‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 25 sur 268 · LES BACHKIRS · texte numérisé non relu

LES BACHKIRS

Les Bachkirs habitent la partie méridionale du Mont- Ourale et quelques districts du gouvernement d'Oramboug. Leur nom veut dire hommes aux abeilles. Les Bachkirs se partagent en cantons qui choisissent chacun leur ancien ou chef et font le service de Kosaks, partout où on les requiert. Leur langage et leur culte sont à peu près les mêmes que celui des Tartares de Cazan. L'été, ils campent, avec tous leurs troupeaux, çà et là dans les steps, et l'hiver i's habitent des villages; ils s'appellent enire eux Bachkovrtes, hommes aux abeilles , hourt étant le nom de l'abeille.

Anciennement, les Bachkirs ont erré sous le commandement de leur propre khan , dans la partie méridionale de la Sibérie; mais les princes tartares de ce p ys les ayant opprimés et chassés , ils vinrent s'établir et s'étendre sur les bords de l'Ourall et du Volga , et se soumirent aux rois de Cazan. Lorsque les Russes conquirent Cazan, les Bachkirs se soumirent à eux de bon gré. Ils se mutinèrent souvent contre la Russie; leurs révoltes générales eurent principalement lieu dans les années 1(76, 1708 et 1755 : dans toutes ces circonstances , ils se comportèrent avec beaucoup de cruauté et saccagèrent sans pilié les habitations voisines de leur pays. Les mesures sévères que dut prendre alors le gouvernement, les réduisirent bientôt dans un état de faiblesse et de pauvreté pire que celui dans lequel ils s'étaient trouvés auparavant; mais les soins paternels du gouvernement russe, après leur entière soumission, la bonté et la fertilité des terres qu'ils occupent, les eurent bientôt rendus à un état prospère. Lorsqu'en 1741 , ils furent en lièrement soumis , on construisit des forts autour et dans le cœur même de leur établissement, pour les maintenir dans l'obéissance, et quoique ces fortifications ne fussent qu'en

(i) Henri Vin détruisit en Angleterre six cent cinq abbayes, quatre-vingt-cinq collèges, et cent hôpitaux; en Irlande, il fit dis-; paraître tous les couvens et monastères.

bois, elles suffirent contre un peuple encore peu éclairé et qui ne fait jamais autrement la guerre qu'à cheval. Les Bachkirs prirent cependant part à la révolte du fameux brigand Pougalchef, en 1774, et ne rentrèrent dans l'obéissance qu'après l'entière dispersion de ses forces.

Depuis long-temps ces peuples n'ont pas de khans; leur noolesse même s'est presque entièrement éteinte dans les troubles et les révoltes qui eurent lieu. Actuellement chaque canton se choisit un ancien. Le gouvernement lui adjoint un écrivain , pris ordinairement parmi les Tartares Mestchériaks , qui non seulement leur lit à haute voix et leur explique les oukases du gouvernement , mais qui veille encore à leur exécution.

On compte trente-quatre cantons bachkirs qui faisaient , d'après le dénombrement de 4770, vingt-sept mille fa milles. Ils ressemblent aux Tartares par les traits de leur visage, qui est cependant plus plat. Les Bachkirs sont plus larges et plus forts que les Tartares de Cazan; la nature leur a accordé beaucoup de pénétration , mais ils n'ont au-

cune instruction; ils sont hardis, soupçonneux, opiniâtres, durs, et p:ir conséquent dangereux. Si on ne les veillait de très près, ils ne cesseraient -de commettre des brigandages. Leur langage, quoique lartare, diffère beaucoup de celui des Tartares de Cazan. Ils ont , comme tous les mahométans, des écoles qui cependant civilisent bien peu ce peuple farouche. Leurs sciences mêmes, qui consistent dans la lecture du Coran et la connaissance des cérémonies de leur culte, s'éteignent peu à peu , par l'obstination qu'ils ont de ne choisir leurs professeurs que parmi eux.

Ils ne payaient au commencement, à la Russie, qu'une petite capitation très faible et un impôt en miel et en cire; mai? depuis la révolte de 1741 , on les a organisés sur le piea des Ko-aks; i1s furent donc obligés de faire le service aux frontières voisines , et marchaient même en temps de guerre , quand ils en étaient requis , de la même manière que les Kosaks, montés, habiles et armés à leurs propres frais; on les payait et entretenait alors comme le reste des Kosaks. En temps.de paix , il en restait une

(l'achkirs. )

grande partie chez eux, qui ne rapportaient rien à l'état , et on fut obligé de les imposer à une capitation de quarante sols; mais, depuis la dernière organisation de la gabelle, cet impôt a été aboli et remplacé par l'acliat du sel , qu'ils sont obligés de prendre dans les magasins de la couronne , au lieu de le tirer, comme ils le faisaient autrefois, des lacs salins de leur pays.

Leur principale occupation est l'éducation des bestiaux; ils cultivent aussi la terre, extraient le minerai qui, dans leurs montagnes, est presque partout à la surface de la terre , et vont à la chasse. Ce peuple pasteur compte ses richesses par le nombre de ses troupeaux. Ils élèvent de préférence des chevaux , dont ils mangent la viande, boivent le lait et s'habillent de leur peau. Le plus pauvre bachkir en a trente et cinquante, mais les riches en possèdent de cinq cents à mille , et quelques-uns deux mille et plus; les autres bestiaux sont a proportion. Leurs vallées fertiles abondent en excellens pâturages : cette terre, malgré la mauvaise culture , produit dix grains pour un et davantage.

Le costume des Bachkirs est le même que celui des Tartares de Cazan; ils se nourrissent comme eux, suivant les préceptes de la loi de Mahomet. Ils ont l'abord rude et plus sauvage que ces derniers ; plus paresseux et plus malpropres; malgré cela, ils sont hospitaliers et très gais, surtout pendant l'été. Ils ont souvent deux femmes , rarement plus , professent la religion mahométane depuis très longtemps, ont des livres de prières et des écoles, mais n'en sont pas moins ignorans pour tout ce qui regarde leurs dogmes ; c'est pourquoi ils mêlent des cérémonies et des coutumes du paganisme à leur culte.

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