‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 26 sur 268 · LE HANOVRE · texte numérisé non relu

LE HANOVRE

Anciens habitans du Hanovre. — Culte de la lune. — Monumens druidiques. — Gouvernement dépendant de la couronne d'Angleterre. — LanJwehr. — Éducation différente de celle des collèges de France. — Le Hartz. — Les mineurs. — Cavernes à ossemens. — Arbres gigantesques. — Grand nombre de loups. — Gœttingne.

La Hanovre est une des contrées du nord d'où sortirent

ces Saxons qui envahirent l'Angleterre, Le Hanovrien ,

peuple jadis grossier, entreprenant, est maintenant paisiblement soumis au pays que ses ancêtres ont conquis; adis guerrier, féroce, dévastateur, une vie errante et avan-

tureuse avait pour lui des charmes. Aujourd'hui, civilisé, complaisait, attaché au sol qui l'a vu naine, il semble n'avoir conservé de son antique origine que la bravoure

(Une vue de Gœttingue.)

dans les combats et l'amour d'une sage liberté; enfin autrefois il adorait des divinités sanguinaires; aujourd'hui, il pratique la plus douce des religions : le christianisme.

Les noms <Te quelques montagnes et ceux de différens

lieux de cette contrée conservent encore des traces des anciennes divinités qu'on y adorait. Sounrnberg signifie montagne du soleil; peut-être même, comme on l'a dit, la terminaison horn (corne), que l'on remarque dans plusieurs noms, rappelle-t-elle le culte de la lune, qui

personnifiée, avait pour attributs les cornes du croissant.

On ne sera point étonné que le culte druidique , dont on retrouverait les traces sur presque toute la surface de la terre, s'il fallait s'en rapporter c>.ux idées systématiques de quelques antiquaires qui lui attribuent toutes les pierres bizarrement groupées ou singulièrement disposées que l'on remarque dans les plaines, dans les forêts, et jusque sur les montagnes, ait laissé de pareils monumens sur la cime du mont Brocken.

La population du royaume de Hanovre s'élevait, en 1822, à 1,463,700 individus, répartis dans soixante-dix villes, cent dix sept bourgs, onze cent cinq paroisses ou villages, quatre mille vingt-quatre hameaux, et douze cent quatre vingts fermes ou métairies. La supei ficie du pays, évaluée en mesures de France, donne dix-n"uf cent quarante six lieues carrées, contenant chacune 732 habitans.

Le LIanovre est un royaume héréditaire dépendant de la couronne d'Angleterre , et régi par un prince gouverneur-général , qui dans les affaires importantes, prend les ordres du roi de Londres où le souverain est assisté des lumières d'un conseil composé de Hanovriens. Mais d'après la constitution , si le sceptre d'Angleterre passait dans les mains d'une femme, celui de Hanovre serait confié au prince le plus proche parent du souverain d'Angleterre ; le gouvernement de ce royaume lient à la fois du régime féodal et du régime représentatif: deux chambres qui s'assemblent annuellement dans la capitale y discutent les projets de lois. Mais d'après un décret rendu en 1814, plusieurs coutumes relatives aux droits féodaux qui avaient été abolies sous le gouvernement français, ont été rétablies.

La branche électorale de Hanovre a sa souche dans l'ancienne maison de Brunswick. La Grande-Bretagne, en conservant la Hanovie auquel elle ajouta de nouvelles possessions jusqu'en 1802, eut constamment un pied sur le continent, et put prendre une part plus active aux affaires. La ligue qu'elle organisa contre la France obligea cette dernière puissance à s'emparer du Hanovre, qui, par suite des traités faits en 1806, appartint pendant quelques mois à la Prusse, et fui enfin partagé par Napoléon entre la France et le royaume de Wesphalie qu'il venait de fonder. Ce ne fut qu'en 18!5 que le Hanovre redevint anglais; l'année suivante, il fut érigé en royaume, et successivement augmenté de divers autres territoires.

L'armée hanovrienne en temps de paix se compose de 12,000 hommes, ei la landwehr de 18,000. D'après une loi rendue en 1817, tout individu qui a atteint l'âge de dix-neuf ans, sans distinction de rang, est obligé de faire partie de ce corps {landwehr); on en excepte les infirmes, les ecclésiastiques, les professeurs, les employés du gouvernement, les anciens oficiers après six années de service, et les fils uniques qui ont eu un frère tué devant l'ennemi; les étudians seuls ont le droit de se faire remplacer. Tous les dimanches la landwehr est exercée pa* escouades , < xceplé pendant le temps de la récolte , et tous les ans par compagnies et par bataillons.

Dans les écoles du Hanovre, on ne fait point, comme en France, pâlir des élèves pendant huit ans sur le grec et le latin. Le franc us, l'anglais, la géométrie et la technologie, font essentiellement partie de l'éducation.

L'agriculture dans le Hanovre ne lire point lout le parti possible des terres; on est étonné de la quantité de celles qui sont en friche, et du peu de soin que le gouvernement

met à encourager le dessèchement des marais. A l'exception de la pomme, les fruits à pépins ne sont ni aussi gros , ni aussi variés , ni aussi bons qu'en France ; il en est de même ries fruits à noyaux; la vigne n'est cultivée au Hanovre que dans les jardins, et principalement pour la table du riche, car il est rare que le raisin y arrive à une parfaite maturité.

Les fabriques sont peu répandues dans ce royaume ; 1 habitant y est plus disposé à aller exercer une industrie quelconque en pays étranger qu'à cultiver les terres ou à choisir un mélicr dans son pays.

La célèbre montagne du Hartz (1 ) est depuis long-temps célèbre par ses mines ; les métaux que l'on y recueille sont : l'argent, le plomb, le fer, le cuivre, le zinc, et même l'or. Le soufre et l'arsenic y sonl également exploités. On remarque qu'il est peu d'endroits en Europe où la science du mineur soit aussi avancée qu'au Hartz. Les ouvriers employés aux mines forment imepopulaiion paniculièredeplusde 36 000 individus originaires de la Framonie. Les premiers qiù s'établirent clans ces montagnes y furent envoyés par Charlema-

gne.Ces hommes reconnaissables aujourd'hui à leur uniforme noir à parement rouges, sont organisés militairement par compagnies, ayant pour chefs des ingénieurs dont les ran^s correspondent aux grades de généraux, de colonels, d'officiers, de sous-officiers. Leur association est remarquable par l'esprit du corps qui y règne. Ils ont conservé de leurs ancêtres cette passion pour lâchasse qui leurrend cet exercice plus agréalde que pénible, cet amour de la musique qui leur fait écouler avec intéi et les chants de leurs compatriotes, et cette urbanité un peu rustique, mais franche qui leur fait accueillir les étrangers, et qui porte leurs enTansà aller au devant de ceux-ci eu les appelant cou. sins.

Dans les montagnes du Hanovre, et notamment dans la chaîne de Hartz, on remarque plusieurs cavernes moins célèbres encore par les nombreux détours qu'elles offrent à la curiosité du voyageur que par l'énorme quantité d'ossesemens fossiles que l'on y a découvert*, et qui peuvent les faire considérer comme d'immenses charniers naturels dans lesquels se sont conservées les dépouilles d'une génération d'animaux qui diffèrent de ceux qui vivent maintenant à la surface de la terre, et qui attestent l'importance des changemens que notre planète a éprouvés.

On signale aussi dans le Hanovre, à l'attention des voyageurs, aux environs de la ville de Celle, de vieux chênes d'une hauteur et d'une grosseur extraordinaires : on en a mesuré, dil-on, quelques-uns qui ont près de terre plus de quarante pieds de circonférence, et près des branches environ vingt-cinq pieds. Ces belles forêts sont peuplées d« cerfs, de sangliers, de chevreuils, de lapins et de lièvres; mais heureusement pour les cultivateurs, le nombre en diminue sensiblement depuis une vingtaine d'années. C'est principalement dans le Hartz que les loups sonl à craindre par leur nombre et par leur grosseur.

Parmi les villes du Hanovre, nous citerons de préférence Gœttingve, l'une des villes universitaires des plus célèbres de l'Allemagne; hâtons-nous de dire que sa population n'est évaluée qu'à 4 1,000 habiîans, et qu'elle possède des fabriqua d'étoffes de lainset des tanneries; ce qui la rend surtout intéressante, c'est son université, fondé en 1754, par le roi George II. C'est là que l'instruction publique est parvenue à un degré de perfection qui fait honneur aux lumières du fondateur, au zèle et à l'instruction des pro-

(i) C'était h foret Hcrcjn'e des Romains.

fesseurs ; ceux-ci, au nombre de quarante-deux, sont choisis parmi les savans les pins recommandâmes de toute l'Allemagne ; dans les cours , toutes les sciences sont enseignées , on pourrait le dire, avec une égale supériorité; aussi que d'hommes célèbres sont sortis de ce foyer de lumières? Près de seize cents étudims sont inscrits sur les registres de l'université, qui, pour former consomment de buns instituteurs, a sous son inspection un établissement connu sous le nom de Séminaire philologique-, tout, dans cette ville, contribue à faciliter les moyens d'instruction: une bibliothèque de plus de vingt mille volumes, formée de celle de Leibnitz, qui y laissa ses nombreux manuscrits, et enrichie chaque année d'ouvrages utiles aux arts et aux sciences; une belle colledion de tableaux, un muséum d'histoire naturelle, un jardin botanique, un amphithéâtre anatomique, un cabinet de médailles , un observatoire riche en instrumens d'astronomie; enfin, une académie royale des sciences, qui compte dans le monde savant un grand nombre de membres correspondans , sont autant de véhicules et de moyens d'encouragemens pour une jeunesse studieuse. Ajoutons encore que Gœuingue, dans l'intérêt de ses relations commerciales possède des écoles de commerce et d'industrie.

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