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LE CANTON DE SAINT-GALL

(Vue de la ville et du château de Wcrdcnberg.

En passant du canton d' ' Appcnzell à celui de Saint- Gall, on voit changer subitement l'aspect des lieux et se transformer la nature; mais c'est surtout au génie de l'homme qu'est due ici cette brusque métamorphose. Au lieu de ces maisons de bois, isolées l'une de l'autre et disséminées sans ordre sur un sol ondulé, c'est une ville de briques, dont les habitations nombreuses sont si étroitement serrées, qu'elles semblent entassées dans un espace trop étroit pour les contenir; de même, au lieu tle cette verte pelouse qui forme tout le sol de YJppenzcll, c'est une campagne entièrement couverte de toiles d'une éclatante blancheur; et ces deux cantons, si voisins l'un de l'autre, n'ont de commun que l'extrême propreté qui en décore toutes les habitations.

Ce que Sainl- Gall offre de plus remarquable dans sa construction tout uniforme, c'est cette uniformité même, qui témoigne une égalité de condition et de fortunes, bien rare dans les Etats commerçants. L'aisance générale des habitants n'éclate pas moins dans celte propreté dont je parlais tout à l'heure, dans le soin extrême qu'ils apportent à l'entretien et à l'embellissement de leurs demeures. Voilà donc une cité industrieuse d'un caractère tout différent de celui de Genève; et l'on ne doit pas être surpris, d'après l'aspect si divers de ces deux villes également adonnées au commerce, que le peuple de Saint-Gall soit aussi sédentaire que celui de Genève est vagabond.

Une chose qu'on doit encore remarquer à Saint-Gall,

c'est que cette ville, qui dut sa naissance à la religion,

n'existe plus depuis longtemps que par l'industrie. Ses

premiers habitants furent des hommes pieux, que l'a-

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mour de l'étude enlevait aux dissipations du monde. Plus tard, cette population, forte du seul appui de la religion, innocente comme cette religion elle-même, s'accrut, dans une enceinte réputée inviolable, de toutes les victimes, de lous les mécontents de l'anarchie féodale. Ainsi se forma celte ville autour d'une abbaye, et un peuple libre prospéra longtemps à l'ombre d'un couvent. Bientôt l'industrie s'éveilla chez des hommes qui jouissaient à la fois du repos et de la liberté, et l'un des premiers effets de cette liberté fut de leur faire quitter la religion catholique. La ville de Saint-Gall embrassa la réforme, déclara la guerre à son abbé, et abandonna la culture des lettres pour la fabrication des toiles.

J'ai visité l'antique abbaye, qui n'est plus guère maintenant riche qu'en souvenirs. La bibliothèque, qui contenait jadis tant de trésors amassés par la patience des moines, et d'où sortirent, à la renaissance des lettres, plusieurs des principaux classiques, possède encore quelques manuscrits précieux, grâce à la précaution qu'on avait eue ici de confier ce dépôt aux rochers du Tyrolj car la science, aussi bien que la liberté, prenait la fuite devant les armées du Directoire; et certains généraux du temps n'étaient pas moins redoutables pour les bibliothèques que pour les caisses publiques. J'ignore à quelle autre époque de barbarie que celle de la révolution française, il faut attribuer la perte des manuscrits si célèbres de Valérius Flaccus et de Silius Italicus, qui ne figurent plus maintenant sur le catalogue de Saint-Gall. Le Quinlilienen avait été dès longtemps enlevé et transporté à Zurich : triste trophée de la réforme, dans la ville qui en fut le siège.

MAGASIN UMYERSEL.

Le grand conseil, où réside l'autorité suprême de la république de Saint-Gall, n'admet cpie très-peu d'éléments populaires, c'est-à-dire de membres nommés directement par les communes. Ce conseil dispose luimême de Ja part la plus importante de la représen'ation nationale; et vous jugez sans peine qu'il en dispose dans le stns le plus favorable à ses intérêts. La courte durée de ses sessions, qui est à p- ine de huit jours, n'»ppose pas d'ailleurs aux pouvoirs de l'Etat une surs ei lance bit'ti incommode, ni une contradiction bien puissante; et le petit nombre de paysans qui se laissent traîner à ce conseil, plus par obeiss;mce nus institutions du pays que par un goût bien vif pour les affaires, se montrent généralement si empressés de retourner à leur chas rut', qu'il n'est pas nécessaire aux chefs de cette ri publique de déployer beaucoup d'éloquence ou de manège pour les y t envoyer.

Les ressorts du gou\ Ornement républicain sont donc ici d'une grande simp'icité, cl I, s ambitions personnelles, presque exclusivement bornées dans le cercle étroit du bien-être dômes ique. On ne voit point ici de ces hommes qui se lancent dans les orages politiques, uniquement pour se distraire, et qui cherchent à s'étourdir dans ic bruit des factions, parce qu'ils ne peuvent vivre en paix chez eux et avec eux mêmes; encore moins de ces brouillons qui s€ croient des législateurs parce qu'ils savent faire de la toile, ou des |tttbli. i-tes patee qu'Us noirci sent du pipier. 1/industt te même iïre généralement à Saiiil-Gall un caractère modéré

paisible, et chacun y est tellement occupé, de ses fires, (pie l'Etat n'a de même a s'occuper quedessiennes.

Presque toutes les communes de Suint-GaU sont mixtes, c'est à-dire mélangées dt-s k\vux communion-, à peu près en nombre égal : les biens sont a Iministi es par chaque secte; mais le culte s'v fait eu commun et dans l.i même église, pour tous les membres des diverses croyances: nouvel exemple d'haï munie religieuse, dont il est impossible de ne pas aitiibmr une partie du mérite aux catholiques ici les pins nombreux.

Parmi les lieux les plus reniai qnables eu canton de Sainl-C.all , nous avons choisi , pour en faire l'objet d'une vignette, la petite v illc de Werdenberg. Ce nom rappelle un trait honorable pour l'ancienne famille seigneuria'e de ce domaine. C'était en i V> '. ; I, s Autrichiens veiuden! d'envahu les cantons de .Saint-G;dl et d'Aibon.Les habitants d'Appenzell s'étaient réunis à la hâte pour délibérer sur les moyens de défense, lorsque tout .1 coup parut au milieu d'eux le corne Rudolf de Werdenberg, que les étrangers venaient de chasser de son château A peine entre, le comte s'en i:i : «L'ennemi souille de sa présence nos frontières sacrées, apportant la terreur et la destruction d. ns nos lo ers Les Lu- us tics Werdenberg sent devenus 1.1 proie des Autrichiens qui se livrent à la débauche au milieu des salles de mes aïeux. Dépouille de mon héritage, je n'ai conservé que l'épce des Werdenberg et une fidélité à toute épreuve; je viens vous les offrir. Yo ilcz-vous m'admettre au nombre de vos concitoyens? — Nous le voulons, nous le voulons,» s'écria l'assembl-e d'uni' vo.x unanime. Alots le comte, changeant son ri. -lu.- costu.n r- contre les vêtements grossiers d'un berger, s'écria.-.»' oufondu avec les hommes libres et libre comme eux, je jure de consa oivr ma vie à 1a liberté. » Cet enthousiasme électrisa les patriotes, qui choisirent Rudolf pour leur chef et t>ous sa conduite, repoussèrent 1rs étrangers.

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