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MARGUERITE DE NAVARRE

La femme dont nous allons esquisser la biographie, et dont la vignette jointe à cette notice reproduit les traits, est l'une de celles qui ont le plus brillé à la cour de France. Sœur de François Ier, mère de Jeanne d'Albret (1), et dès lors aïeule de Henri IV, Marguerite de

(1) Voyez la notice publiée sur Jeanned'Albret, 3e année, page 332.

Navarre devrait à cette parenté seule une certaine illustration; mais le rôle qu'elle a joué dans les affaires politiques de la France, et la part d'influence qu'elle a exercée sur les lettres, lui donnent de tout autres droits à l'attention des historiens.

Marguerite de Navarre avait été élevée à la cour de Louis XII. Une éducation des plus brillantes avait développé chez elle un goût naturel pour les lettres. La plupart des langues vivantes étaient parlées par cette princesse, et l'hébreu lui-même avait été l'objet de ses études.

Plus tard Marguerite s'entoura d'hommes célèbres par leur esprit; Clément Marot, Bonaventure Desperriers et d'autres écrivains étaient attachés à sa personne, et tout le temps qu'elle ne donnait pas aux affaires, elle le consacrait avec empressement aux savants entretiens. Aussi disait-on que la chambre de Marguerite était un vrai Parnasse.

Marguerite de Navarre a laissé plusieurs productions légères que les érudits seuls recherchent aujourd'hui, et que leur caractère, quelque peu licencieux, éloignera de toutes les bibliothèques de famille. A cinquante ans Marguerite écrivait encore des mélanges de vers et de prose, et ses sujets étaient, comme auparavant, empruntés aux fadeurs de la galanterie.

Les écrits laissés par Marguerite peuvent faire préjuger le caractère de sa vie politique. Chargée par François Ier, qui l'appelait sa mignonne et la Marguerite des Marguerites, de plusieurs missions importantes,elle s'en acquitta avec honneur, et donna à ce prince

des conseils pleins de sens; elle sut aussi, une fois mariée en secondes noces à Henri d'Albret, roi deNavarre, faire prospérer l'agriculture, le commerce et les arts dans son petit royaume, et préparer les voies à Jeanne d'Albret. Mais, dans ses relations avec les protestants et les catholiques, dans ses négociations avec les deux camps, elle montra une grande instabilité. La protection qu'elle accorda à quelques protestants rendit sa foi suspecte; les professeurs du collège de Navarre osèrent la jouer publiquement sur leur théâtre de Paris. Marguerite avait tenté une entreprise inexécutable à cette époque: elle voulait rapprocher les catholiques des dissidents, et le pape Adrien V I la pria de le seconder dans cette oeuvre de réconciliation.

La tendresse qui unissait Marguerite à son frère était des plus vives; quand ce prince tomba aux mains des Espagnols et fut par eux emmené en Espagne, Marguerite' s'empressa d'aller lui porter des consolaîions.

La fin de Marguerite fut hâtée par la présence d'une comète. L'apparition d'un de ces astres signifiait alors la mort prochaine de quelque personne éminenle en dignité. Marguerite, qui partageait la crédulité commune de la cour et du peuple, s'imagina qu'elle était la victime désignée par le sort, et, malgré les paroles rassurantes des médecins, la belle princesse, frappée de frayeur, mourut peu de temps après. Sa mort arriva le 22 décembre i54g: elle avait vécu cinquante-sept ans environ.

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