à 100,000 liv. sterlings.

Le spectacle d'une multitude de religieux chassés de leurs couvens et errant dans les campagnes, pénétra les peuples de pitié et d'indignation

Henri VIII avait imposé au clergé une nouvelle profession de foi. Il révolta les catholiques, en réduisant les sept sacremens à trois; il irrita les prolestans, en leur ordonnant de croire à la présence réelle. Le mécontentement des premiers ne tarda pas à éclater; de nombreux rassemblemens, ou plutôt des armées d'insurgés, marchèrent sur Londres pour demander vengeance des outrages faits à l'antique religion du pays. Henri VIII parvint à les sou-

mettre : dès-lors, il prit «ne résolution qui satisfaisait à la fois sa vengeance et sa cupidité. L'entière destruction des monastères lui parut le moyen le plus sûr et le plus prompi d'enlever aux mécontens leurs dernières ressources et d'augmenter les siennes. Ici, comme dans la première opération, la rapacité se couvrit encore d'un zèle spécieux pour l'intérêt des mœurs et de la religion même. On prit grand soin de diffamer ceux que l'on voulait ruiner : on répandit avec profusion de nouveaux tableaux des débordemens et des turpitudes que l'on prétendait avoir découverts. Dans les cloîtres, par la séduction, on amena quelques riches prélats à renoncer à leurs abbayes; par la menace, on en força d'autres à faire l'abandon volontaire de leurs revenus. En vain, des voix courageuses s'élevèrent pour obtenir, au nom de l'humanité et de la morale, la conservation de quelques couvens de femmes.

Henri VIII fut inflexible, et la spoliation totale. Pour prévenir les murmures du peuple, on imagina de lui faire un divertissement de ce qui aurait pu exciter sa compassion ou blesser sa piété. On exposa, sur la place publique, des images de saints, des crucifix à ressort qui avaient servi, disait-on, à opérer des miracles. Par une dérision barbare, une grande statue de la Vierge fut employée à bi ûler le père Forest, ancien confesseur de la reine Catherine d'Aragon que l'on accusait d'avoir nié la suprématie du roi. Les reliques des saints, après avoir été dépouillées de leurs richesses, furent jetées au feu; la plus célèbre de toutes, la châsse de saint Thomas de Cantorbéry, qui était depuis plus de quatre siècles, l'objet de la vénération de l'Angleterre, fut mise en pièces. Le roi en fit arracher un diamant d'une grande valeur, offrande de Louis VII, roi de France, et ne rougit pas de le porter au doigt; le saint lui-même fut cité devant le roi en son conseil', jugé et condamné comme traître, son nom effacé du calendrier, ses os brûlés, ses cendres jetées au vent. Les habitans des campagnes, dont un grand nombre tenait à bail, et aux conditions les plus avantageuses, les terres appartenant aux abbayes et aux monastères, firent éclater leurs plaintes. Pour les apaiser, on leur disait qu'au moyen de cet accroissement de revenus le roi serait en état, à l'avenir, de les exempter de toute espèce de taxes ou d'impôt; mais Henri ne tarda pas à s'apercevoir qu'on lui avait singulièrement exagéré la valeur de ces biens. On les avait estimés au quart du revenu territorial du royaume entier, qui était, à cet époque, de 4 millions sterling. I! fut prouvé qu'ils ne s'élevaient pas au vingtième de celte somme. Henri crut que le meilleur moyen de se faire pardonner tes rapines était d'intéresser au partage ceux mêmes dont il redouiail la censure. Il con- Céda en pur don des terres très considérables; il vendit à vil prix des églises et des bàtimens, dont la démolition seule rendait à l'acquéreur le double et le triple de la somme payée. Il poussa si loin la prodigalité en ce genre, qu'il donna le revenu entier d'un abbaye à une femme, pour la recompenser d'avoir fait un pudding à son goût.

Gharles-Qniril, politique bien plus profond, en apprenant ces actes de violence et d'iniquité , s'écria : « Mon frère Henri a tué la poule aux œufs d'or. » L'événement prouva bien ôl la justesse de cette comparaison. L'état ne profita en rien des dépouilles du clergé. Tombées dans d'indignes mains, elles n'aboutirent qu'au renversement de l'ordre et à la corruption des mœurs. Enflés de leurs fortunes soudaines , les individus les plus abjects sortirent de la fange et voulurent être révérés, si non comme de grands seigneurs, du moins comme des seigneurs opulens; séduit par l'appât du gain, l'homme faible étouffa la voix

de sa conscience; il devint le complice, et bientôt après l'apologiste du crime.

Au milieu de l'envahissement général des biens ecclésiastiques, un ordre religieux et militaire était resté intact. L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, que l'on commençait à nommer l'ordre de Malte, était souverain. Il avait rendu et rendait chaque jour d'immenses services à la chrétienté; mais il était riche: la spoliation des biens qu'il possédait en Angleterre fut résolue; le parlement se prêta sans résistance à cette nouvelle iniquité. Plus lard, H nri, qui avait besoin d'argent pour faire la guerre au roi d'Ecosse, dont il lui lardait de se venger, reprit le cours de ses extorsions. L< s biens des évèchés, des chapitres, des collèges, des hôpitaux mêmes: en un mot, tontes les fondations pieuses qu'un reste de pudeur avait sauvées de ses premiers pillages, devinrent sa proie, ou plutôt celle de quelques spectateurs avides qui profitèrent de l'embarras des finances pour se les faire adjuger à vil prix (I). D'ailleurs, la partie saine de la nation vit celte sorte d'acquisition avec horreur, et se fit un devoir de continuer de n'y prendre aucune i art.

Il est impossible de jeter les yeux sur un pareil récit sans être frappé de sa ressemblance extraordinaire avec le tableau de notre première révolution. Il ne manque pour la compléter que la réforme religieuse.

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