SUISSE. — LE CANTON DE SOLEURE
(Vieillard et jeune fille du canton de Soleure.)
Enclavé entre les territoires de Berne, d'Argovie et de Bàle, le petit canton de Soleure a : o lieues à peu près dans sa plus grande largeur, et c'est tout au plus s'il en occupe 12 en longueur. La population du canton tout entier est à peine le quinzième de celle de Paris, sa capitale ne renferme que trois mille et quelques cents habitants, et cependant ce petit pays est indépendant; et dans cette petite capitale que nos receveurs de contributions mettraient au-dessous de bien des bourgs de la Fiance, vous trouverez des monuments curieux, un arsenal intéressant, une maison pénitentiaire bien conçue, un collège bien organisé, des bibliothèques assez riches en livres rares, et, ce qui vaut mieux encore, nombre de gens capables et intelligents des intérêts de leur pays.
Le canton de Soleure embrasse une partie de la chaîne du Jura et s'étend jusqu'à la rivière de l'Aar : de ce dernier côté, le pays est plat; on y trouve des bois, des arbres fruiliers en abondance, des champs fertiles, des prairies dont la fraîcheur est entretenue par l'Aar et par un grand nombre d'autres rivières et de ruisseaux; même une partie du pays, celle qui est au-dessus delà ville de Soleure, est marécageuse.
Du côté du Jura, le canton de Soleure offre une infinité de sites plus pittoresques les uns que les autres; les vallées surtout qui sillonnent le pays en tous st ns
TOiMlS III - Août 1836.
et conduisent dans le canton de Bâle sont des plus intéressanies à parcourir. — Sur les pentes des montagnes, le voyageur renconlre à chaque pas des ruines d'anciens châteaux habités jadis par de riches familles, non-seulement au moyen âge, mais du temps des Romains eux-mêmes.
La ville de Soleure s'étend en amphithéâtre sur une colline en pente douce, la vallée qui l'entoure est riante et fertile, et la rivière d'Aar, qui la traverse en deux parties inégales , complète l'effet de ce charmant tableau.
Soleure se glorifie de sa principale église. Toute la Suisse répète que c'est là son plus curieux monument; mais, n'en déplaise à saint Urse, pation de ce temple, et à l'amour-propre des Soleurais, cette merveille architecturale est de beaucoup au-dessous de la plupart des monuments de Paris, non-seulement du premier, mais même du deuxième ordre.
Saint-Urse étale un grand luxe d'architecture dans ses colonnes, ses statues, ses bas-reliefs et ses orner ments. Elle se présente avec quelque dignité du haut d'un perron de vingt à trente marches, qu'accompagne une balustrade et au-devant duquel sont deux fontaines ornées de figures; Saint-Urse brille au dedans par l'or et les peintures, mais que de choses à critiquer et dans l'ensemble et dans les détails
Demandons une seconde fois pardon aux habitants de Soleure, et faisons-leur remarquer que le portail de leuréglisecollégiaieest d'une architecture maigre,etque les deux ordres de colonnes, superposés l'un à l'autre, qui composent ce portail, produisent un effet disgracieux. Un de nos temples de Paris, Saint-Sulpice, offre aussi deux rangs de colonnes, mais le second est beaucoup plus léger que l'inférieur, et ces deux rangs appartiennent à deux étages distincts. L'inférieur forme un péristyle large et majestueux; l'autre, aine élégante galerie distincte du corps de I édifice. Ce défaut de l'église collégiale de Soleure se retrouve dans deux autres églises de Paris: celles de Sainl-Gervais et du Val-de- Grâce. Comparez cette disposition à celle qu'ont suivie les architectes de Saint-Pierre de Rome, de Sainte-Geneviève (Panthéon ), et de la Madeleine de Paris, et vous serez choqué de la différence.
L'autel de Saint Urse est original et beau dans son genre. C'est une table portée par un vase; cette forme est peu classique: un autel chrétien doit rappeler le tombeau du fils de Marie. Du reste, les marbres qui forment cet autel, le retable et la chaire sont de toute beauté.
Quant aux fontaines qui précèdent le perron de Saint- Urse, elles sont plus curieuses que belles. L'une représente Moïse frappant le rocher; l'autre, Samson armé de sa mâchoire terrible aux Philistins. Qu'une fontaine jaillisse du rocher frappé par Moïse, rien de mieux, mais que de sa singulière massue Samson fasse sortir une eau limpide, c'est là un singulier caprice de statuaire. Autre observation : Dans un pays où les eaux sont si abondantes, si belles, il semblerait que ces deux fontaines monumentales auraient dû verser de larges nappes d'eau ; loin de là, vous n'en voyez sortir que des filets à peu près aussi maigres que ceux des pauvres fontaines de Paris.
Après une critique aussi rude, nous ne nous hasarderons pas à faire l'examen des autres monuments de Soleure, qui sont d'un cran plus bas que l'église de Saint-Urse, et nous nous bornerons à mentionner l'église du collège des Jésuites. Le portail, orné de deux ordres en pilastres, est dû à la m uni licence de Louis XIV, qui envoya, pour son exécution, dix mille livres aux Pères de Soleure.
La population du canton de Soleure est presque uniquement composée de catholiques, Le clergé y exerce une grande influence et réunit aux fonctions sacerdotales celles de l'enseignement. Dans la ville de Soleure vous compterez un ecclésiastique sur près de quatre-vingts habitants. La plus grande partie des habitants s'occupe d'agriculture; quelques manufactures de coton, de toiles imprimées, de papiers, de bonneterie, donnent delà vie au canton; mais le principal commerce consiste dans l'exportation des chevaux, des troupeaux, du bois à brûler, des marbres, des fromages et du fameux hirschewasser si grossièrement imité par nos empoisonneurs ou liquorisies de France.
Nous ne terminerons pas cette notice sans rappeler au souvenir de nos lecteurs un bourg célèbre du canton de Soleure, celui de Doinich, qui vit les Impériaux, commandes par Henri de Furstenberg, occis ou dispersés par les confédérés suisses à la fameuse affaire du '12 juillet ! /icjf).