‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 238 sur 268 · LES BAINS DE PFEFFERS · texte numérisé non relu

LES BAINS DE PFEFFERS

Les fameux bains minéraux dePfeffers, établis dans le canton suisse de Saint-Gall, à la source de la Tamina, sont construits au fond de la plus épouvantable gorge qui soit peut être sous le ciel, dans un espace d'à peine i5o pieds de lar^e, y compris le lit de la Tamina et une terrasse artificielle, destinée à la promenade des malades; encore a-t-il fallu, pour conquérir cet étroit espace, faire sauter des rochers, et hâter par le feu le travail trop lent des eaux qui les rongent. De l'autre côté du torrent, dont les flots s'y brisent avec fureur, se dresse, à la hauteur de près de 700 pieds, une énorme paroi de rochers, absolument verticale, et d'un aspect et d'une nudité véritablement effroyables. L'œil qui mesure en frémissant l'élévation de ce formidable rea?part, aperçoit à son extrémité un échafaudage en bois, dont les frêles appuis sont scellés dans le roc, et par où les habitants des bains reçoivent les provisions qui s'y consomment. Les rayons du soleil, repoussés ici de toutes parts, ne percent, dit un voyageur, qu'à près de midi dans ce gouffre, et ne l'éclairent que quatre heures, dans les plus longs jours de l'année. Un triste et froid crépuscule est ainsi le jour habituel de ces demeures; et comme on n'y voit guère que des malades, dont les figures pâles et amaigries retracent, sous toutes les formes, le hideux tableau des infirmités humaines, je me suis cru, sans métaphore, descendu tout vivant dans l'empire des infernales ombres.

A quelques pieds au delà des bâtiments des bains, les deux parois de rochers se rapprochent et forment cette çorge fameuse de la Tamina, au fond de laquelle jaillissent les sources d'eau minérale. La grotte qui les reçoit est éloignée de plus de (ioo pas des bains, où elles arrivent dans des tuyaux de bois; et ces canaux, aussi bien que le pont de planches qui conduit au fond de ce ténébreux abîme, ne reposent que sur des coins enfoncés dans les rochers. Il est bien vrai que l'imagination la plus vive ne saurait égaler, par ses conceptions les plus noires, l'amas d'horreurs que la nature a rassemblées en ce lieu; jamais traits formés par une main humaine n'approcheront de cette affreuse réalité; et le Dante n'eût trouvé qu'ici une porte digne de son enfer, et des couleurs pour peindre les terreurs qui en assiègent l'entrée, le bruit et le silence, les ombres et les clartés également sinistres, qui en rendent l'accès redoutable et la perspective effrayante.

Les deux énormes rochers, d'une pierre calcaire, noirâtre, crevassée, fendue, déchirée de mille manières, tantôt se redressent à une hauteur de près de 3oo pieds, tantôt s'inclinent l'un vers l'autre, au point d'intercepter tout à fait le peu de jour qui pénètre au fond de cet abîme. La seule lueur qui vous dirige encore dans ces sombres profondeurs, est celle de la Tamina, constamment blanchissante d'écume, et dont l'onde furieuse, véritable chien de ce Tartare, se remplit de ses éternels aboiements. On n'a le plus souvent, pour

se soutenir au-dessus de cet effroyable gouffre, qu'une seule planche de bois, de 8 pouces de large, que l'humidité r< nd glissante, qui ploie sous le poids du corps; et quelquefois, le rocher contre lequel elle est scellée, s'écarte subitement et ne laisse aucun appui à la main tremblante au bord de l'abîme; d'autres fois, il surplombe au point que l'on marche courbésous cette masse épouvantable. A mesure que l'on avance, le froid qui pénètre, les ténèbres qui s'épaississent, les précautions mêmes dont on est obligé d'user à chaque pas, et le tâtonnement de ces affreux rochers, et le craquement du frêle appui qui vous porte, tout saisit l'âme d'une inexprimable horreur. Le voyageur le plus intrépide marche ordinairement entre deux guides, qui tiennent, du côté du précipice, les deux bouts d'une perche, pour

rassurer l'imagination, plus encore que pour appuyer la main, en cas d'un étourdissement subit. Mais on a vu quelquefois le vertige triompher de celte vaine précaution, comme des résolutions les plus fortes; et l'on m'a raconté l'aventure récente d'un jeune officier de Schaffhausen, qui disparut dans le cours de ce périlleux voyage, et dont on ne retrouva le corps horriblement mutilé qu'à quelques lieues de là dans le Rhin.

Si la nature destina ces sources au soulagement de l'homme, on peut du moins être surpris qu'elle en ait rendu l'accès difficile au point que leur découverte a dû paraître le premier de leurs miracles. Les traditions du pays varient sur l'époque de cette découverte. On raconte qu'en io3o, d'autres disent en ia4o, un chas-

(Unc servante des bains de Pfcffers.

seur de chamois fut amené, en poursuivant sa proie, jusqu'au bord de cet abîme, et à l'endroit même où les vapeurs de l'eau thermale, ens'élevant, avaient fait fondre tout autour la neige qui en recouvrait les abords. Il se hasarda d'y descendre, et, après des peines et des périls incroyables, il en rapporta une bouteille remplie de cette eau minérale, qui fut portée à l'abbé du couvent voisin de Pfeffers, et dont on ne tarda pas à reconnaître les utiles propriétés. Dès lors les malades abordèrent en foule au fond de cet antre, dont la crainte les avait toujours écartés. Pendant plusieurs siècles ils s'y firent descendre par des cordes; la cure se faisait à la source même, dans une des excavations du rocher que les eaux ont formées; et ce qui étonne le plus, ce n'est pas sans doute cette inconséquence de l'homme risquant sa vie pour rétablir sa santé. Plus tard, on imagina de suspendre sur l'abîme quelques misérables cabanes, au woyen de longues poutres fixées par les deux bouts

dans les rochers; et ce ne fut (pi 'après que des pierres tombées de la montagne eurent emporté plusieurs fois ces fragiles échafaudages, que l'on songea à construire solidement des bains et une maison propre à recevoir des malades, dans l'endroit où la gorge de la Tamina s'élargit, et où lefleuve, échappé tout entier desa prison, semble, à sa marche précipitée, se hâter d'en fuir les inconcevables horreurs.

Les bâtiments qu'on voit actuellement, et qui sont affermés pour le compte de l'abbé de Pftffers, existent depuis le commencement du xviii* siècle. Les soins qu'on a donuésà la solidité ont apparemment exclu ceux que réclamait l'agrément ou la commodité des malades. Rienn'est plus triste queces longs corridors voûtés, que ces vastes appartements si mal éclairés et la plupart sans poêles dans un lieu si sombre et si froid, et que leurs épaisses murailles défendent à peine contre les assauts et les mugissements de la Tamina. Les salles

du rez-de-chaussée où l'on prend les bains ne reçoivent qu'une clarté plus faible encore par des fenêtres qui ferment exactement et ne s'ouvrent jamais, de sorte qu'en y entrant on est presque suffoqué parles vapeurs sans cesse accumulées de l'eau thermale. Les agréments de la société répondent à ceux d'un pareil séjour. Une terrasse élevée devant de grands bâtiments, est le seul endroit où l'on puisse faire, au fond de cet abîme, jusqu'à cinquante ou soixante pas de plain-pied; et comme il peut s'y trouver trois ou quatre cents malades pressés à la fois dans cet étroit espace, vous jugez quelle figure on doit faire au milieu de ces tristes hôtes qui semblent toujours, près de leur dernière heure, s'y disputer un dernier rayon de soleil. Qui pourrait croire, en entendant le retentissement éternel des flots de la Tamina, qu'un bruit plus terrible encore ait jamais résonné dans ce Tartate? Qui pourrait croire, en envisageant ces pâles habitants qui viennent y chercher la santé, que d'autres hommes y soient descendus pour donner et recevoir la mort? Dans l'automne de 1799, lorsque déjà les neiges avaient envahi tous les passages des Alpes, les Autrichiens et les Français se disputèrent à plusieurs reprises la gorge de la Tamina; plusieurs fois ce torrent, qui ne roule que des pierres, ne roula que des cadavres, et le même gouffre ensevelit les victimes des parfis divers.

ÉPHÉMÉRIDESDE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Ier août — Un décret de la Convention envoie la reine Marie-Antoinette au tribunal révolutionnaire, et ordonne la de-truction, au 10 août, des tombeaux et mausolées des rois, élevés dans l'église de Saint-Denis et dans les autres lieux du territoire français.

Un au ire décret déclare propriétés nationales ious les biens des personnes mises hors la loi.

7 août. — La Convention décrète que Pitt est l'ennemi de l'espèce humaine.

8 août. — Sur le rapport de Grégoire, la Convention supprime les académies et sociétés littéraires.

23 août. - Décret qui met en réquisition permanente tous les Français, de dix-huit à ving -cinq ans, jusqu'à l'exclusion des étrangers de la France.

24 août. — La Convention supprime les sociétés commerciales, telles que les assurances sur la vie, les caisses d'escompte, etc.

a5 août. — Une députation d'instituteurs et d'écoliers est admise devant la Convention : un écolier demande qu'au lieu de les prêcher au nom d'un soi-disant Dieu, on les instruise des principes de l'égalité, des droits de l'homme et de la constitution.

27 août. — Supplice du général Custines condamné par le tribunal révolutionnaire. — Reddition de Toulon aux Anglais.

année 1794-

VT août — La réaction contre les terroristes continue. Fonquier-Tinville est arrête et mis en jugement.

août.— -La commune de Cambray dénonce le san-

guinaire Joseph Lebon. Ce député est arrêté avec David.

11 août. — La ville d'Arras dénonce à son tour les cruautés de Lebon.

16, 17, 18 août. — Reprise du Quesnoy et de Valenciennes. Prise du fort l'Ecluse par les Français.

3o août. — Explosion de la poudrière de Grenelle." Un grand nombre d'ouvriers sont tués ou blessés. Tout Paris en est ébranlé. Les Jacobins s'efforcent vainement de rattacher ce malheur à une conspiration royaliste.

année 1795.

îgaoût. — La Convention décrète que ses membres formeront, avec un tiers de députés nommés par les assemblées électorales, le nouveau Corps législatif,^ que ce corps nommera, trois jours après sa formation, un Directoire 1 xéentif formé de cinq membres.

22 août.— La dissolution des sociétés populaires est ordonnée.

23 août. — Les jours qui s'ajoutaient aux décades de 1 année républicaine perdent le nom de Sans-culotidcs et prennent celui de Jours complémentaires.

année 1796. {Directoire exécutif. \

3, 4» 5 août. — Victoires de Casliglione, de Lonado; prise de Salo. Quatre mille Autrichiens mettent bas les armes devant mille Français.

6 août. — Victoire de Nereheim.

il- août. — Les Autrichiens sont encore bittus à Friedberg. Ils abandonnent deux mille prisonniers.

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