‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 252 sur 268 · REINE D ANGLETERRE · texte numérisé non relu

REINE D ANGLETERRE

e front grands, une extrême déli- » catesse dans les traits, et quelque chose de grand et » de noble dans sa personne. C'était de toutes les prin- » cesses, ses sœurs, celle qui ressemblait le plus à » Henri IV, son père : elle avait, comme lui, le cœur » élevé, magnanime, intrépide, rempli de tendresse et » de charité, l'esprit doux et agréable, entrant dans les » douleurs d'autrui et compatissant aux peines de tout » le monde. »

Charles aimait Henriette avec passion; et quoique l'affection d'Henriette ne lui parût pas d'une rature aussi vive, dans les malheurs, dans les périls qui assaillirent son époux, elle donna l'exemple du dévouement le plus sublime. « Il est impossible, dit encore M. de » Chateaubriand, de pénétrer aujourd'hui dans le sc- » cret des raisons qui firent agir Henriette-Marie au » commencement des troubles de la Grande-Bretagne : » on la trouve placée dans l'intérêt parlementaire jus- » qu'au moment de l'explosion de la guerre civile ; elle >, protège sir Henri Vane, qui brouilla le roi et le qua- » trième parlement; elle demande la convocation de ce » long parlement, qui conduisit Charles à l'échafaud; » elle arrache au Toi la confirmation de l'arrêt qui » frappa Strafterd ; ce fut par sa protection que le con- » seil du roi se remplit des ennemis ou des adversaires » de la couronne. Mais si l'on a peine à expliquer sa » conduite, on ne saurait qu'admirer son courage. »

La rébellion grandissait de jour en jour; Charles I'r fut obligé de quitter Londres et de se séparer de sa femme. Sous prétexle de conduire en Hollande sa fille aînée, mariée récemment au prince d'Orange, Henriette allait chercher des secours d'armes et d'argent. Alors on vit, selon l'expression de Bossuet, « une reine fu- » gitive, qui ne trouve aucune retraite dans trois » royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un » triste lieu d'exil. » Au retour de son voyage en Hollande, une tempête furieuse lui enleva deux vaisseaux et la rejeta sur les côtes du pays qu'elle venait de quitter. C'est alors que, pour rendre quelque confiance à l'équipage, elle dit ce mot célèbre : que les reines ne se noyaient pas. Revenue en Angleterre ; ses ennemis

Fille d'un roi de France qui périt assassiné, femme d'un roi d'Angleterre qui porta sa tête sur l'échafaud, Henriette-Marie donna le jour à deux fils, qui régnèrent tour à tour: une restauration appela le premier au trône; une révolution en précipita le second. Quel caprice de la destinée que celui qui rattache au nom d'une même femme les noms de Henri IV, de Charles Ier, de Charles II et de Jacques II !

Sixième enfant et troisième fille de Henri IV et de Marie de Médicis, cette princesse naquit à Paris, le 25 novembre 1609. Le 11 mai i6î5 elle épousa Charles Stuart, alors prince de Galles. Louis XIII, son frère aîné, n'avait consenti à ce mariage qu'à condition que le pape accorderait une dispense pour la différence de religion. « Henriette-Marie, dit l'historien des Quatre » Sluarts, arriva en Angleterre avec les instructions de » la mère Madelaine de Saint-Joseph, Carmélite, et » sous la conduite du père Bérulle, accompagné de » douze prêtres de la nouvelle congrégation de l'Ora- » toire : ceux-ci, renvoyés en France, furent remplacés » par douze Capucins. Rien ne pouvait être plus fatal à » Charles Ier que le hasard de cette réunion catholique, » d'ailleurs si noble, dans le siècle du fanatisme puri-

» tain. La haine populaire se tourna d'abord contre la I la reçurent à coups de canon : s'échappant d'une mai-

» reine et rejaillit sur le roi. " son qui ne pouvait plus lui servir d'asile, elle passa la

» Il n'y a plus de doute aujourd'hui, dit M. de nuit dans un fossé où les boulets la couvraient de terre.

Enfin, elle rejoignit le roi et ne le quitta plus qu'au moment où elle allait donner le jour à sa dernière fille, Henriette, depuis duchesse d'Orléans. A peine accouchée, elle fut forcée de fuir encore, abandonnant, à Exeter, sa fille nouvellement née et prisonnière dixsept jours après sa naissance. Cachée dans une cabane déserte à l'entrée d'un bois, de sa retraite elle entend défiler les troupes du comte d'Essex, qui parlaient de porter à Londres la tête de la reine, mise à prix pour une somme de 6,000 livres sterling.

Henriette repassa en France, non sans courir de nouveaux dangers et pour retrouver de nouveaux malheurs. « Outragée par des libelles jusque sur le » continent, elle tombait des mains de la populace fé- » roce de Londres dans celles de la populace insolente » de Paris. Ballottée entre les deux guerres civiles, sur » les bords de la Tamise, elle rencontre les crimes sé- » rieux des révolutions; sur les rivages de la Seine, les » pasquinades sanglantes de la Fronde; là, le drame de » la liberté; ici, sa parodie. » Seule, dans le Louvre, en

» Chateaubriand, sur le genre de division qui régna un » moment entre Charles et Henriette-Marie : élevée » dans une monarchie absolue, dans une religion dont » le principe est inflexible, dans une cour où l'on passe » tout aux femmes, dans un pays où l'humeur est mo- » bile et légère, Henriette fut d'abord un enfant capri- » cieux qui prétendait faire dominer à la fois sa volonté, » sa religion et son humeur. Les prêtres, les femmes » et les gentilshommes qu'elle avait amenés avec elle, » voulaient, les uns exercer leur culte dans tout son » éclat, les autres établir leurs modes et se moquer » des usages d'une cour barbare. Charles, accablé de » toutes ces querelles, renvoya en France la suite de la » reine. »

L'un des historiens français d'Henriette-Marie en a tracé le portrait suivant à l'époque de son mariage: « Elle n'avait pas encore seize ans. Sa taille était mé- » diocre, mais bien proportionnée. Elle avait le teint » parfaitement beau, le visage long, les yeux grands, » noirs, doux, vifs et brillants, les cheveux noirs, les

l'absence de la reine-mère et du jeune roi, qu'en chassaient les émeutes, manquant de tout, elle craignait, non-seulement les insultes du peuple, mais la dureté de ses créanciers. Le cardinal de Retz raconte, dans ses Mémoires, que cinq ou six jours avant la fuite de la cour, ayant été rendre visite à la reine d'Angleterre, il la trouva dans la chambre de sa fille, et qu'elle lui dit : « Vous voyez, je viens tenir compagnie à Henriette : la «pauvre enfant n'a pu se lever aujourd'hui faute de ■* feu. » La poste'rité, ajoute l'écrivain, aura peine à croire qu'une petite-fille de Henri le Grand ait manqué d'un fagot pour se lever au mois de janvier, dans le Louvre et sous les yeux d'une cour de France !

Une fausse nouvelle parvint d'abord à Henriette-

Marie sur la catastrophe fatale; le bruit courut que Charles Ier avait été délivré, sur l'échafaud, par le peuple; mais la lettre d'adieu de l'infortuné monarque, qui fut remise à Henriette le 9 février, dissipa son erreur; elle s'évanouit. A compter de ce jour, elle se donna le surnom de reine malheureuse, et elle porta le deuil toute sa vie.

Il restait à Henriette-Marie une cruelle épreuve à subir. Réduite à solliciter un douaire de veuve auprès de l'homme qui l'avait fait veuve , elle fut refusée. Cromwell répondit à Mazarin que Henriette de France n'avait jamais été reconnue reine en Angleterre. Lorsqu'elle apprit cette réponse : « Ce n'est pas à moi, dit- » elle noblement, c'est à la France que cet outrage s'a-

(Henrietle-Marie, femme de Charles Ir, reine d'Angleterre.;

» dresse. » En effet, Mnzarin était descendu jusqu'à se faire, auprès de Cromwell, l'espion de la famille exile'e.

Quelque temps auparavant, Henriette-Marie avait demandé des secours au parlement de Paris à titre d'aiwiâne !

Retirée à Chaillot chez les sœurs de la Visitation, Henriette-Marie devint dévote; elle essaya de rendre ses enfants à l'Eglise romaine, et la reine malheureuse y prépara des rois malheureux. Son fils Charles II ne se fit catholique qu'à l'article de la mort; mais le duc d'York, depuis Jacques II, reçut des impressions qui devaient un jour le ramener en France pour y mourir pieux et déchu comme sa mère.

A la restauration de Charles II, la veuve de Charles I" revit l'Angleterre, mais ne put se résoudre à y demeurer. En i663 elle fit un dernier voyage à Lon-

dres, et revint bientôt dans sa patrie. Tombée malade à Sainte-Colombe, petite maison de campagne située à peu de distance de la Seine, un grain d'opium, qu'elle prit, la plongea dans un sommeil dont elle ne se réveilla plus. Sa fille, la jeune et brillante Henriette de France, ne tarda pas à la suivre dans la tombe. Rossuet, chargé de prononcer l'oraison funèbre delà mère et de la fille, répandit sur ces deux débris d'une illustre race l'immortalité de son génie. E. M.

ÉPHÉMÉRIDES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

ANNÉE 178g. — ASSEMBLEE CONSTITUANTE.

9 septembre. — L'Assemblée nationale se déclare en

permanence. On arrête que le Corps législatif ne se composera que d'une chambre.

i5 septembre. - On décrète Y inviolabilité du roi et l'hérédité de la couronne de France^

">.i septembre. — Louis XVI fait porter son argenterie à la monnaie.

iti septembre. — Le ministre Necker présente un état effrayant des finances. Il l'ait décréter une contribution dite patriotique du quart du revenu des citoyens.

année 1790,

4 septembre.— M. Necker donne sa démission. L'Assemblée constituantes'empàrede la direction du trésor public.

1er septembre. — L'Assemblée constituante arrête que la constitution qu'elle a fixée ne sera pas soumise à l'adoption du roi, mais seulement présentée à ce prince.

1/, septembre. — L'Assemblée prononce la réunion d'Avignon et de son territoire à la France. Le roi vient jurer le maintien de la constitution au sein de l'Assemblée, qui, d'après une délibération expresse, reste assise pendant que le prince prononce debout la formule du serment.

3o septembre. — L'Assemblée constituante déclare sa mission remplie, et lixe au lendemain ier octobre le commencement des travaux de Y Assemblée législative.

année 1792.

1 au G septembre. — Massacres des prisons de Paris, organisés par les membres de la Commune, les chefs de la révolution, et tolérés par l'Assemblée législative. Dans la seule prison des Carmes, deux cent cinquante prêtres sont massacrés. La tête de la princesse de Lamballe est portée en triomphe Le duc d'Orléans quitte un banquet pour venir se repaître de ce spectacle. — On évalue à plus de quatre mille le nombre des victimes de ces horribles boucheries.

Ç)septemJ>re. — Cinquante-quatre prisonniers amenés d'Orléans sont massacrés à leur passage à Versailles par les sicaires de la Commune de Paris. Le vertueux La Rorhefoucault est égorgé, près de Gisors, dans les bras de sa femme et de sa vieille mère, au moment où il espérait échapper au fer des assassins.

10 et 11 septembre. — Un décret ordonne la transformation du plomb et du fer de Marly et de Versailles en boulets, et des grilles des couvents, en piques.

i5 septembre. — La Commune de Paris permet à Louis-Philippe-Josephd'Orleans, pelit-lilsdeLouisXIV, de prendre pour lui et pour sa postérité le nom à' Egalité.

21 septembre. — La Convention nationale est constituée, et l'Assemblée législative clôt ses travaux. La Convention décrète, sur la proposilion de Grégoire, l'abolition de la royauté en France.

%"\ septembre. — Prise de Chamhéri par l'armée française, commandée par Montesquiou. Sur la proposition rie Tallien , ce général est destitué et désigné comme suspect.

29 septembre. — > Prise de Nice par les Français.

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